La Diplomatie et la globalisation des marchés
Par Elena Stefoi*
Au cours des années, la Roumanie et le Canada ont développé une solide et consistante relation politique bilatérale, ainsi qu’un partenariat militaire privilégié, tous les deux ayant comme fondation notre coopération dans le secteur d’énergie nucléaire et des échanges économiques dans plusieurs autres domaines. L`appui concret et consistent que le Canada a su nous offrir après la chute du communisme en 1989, afin de finaliser le processus de reforme politique et institutionnelle, de la transition vers une démocratie réelle et une économie de marchée fonctionnelle nous a été extrêmement précieux. Nos deux pays soutiennent des positions similaires et convergentes dans toutes les instances multilatérales (ONU, OSCE, La Francophonie, etc.). D’ailleurs, à l’occasion du dernier Sommet de la Francophonie, déroulé en septembre 2006 à Bucarest, le Premier ministre fédéral, Stephen Harper, ainsi que les Premiers ministres du Québec, Jean Charest et du Nouveau Brunswick, Bernard Lord, ont souligné le dialogue politique remarquable qu’on partage.
La Roumanie et le Canada ont aussi une forte relation politique et militaire dans l’OTAN.
Il faut souligner que les militaires canadiens et roumains agissent ensembles dans l`une des plus difficile missions d’ISAF (International Security Assistance Force), au Sud de l’Afghanistan. Un autre aspect définitoire pour notre partenariat bilatéral est la similitude des visions entre Bucarest et Ottawa en ce qui concerne l’essor de la relation transatlantique. Les autorités roumaines constamment soutiennent l’idée qu’une représentation réelle du pôle NordAméricaine est octroyée par le binôme États Unies – Canada, et non seulement par les États Unies, comme beaucoup des analystes sont tentés à simplifier.

En même temps, après l’accession de la Roumanie à l’Union européenne en Janvier 2007, le dialogue bilatéral roumain-canadien a consigné d’autres volets. C’est ainsi que beaucoup des thèmes d’intérêt commun – accords économiques, le régime des visas etc. – se retrouvent, maintenant, sur l’agenda des réunions Canada – UE. Je ne pourrais pas faire une brève présentation de la relation bilatérale sans mentionner l’importante et la dynamique communauté roumaine qui vit au Canada, bien intégrée et fortement appréciée par les autorités locales.
Cette communauté est parmi les instruments fondamentaux de notre coopération, un liant pour notre dialogue. En même temps les citoyens roumains-canadiens sont les bénéficiaires les plus directs de nos projets communs, y compris ceux qui intéressent les milieux-d’affaires.
IMPACT DE LA DIPLOMATIE DANS LE DÉVELOPPENT DE LA ROUMANIE
La Diplomatie et la globalisation des marchés
Dans le contexte de la mondialisation, la diplomatie roumaine est directement concernée par les conséquences géopolitiques de la chute du mur de Berlin. Les effets de la globalisation qui transforment en profondeur la nature des relations internationales ont été multipliées – tout au long de ces dernières 17 années – par les défis de la transition vers l’économie de marchée et de la reforme institutionnelle. Les diplomates ont assumé le rôle de vecteurs de la modernisation, le nouveau corps diplomatique contribuant d’une manière décisive au changement du paradigme stratégique.
Cette diplomatie dynamique et flexible a abouti ses deux objectifs nationaux majeurs après la chute du communisme.
Diplomatie et globalisation du communisme: l’adhésion à l’OTAN et l’accession à l’Union européenne. La diplomatie des pays européens est de surcroît affectée par le processus de la construction communautaire. La place du diplomate dans ce nouveau concert dont les nations ne détiennent plus le rôle majeur exclusif, est dès lors à redéfinir. Donc, notre activité diplomatique évolue, non seulement sous l’impact du développement incessant des nouvelles technologies de l’information et de la communication mais aussi impulsée par l’émergence de nouveaux acteurs sur la scène internationale. Au-delà d’une connaissance approfondie de certains domaines, une diplomatie efficace a besoin de coordination et d’une conduite stratégique, ainsi que des ressources et des talents en communication. Chaque débat, soit-il académique ou politique, mets en évidence le fait que le nouveau contexte de sécurité nécessite une réinvention de la politique étrangère.
