LE PRÉSIDENT DÉBY VEUT FAIR E PLUS ENCORE

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Le Président tchadien Idriss Déby Itno

Rares sont les hommes politiques africains qui peuvent se targuer d’avoir fait entrer leur pays sur le chemin de la paix et du développement. Le Président Idriss Déby Itno est l’un de ceux-là. Partisan du réalisme, en politique comme en économie, il essaie d’améliorer petit à petit les conditions de vie des Tchadiens tout en respectant les droits de chacun. Une tâche difficile dans un pays naguère déchiré par des querelles intestines. Le Président Idriss Déby Itno  est l’invité de notre Magazine.

Magazine Diplomat Investissement: Monsieur le Président, depuis que vous êtes à la tête de l’État, le pays a connu la stabilité sur les plans politique et social. À quoi attribuez-vous cela?

M. le Président Idriss Déby: Avec l’avènement de la démocratie le 1er décembre 1990, qui a mis un terme à la dictature la plus sanglante que notre pays n’ait jamais connue, notre conviction profonde était de bâtir une société nouvelle, démocratique et résolument tournée vers l’avenir. Depuis notre accession à la magistrature suprême, nous avons œuvré pour que prévalent les idéaux de liberté, de justice et de tolérance. Le dialogue a été notre préoccupation constante, tout comme la consolidation de la paix. Nous avons donc consacré nos forces et notre énergie à l’éclosion de cette société nouvelle dont les graines ont été semées en décembre 1990 et dont nous récoltons aujourd’hui les fruits. Ce sont assurément ces acquis positifs qui constituent le fondement de la stabilité politique et sociale que connaît notre pays. Quelles sont les réformes et les orientations importantes prises pour le développement économique et social du pays ? Pour remédier à la fragilité de notre base économique et sociale, il a fallu mettre les bouchées doubles. C’est ainsi qu’au niveau économique, des réformes ont été entreprises pour créer des conditions optimales à une croissance durable. Les différents programmes, avec l’appui de nos partenaires, ont permis la restauration des grands équilibres macroéconomiques, le désengagement progressif de l’État du secteur public et la responsabilisation d’un secteur privé dynamique. L’exploitation et la commercialisation du pétro l e restent des exemples édifiants. C’est un grand défi que nous avons relevé. Nous avons initié une loi assez originale portant sur la gestion des revenus générés par l’exploitation du pétrole. Et je puis vous assurer que c’est un modèle de transparence unique en son genre. La modernisation de l’Administration, notamment des administrations économiques et sociales, a été réalisée. Les conditions attractives favorables aux investissements productifs extérieurs ont été créées. Du point de vue social, une politique de formation et de valorisation des ressources humaines a été mise en œuvre avec des résultats plus que probants dans la santé et l’enseignement, afin de faire face aux besoins et demandes nationales. Tout cela concourt effectivement au développement durable du Tchad. Les résultats du référendum sur la Constitution ont montré la confiance des Tchadiens envers ces réformes. Quelle leçon en tirez-vous ?

Le déroulement du scrutin référendaire du 6 juin dernier, ainsi que le résultat du vote, constituent à n’en point douter l’expression achevée de l’attachement de notre peuple à la démocratie et à ses valeurs. C’est aussi l’illustration éclatante de l’adhésion massive de nos compatriotes à notre politique. Évidemment, la principale leçon que nous tirons du résultat de ce scrutin, c’est qu’au-delà des polémiques personnelles que d’aucuns ont voulu substituer à l’exercice démocratique en appelant au boycott du scrutin, la volonté populaire s’est exprimée dans le respect de tous, dans le respect de la liberté. Le résultat du vote est l’expression de notre pays dans sa diversité et dans son unité.

Vous avez déclaré que 2005 sera le début du commencement du développement du Tchad. Qu’en est-il concrètement ?

