FAIRE DES AMÉRIQUES UNE ZONE DE PROSPÉRITÉ

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Jean Chréstien, Premier ministre du Canada

Dans une première allocution prononcée devant l’Organisaton des États américains, le Premier ministre du Canada Jean Chrétien a affirmé avec insistance l’appartenance de son pays à l’identité hémisphérique.

‘’À mesure que nous avons avancé sur ce parcours s’est accru le sentiment que les Amériques ne se résument pas à une réalité géographique. Que nous sommes plus que de simples voisins et amis. Nous formons una gran familia. Une famille dont chaque membre est assurément fier de sa propre identité et sûr de sa souveraineté ». Lors du sommet du Québec Jean Chrétien a parlé des voies et moyens de renforcer la démocratie et les droits de l’homme sur le continent américain.

Le Premier ministre ne pense pas que mondialisation économique et le changement technologique soient un obstacle progrès. ‘’Le Canada y voit plutôt pistes des pistes de solution. Des moyens de créer des opportunités infinies et de répandre la prospérité de la Terre de Feu à la terre de Baffin ».

Nous vous présentons l’entrevue que nous avons réalisée avec le premier ministre où il évoque les thèmes si chers à lui : le renforcement de la démocratie, la création de la prospérité et le développement du potentiel humain.

Diplomat Investissement : Monsieur le Premier Ministre, quels sont les défis personnels que vous devez relever dans le cadre du Sommet des Amériques ?

M. Jean Chrétien : Je crois que mon plus grand défi est d’amener les Canadiens à reconnaître que mon gouvernement s’engage à faire preuve d’ouverture et de transparence. Il est de notoriété publique des milliers de manifestants seront présent à Québec. Certains d’entre eux affirment qu’il y a des failles dans le processus du sommet parce qu’ils croient qu’il est exclusif et qu’il laisse de côté bien des gens. C’est tout à fait faux.

Dans la préparation du Sommet, nous avons fait appel à des organisations de la société civile, à l’échelle nationale et hémisphérique, et nous avons encouragé les consultations avec divers groupes qui, avec nous, s’engagent à bâtir un meilleur avenir. Jusqu’à présent, nous avons rencontré les représentants de plus de 1000 groupes et réseaux de la société civile (organisations non gouvernementales, gens d’affaires, syndicats, professeurs, etc.), pas seulement au Canada, mais aussi partout dans les Amériques. 

Nous avons pris connaissance de leurs préoccupations et de leurs recommandations, nous avons appuyé financièrement divers organismes tels que le Sommet de la jeunesse et le Sommet des peuples. Nous avons tenu compte de leurs idées lors de l’élaboration du plan d’action du Sommet. Nous allons poursuivre ce dialogue jusqu’à la tenue du Sommet et pour toute sa durée. Les ministres de mon gouvernement et moi-même nous attendons à rencontrer environ 50 représentants des principaux groupes et réseaux de la société civile.

Je crois que l’ouverture et la transparence sont essentielles si l’on veut que les démarches entreprises par le gouvernement soient légitimes et acceptées par la population. Voilà ce à quoi les Canadiens s’attendent. Nous avons rendu publique notre proposition concernant la Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA). De plus, mes collègues et moi attendons avec impatience l’issue des négociations de la ZLEA, dont la chambre des communes prendra connaissance. Par définition, la négociation est un processus complexe qui requiert une certaine liberté d’action permettant d’étudier diverses options. Toutefois, sans compromettre le processus, nous avons choisis de faire connaître notre position aux Canadiens et nous encourageons les autres pays à en faire autant.

Je crois que les Canadiens sont prêts à faire partie de ce monde nouveau que évolue autour de nous. Nous ne faisons plus face aux mêmes contraintes, celles imposées par les frontières ou encore par l’éloignement. 

L’évolution des technologies a permis la création de liens solides entre tous les pays. Cela est d’autant plus évident si on considère les liens qui nous unissent à nos voisins du sud.

Il nous faut adopter une vision qui va au de-là des frontières canadiennes; une vision liée à un monde nouveau où personne ne peut se permettre d’agir seul. Nous devons agir tous ensemble. Je crois que cette vision pavera la voie à une ère nouvelle de coopération économique et sociale, une ère prospère pour tous les Canadiens.

Il n’y pas de progrès sans défi. Nous ne devons pas craindre la mondialisation ni se laisser éblouir par son attrait. Nous devons plutôt relever les défis qu’elle nous lance.

Beaucoup de travail a été fait en préparation du Sommet et il y en aura encore plus à faire une fois qu’il sera terminé.

Cependant, pendant les trois jours que durera le Sommet des Amériques en avril, nos chefs d’État et de gouvernement devront porter une attention toute particulière aux sujets qui y seront abordés.

Cependant, pendant les trois jours que durera le Sommet des Amériques en avril, nos chefs d’État et de gouvernement devront porter une attention toute particulière aux sujets qui y seront abordés.

On parle beaucoup de la Zone de libre-échange des Amériques. Quelle est la position du Canada à ce sujet et pourquoi avoir choisi cette avenue politique?

À l’heure actuelle, au Canada, un emploi sur trois est lié au commerce international et, si on se lie aux tendances, ce pourcentage devrait augmenter au cours des prochaines années. En fait, 80% des 2 millions d’emplois crées au Canada depuis 1993 sont imputables à la croissance spectaculaire qu’a connu le commerce international.