La complexité croissante des conflits et des processus de paix impose la maîtrise de connaissances multiples. Le diplomate doit savoir interpréter les cultures et les mentalités des différents échiquiers politiques, économiques et culturels, ce qui requiert une formation et des compétences adéquates. En plus, il doit désormais intégrer à bon escient les sources médiatiques et, en retour, réussir à délivrer les informations d’une façon contextuelle. L’internationalisation croissante des dossiers renforce également celles des autres acteurs. En tant que manager de la mondialisation, un bon diplomate agit au cœur d’un monde en réseau. Il subit la concurrence des autres hauts fonctionnaires de son propre état, ainsi que celle des certains instituts spécialisés et ONG supranationales, dont l’analyse des dossiers rivalise avec celle d’une mission diplomatique à l’étranger.
Dans le cadre européen en particulier, les diplomates travaillent dans des équipes de plus en plus nombreuses, avec des experts issus du ministère de l’Économie, de l’Agriculture ou de l’Intérieur. Pour les diplomates roumains, ce nouveau contexte d’intervention rend plus que jamais impérative l’adaptation du ministère des Affaires étrangères – et du leur travail tous ses aspects – aux exigences modernes. Le développement de la nouvelle Roumanie s’annonce en étroite liaison avec notre capacité d’agir et réagir sur la scène globale, avec notre savoir-faire dans la promotion du potentiel national de tous voisins d’un „village globale”. Pour nous tous, la tâche d’élaborer une diplomatie de la globalisation prends en compte quelques volets : l`obtention pour la Roumanie du statut de membre de l’OECD ; l`implication plus active dans l`activité de l’OMC, de l’OSCE, de l’UE et de l`OTAN et dans les structures spécialisées de l`ONU (on attache une attention spéciale à la réforme des structures de l’ONU, respectivement, au réajustement de la grandeur des commissions et de ses organismes de spécialité, ainsi qu`à l`élargissement du Conseil de Sécurité avec de nouveaux membres, tels le Japon et l’Allemagne) ; convaincre nos partenaires, par des propositions offensives, d’élire la Roumanie comme siège pour différents secrétariats des conventions / protocoles ONU, programmes OSCE et UE, et pour des réunions mondiales importantes sous l`égide des organisations internationales (l’année passée, le Sommet de la Francophonie a eu lieu en Roumanie; en Juin 2007 nous allons organiser à Bucarest une Conférence OSCE sur la discrimination et en 2008 notre capitale sera l’hôte du Sommet de l’OTAN). En même temps, de concert avec nos partenaires euro-atlantiques, c’est le moment de forger des changements positives vers l’Est, à voire des évolutions concernant la sécurité, le développement économique, ou la stabilité politique, si on parle de trouver une solution négociée aux « conflits gelés », ou bien si on considère l’importance politique, économique et énergétique de la région de la Mer Noire. Notre position stratégique, voisinant la région de la Mer Noire, les Balkans occidentaux et les États de l’ancienne Union soviétique, ainsi que notre participation dans différents partenariats régionaux de coopération, représentent non seulement des atouts nationaux, mais aussi une source d’expertise et de savoir-faire pour nos partenaires euro-atlantiques. Attirer les investissements étrangers et gagner notre place sur la marchée économique mondiale est le double but de nos activités quotidiennes, y compris celles de diplomatie culturelle ou des échanges universitaires. L`implication de la diplomatie roumaine dans la restructuration du système international de sécurité, de coopération économique et l`adaptation des normes et des principes de droit international aux évolutions déterminées par le processus de globalisation pour en tirer les bénéfices fait partie intégrante des nos critères professionnels.