Les conditions propices au décollage ont été progressivement mises en place. Depuis le début de l’année, les chantiers sont visibles à travers le pays, que ce soit dans le domaine des infrastructures économiques ou sociales. L’exploitation du pétrole de Doba est une réalité. Le taux de croissance pour 2005 est de 11%. Depuis octobre 2003, le Tchad fait partie des pays producteurs de pétrole. Comment allez-vous vous y prendre pour que cette nouvelle richesse puisse vraiment profiter au pays?

Quels sont les projets prioritaires à court, moyen et long terme ?

C’est vrai que le Tchad est aujourd’hui un pays producteur de pétrole. C’est une ressource supplémentaire que nous venons d’avoir et elle nous aidera à mieux lutter contre la pauvreté. Car chacun le sait, le Tchad fait partie des pays les plus pauvre s et les moins développés du monde. Tout est à faire dans notre pays, tous les secteurs sont prioritaires et, comme vous le savez, nous avons mis en place un mécanisme unique en son genre pour la gestion des ressources pétrolières. Ce mécanisme, au-delà du fait qu’il prévoit la budgétisation des revenus pétroliers et la mise en place d’un organe de suivi et de contrôle des ressources pétrolières indépendant du gouvernement, définit les grandes lignes de leur utilisation afin qu’elles puissent bénéficier à tout le pays et surtout à tous les Tchadiens.

Vous insistez beaucoup sur l’importance de développer et de moderniser les secteurs économiques traditionnels du pays, tels que l’agriculture et l’élevage. Des investissements importants sont-ils prévus?

Le Tchad est certes un pays pétrolier depuis 2003, mais avant cela, il a toujours été un pays agro-sylvo-pastoral, et il regorge des potentialités énormes dans ce secteur. Notre vision est d’avoir une économie diversifiée, incluant des activités pétrolières, mais qui continue à développer ses potentialités agro-sylvo-pastorales. Nous comptons développer ce secteur en créant un c a d re propice pour l’émergence de petites et moyennes entreprises, surtout dans le sens de la manufacture et de la transformation de nos produits. N’oublions pas que la population du Tchad est à 80 % rurale. Cette population vit essentiellement de l’agriculture, de l’élevage et de la pêche. Il nous faut accorder une importance méritée à ce secteur qui nourrit la grande majorité des Tchadiens. Mais re n d re ce secteur plus performant nécessite des investissements importants. C’est ainsi que les départements en charge du développement rural ont bénéficié de près de 77 milliards de francs de crédits pour les investissements sur un total de 311,314 milliards en 2005. En plus de ces crédits, notre approche est d’intéresser les privés tchadiens et étrangers à investir dans les domaines de l’exploitation et de la transformation des produits de l’agriculture, de l’élevage et de la pêche. Créer un cadre incitatif pour motiver les privés à investir dans ce secteur est donc l’une de nos préoccupations. Le Tchad a eu dans le passé des relations plutôt tumultueuses avec certains pays de la sous-région.

Quel type de relations entendez-vous dynamiser avec vos voisins et de quel rayonnement international rêvez-vous pour le Tchad?

Fidèle aux idéaux de paix et de sécurité, le Tchad demeure très attentif à tout ce qui se passe en Afrique, et plus particulièrement dans la sous-région, compte tenu de la complémentarité de nos situations respectives. En outre, soucieux de construire avec les pays de la sous-région un environnement politique stable et favorable au développement, notre pays a fondé son rôle diplomatique sur trois axes privilégiés: la non-ingérence, la concertation et la négociation. C’est ainsi que nous avons été au cœur d’intenses initiatives ayant abouti à l’extinction de crises particulièrement délicates. Vous avez en mémoire par exemple nos interventions pour la restauration de la paix civile en République centrafricaine, au Rwanda, ou encore en RDC dans le cadre des mandats des instances sous-régionales, continentales et internationales. Dans nos relations avec les autres pays, nous avons toujours privilégié la concertation et la négociation car nous sommes convaincus que le meilleur gage du développement et d’intégration sousrégionale effective est la paix. Nous entretenons de très bonnes relations d’amitié et de coopération avec plusieurs pays. Et le Tchad, grâce à une diplomatie très active, fait entendre sa voix. Notre pays, à travers sa diplomatie, fait entendre sa voix dans le concert des nations, en usant de tous les moyens pacifiques, de concert avec les autres nations pour développer l’entente et la solidarité entre les peuples. 2006 sera une année électorale au Tchad.