Le Canada peut profiter grandement de la Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA). Par exemple, la plupart des produits en provenance des Amériques entrent au Canada exempts de droits de douane alors plusieurs produits canadiens sont soumis à une tarification élevée.

La ZLEA permettrait d’équilibrer cette situation. L’imposition de tarifs moins élevés encouragera les entreprises canadiennes à développer de nouveaux marchés et permettra de créer des emplois au Canada. L’élimination des subventions à l’exportation dans le domaine de l’agriculture, par exemple, pourrait constituer une étape importante vers l’élimination de toutes les subventions, ce qui aiderait grandement les agriculteurs canadiens.

Le Canada excelle dans la fourniture de services importants aux entreprises modernes tels que les télécommunications, les services financiers et les services d’ingénierie. La ZLEA offre aux pays de l’hémisphère la possibilité de s’entendre sur des règlements permettant l’accès à des services qui amélioreront ceux de l’Organisation mondiale du commerce.

Bien que le commerce international nous soit bénéfique, les avantages qu’en tirent les pays avec lesquels nous faisons affaire sont encore plus grands. Le commerce fait partie des questions importantes qui seront débattues dans le cadre du Sommet des Amériques parce que le développement économique est à la base de l’évolution sociale, source de changement hémisphérique.

Prenons l’exemple du Mexique. Lors de la signature de l’ALÉNA, en 1994, certains experts prédisaient qu’il faudrait vingt ans pour que l’économie de ce pays puisse rivaliser avec celle du Canada. En réalité, le Mexique n’a mis que cinq ans pour devenir un sérieux concurrent.

L’exemple du Mexique nous démontre que le commerce international peut aider à créer la stabilité et la prospérité, cette prospérité qui donne aux gens les outils dont ils ont besoin pour améliorer leurs conditions de vie, leur environnement, leurs conditions de travail et leurs droits civils.

Le commerce n’est qu’une des multiples institutions hémisphériques qui nous lient et qui encouragent l’adoption de nouvelles normes rigoureuses. Des 35 pays de cet hémisphère, un seul n’est pas régi par un gouvernement démocratique. Sur une grande échelle, la violation des droits de la personne est nettement en déclin, Le Sommet est à la fois une façon de célébrer cela et un engagement public de haut niveau à poursuivre cette évolution.

Vous avez rencontré récemment les chefs d’État des Caraïbes, qui exprimaient leurs craintes au sujet de la marginalisation de leurs pays dans cette région. Quelles assurances pouvez=vous leurs donner à ce sujet?

Il est vrai que certains pays des Caraïbes  craignent d’être marginalisés par la Zone de libre-échange des Amériques. Notons l’exemple de la plupart des petits pays qui dépendent largement des tarifs douaniers, leur principale source de revenu, puisqu’ils n’ont pas de régime fiscal, Il s’agit là d’un problème d’ajustement légitime et sérieux qui se posera effectivement suite à la mise sur pied de la ZLEA.

Dans une Zone de libre-échange des Amériques, ces pays devront chercher d’autres sources de revenu pour leur gouvernement à mesure que les revenus provenant des tarifs douaniers diminueront. Il faudra bien évidemment du temps pour faire tous les ajustements nécessaires.

Lorsque j’ai rencontré les chefs d’État de la Communauté des Caraïbes (Caricom à Montego Bay en janvier, j’ai cependant eu l’impression qu’ils se préoccupaient davantage de la marginalisation dans le cadre du processus de négociations de la ZLEA. Le Canada reconnaît que les négociations de la ZLEA soulèvent des défis pour les petites économies et que leurs préoccupations devront être étudiées cas par cas lors des négociations sur l’accessibilité au marché. Il faut tenir compte de leurs besoins particuliers. Lors de la réunion ministérielle de la ZLEA en novembre 1999 à Toronto, le ministre du Commerce international, M. Pierre Pettigrew s’est engagé à appuyer la position des Caribes lors du processus de la ZLEA et nous prenons cet engagement très au sérieux.

En tant que forum visant à soulever les préoccupations des petites économies afin d’y trouver des solutions, le Canada considère que le Groupe consultatif sur les petites économies de la ZLEA, dont la création fut d’ailleurs fermement appuyée par le Canada, continue de jouer un rôle important dans le processus de la ZLEA.

Par le biais de l’Agence canadienne de développement intarnational, nous travaillons avec les pays membres de la Caricom afin de renforcer leur système de négociations en matière de commerce, à la fois au niveau du mécanisme de négociations régional de la Caricom et au Secrétariat de la Caricom.

Nous avons également des programmes qui visent à s’assurer, entre autres, qu’ils aient des travailleurs compétents qui leur permettent d’être compétitifs à l’échelle internationale. Plus récemment, nous avons créé le Fonds pour les politiques commerciales de la région des Caraïbes afin de financer des projets mis sur pied, dans les Caraïbes, par le secteur privé et par la société civile, des projets visant à leurs compétences en matière de politique commerciale.

Ces nouvelles compétences leur seront fort utiles lors des négociations de la ZLEA et lorsqu’ils participeront à des forums plus grands, tels que l’Organisation mondiale du commerce.

J’ai également rappelé aux dirigeants de la Caricom que la ZLEA offre des possibilités de prospérité économique au gouvernement et aux peuples des Amériques, dont les Caraïbes. Je leur ai rappelé plus précisément que la ZLEA leur donnera la parité qu’il cherchait à obtenir de l’ALÉNA, qu’elle les mettra au même niveau que le Mexique, en particulier, en ce qui a trait au commerce.

Par Ousmane Sow

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