INVESTISSEMENTS, FINANCES, ÉCHANGES COMMERCIAUX
Les investissements du Canada en Roumanie totalisent environ $1 milliard, la plupart ayant été réalisés dans le secteur du nucléaire. La centrale nucléaire à Cernavoda de conception canadienne, (system CANDU), constitue le principal élément de la relation bilatérale entre les deux pays. Le premier réacteur nucléaire est en exploitation depuis 1996. Le lancement du deuxième réacteur à Cernavoda est prévu au cours d’automne 2007. Énergie atomique du Canada limitée (EACL) et les partenaires de son consortium ont pris part aux procédures de passation de marchés de la Roumanie pour la construction des réacteurs 3 et 4. Ils font maintenant partie d’un groupe constitué de plus de douze entreprises présélectionnées pour ce grand projet. Canam-Manac, une société québécoise de conception et d’ingénierie, possède une unité commerciale à Brasov qui emploie 250 ingénieurs et techniciens. Celestica a ouvert une usine de fabrication de $100 millions pour la production de composantes électroniques destinées au marché européen; elle a des plans d’expansion qui quadrupleront sa superficie. MDS Nordion se prépare à négocier avec les autorités roumaines en matière de santé pour la production de cobalt-60 en Roumanie un nouveau projet d’investissement de 13 millions $. Parmi les autres investisseurs on trouve Intelcan (projet d’aéroport de $100 millions), Sterling Diplomat Investissement mai-juin 2007 13 Diplomatie et globalisation Resources (projet d’exploration pétrolière de $15 millions, en cours de développent), Gabriel Resources ($100 millions sont investis dans l’exploitation minière et $500 millions sont annoncés) et European Goldfields (exploitation minière).
Les deux pays verrontt leur partenariat se renforcer davantage après 2007, lorsque la Roumanie commencera à accéder aux fonds structurels de l’UE et que les entreprises canadiennes offriront leur expertise. Des débouchés nouveaux et potentiels sont repérés sur les marchés des produits agricoles et de consommation, dans des projets d’infrastructure et sur les marchés publics. La Roumanie soutient les projets alternatifs à la diversification de l’approvisionnement en énergie, car ils offriront des bénéfices mutuels à tous ceux concernés – producteurs, consommateurs ou pays de transit. En assurant l’accès à des réserves alternatives de gaz et en créant une capacité d’importation équivalente à une partie significative de la consommation de notre continent, ils pourraient apporter une contribution importante à la sécurité énergétique et à la diversification des ressources de l’énergie de l’Union et ses partenaires transatlantiques. Une de nos priorités majeures est d’accroître la part d’énergies renouvelables dans le mix énergétique national et d’améliorer l’efficacité énergétique. De même, nous sommes intéressés à développer nos capacités de production de l’énergie nucléaire et nous soutenons le lancement d’un débat public européen sur l’énergie nucléaire comme une des modalités utilisées pour la réduction de la dépendance du charbon.
ATOUTS ÉCONOMIQUES
La Roumanie bénéficie d’un important potentiel humain et cette ressource en personnes hautement qualifiées représente un des plus importants avantages. Du point de vue économique, notre apport est représenté par une économie dynamique avec un taux de croissance constant, supérieur à celui enregistré par les États membres de l’UE, par une force de travail qualifiée, par un marché de 22 millions de consommateurs, ainsi que par des opportunités d’affaires importantes dans beaucoup de domaines. Notre position stratégique, voisinant la région de la Mer Noire, les Balkans occidentaux et les États de l’ancienne Union soviétique, ainsi que notre participation dans différents partenariats régionaux de coopération, représentent des atouts important dans cette région. La Roumanie a traversé un remarquable processus de réforme pour atteindre les standards d’adhésion à l’UE. En fait, chaque domaine a été soumis à des transformations fondamentales afin d’être conforme à l’acquis communautaire. A présent, nous avons une économie de marché viable, avec un taux de croissance dynamique (les estimations prévoient un taux de croissance de plus de 7% cette année).
La Roumanie de 2006 n’est plus la Roumanie de 2004, et encore moins celle des années 90. Nous avons maintenant un système judiciaire indépendant et nous continuons à consolider la capacité du système de la justice. La lutte contre la corruption est la priorité absolue des autorités roumaines et jusqu’à présent des reformes majeures ont été accomplies dans ce domaine, afin d’offrir à tous les citoyens roumains un cadre transparent et efficace, en dehors de la corruption. Nous avons maintenant un système judiciaire indépendant et nous continuons à consolider la capacité du système de la justice. Nous croyons qu’il est très important, pour les mois et années à suivre, de continuer sur cette voie de réformes irréversibles – réforme du système judiciaire, lutte contre la corruption, développement du secteur agricole, infrastructure, réforme de l’éducation et du secteur sanitaire.
Nous devons maintenir le même rythme. Beaucoup d’étapes qui ont déjà été franchies, telles que celles concernant la lutte contre la corruption, ont besoin de temps pour produire des résultats. Ici, la patience n’est pas synonyme d’indulgence. Tous les mécanismes sont en place, ils fonctionnent correctement et sont maintenus sur la même voie après l’adhésion. Au cours des dernières 5 années, la Roumanie a enregistré des résultats positifs de croissance économique. Nous sommes convaincus que cette tendance se maintiendra dans le futur proche.
De plus, la Roumanie bénéficie d’importants fonds européens qui donneront naissance à de nouvelles opportunités internes d’emploi. Le Gouvernement a pour but d’améliorer les opportunités d’affaires, qui engendreront, à leur tour, des emplois mieux rémunérés, contribuant à élever le niveau quotidien de la vie et à diminuer l’attrait des citoyens roumains de travailler à l’étranger. De même que tous les autres États membres, nous sommes confrontés à des tendances démographiques négatives et à l’absence de main-d’œuvre dans certains domaines comme la santé, les bâtiments et le tourisme. Les autorités roumaines ont déjà lancé une évaluation sur l’impact de cette situation et envisagent les actions les plus appropriées à adopter. A moyen terme, il est plus que probable que la Roumanie deviendra de pays d’origine de la migration un pays de destination. Une législation meilleure et plus claire est à présent mise en application dans des domaines tels que la fiscalité et le milieu d’affaires. C’est pour ça que nous sommes convaincus qu’une large partie des personnes les plus capables choisiront de rester en Roumanie et d’apporter une contribution importante à l’intégration et la modernisation de notre pays. En même temps, le progrès économique et le soutien financier de l’UE engendreront des nouvelles opportunités pour l’environnement d’affaires et la création d’emplois. Au fur et à mesure que la Roumanie mettra en application de nouveaux programmes, des nouvelles idées, achèvera les réformes déjà commencées, des compagnies étrangères de plus en plus nombreuses décideront participer à la transformation et à la modernisation de mon pays. Je suis sûr et certaine que les experts canadiens sauriont saisir le potentiel roumain ainsi que les perspectives d’essor régional, dans le bénéfice à long terme des invesstisseurs de partout au Canada.
Biographie
Après des études à la Faculté d’Histoire et Philosophie avec diplôme de licence (1980), elle enseigne l’histoire dans un petit village jusqu’au 1987, puis travaille comme correctrice pour la revue Contemporanul à Bucarest. Docteur en Philosophie à l’Université de Bucarest (2005). Après la chute du communisme (1989), Elena Stefoi dirige le magazine littéraire Contrapunct (1990-1993) fondé par l’Union des Ecrivains, ainsi que l’hebdomadaire culturel et politique Dilema (1993-1997) et le mensuel l’Invitation de l’Institut français à Bucarest, en travaillant aussi comme correspondante permanente de la Radio France Internationale en Roumanie et correspondante pour « East European Constitutional Review » (Chicago Law School). Elena Stefoi joint le Ministère des Affaires étrangères en 1998 et en 2006 elle obtient le rang diplomatique de ministre plénipotentiaire. Avant qu’elle soit accréditée Ambassadeur Extraordinaire et Plénipotentiaire de la Roumanie au Canada (2005), Dr. Stefoi a été conseillère du Ministre, chef du Cabinet, directrice de la Direction de Planification Politique au Ministère des Affaires étrangères et Consul général de Roumanie à Montréal. Membre de l’Union des Écrivains depuis 1990, Elena Stefoi a publié plusieurs livres de poésie, ainsi que nombreuses essais et analyses politiques. Elle a reçu le Prix de l’Union des Écrivains roumains (1983) pour le meilleur livre de début et le Prix de l’Association des Journalistes de Langue hongroise de la Roumanie (1997). Membre du Sénat de L’Académie diplomatique à Bucarest (2003- 2005). Récipiendaire de l’Ordre de Mérite pour Honnête Service en rang d’officier, accordé par le Président de la Roumanie en 2000 et de la Médaille Le Mérite Diplomatique en 2007. L’ambassadeure Elena Stefoi a été élue président de l’Association Diplomatique d’Ottawa (ODA) en mai 2006 et réélue en 2007. Elle parle français, anglais et allemand.
(*) Ambassadeure de la Roumanie au Canada