Qu’est-ce que les Tchadiens attendent, selon vous, qu’est-ce que le peuple tchadien attend de ce troisième appel aux urnes depuis l’avènement de la démocratie ?

Lors de toutes les élections qui se sont déroulées au Tchad, notre peuple a démontré sa maturité, en exerçant son devoir civique dans le calme et la dignité. Pour les élections à venir, les Tchadiens attendent plus de responsabilité des acteurs politiques qui doivent abandonner les mauvaises mœurs politiques, les fausses querelles. L’intérêt général doit prévaloir sur les égoïsmes à courte vue. On sait tous que le Tchad regorge de ressources inexploitées.

Quel serait votre message aux investisseurs pour les convaincre de s’impliquer dans le développement du pays?

Les investisseurs nationaux et étrangers sont invités à investir au Tchad qui off re d’immenses opportunités. Le pays est pratiquement vierge et des ressources insoupçonnées gisent dans notre sol et notre sous-sol. Le secteur minier par exemple est très porteur car nous avons un potentiel de très bonne qualité qui ne demande qu’’à les exploités. Le sous-sol regorge d’importantes réserves de substances minérales industrielles. Des millions d’hectares de terres cultivables en jachères attendent d’être exploitées. Avec sa faune sauvage et sa flore variée, le Tchad est aussi une destination touristique au fort potentiel. Nous offrons des facilités fiscales très attractives à ceux qui voudront venir partager avec nous le rêve de faire du Tchad un pays paisible, prospère, où il fait bon vivre. Les pays du G8 ont récemment annoncé l’annulation de la dette de certains pays africains. Certains disent que c’est une bonne chose, d’autres craignent qu’on déresponsabilise ainsi les États.

Quelle est votre position sur le sujet ?

L’annulation de la dette est une bonne chose en soi et nous ne pouvons que louer cette initiative, car le remboursement de cette dette constitue un poids insupportable pour les économies fragiles des pays pauvres. Cependant, à mon sens, ce ne sont pas ces mesures qui vont permettre aux pays sous-développés de sortir de leur état actuel. Une juste rétribution du fruit de leur labeur ainsi qu’un partage équitable des ressources de leur sous-sol suffiraient à enrayer l’état d’extrême dénuement dans lequel ces pays végètent. À cet égard, les exemples du producteur africain de coton qui ne revendique qu’un commerce équitable et celui du pétrole sont assez édifiants.

Quelle est votre vision du Tchad et de l’Afrique de demain?

Je rêve d’une société tchadienne plus unie, plus démocratique, plus tolérante et résolument engagée dans la voie du développement. Je pense que les contours de cette société tchadienne idéale se dessinent déjà. Mais la situation du Tchad, à l’instar des autres pays, n’est pas du tout enviable. Cela nous amène à nous interroger sur notre destin, notre avenir, celui de notre continent pris globalement. Comment peut-on imaginer qu’après 45 ans d’indépendance pour la plupart des pays africains, leurs populations croupissent encore dans la misère ? Il n’y a pas des structures éducatives, ni socio – sanitaires, nos infrastructures de communication et de télécommunication sont désuètes ou quasi-inexistantes. À cela s’ajoutent des problèmes économiques qui ne font qu’annihiler nos efforts et nous poussent au pessimisme. Tous les indicateurs socioéconomiques sont au rouge et cela s’explique par notre comportement en tant qu’Africains, qui avons très mal négocié notre indépendance et les différents programmes de développement qui ont suivi. Aujourd’hui nous nous trouvons face à nous-mêmes avec nos difficultés et le paradoxe qui découle de notre propre manière de gérer nos économies. Nous ne sommes plus maîtres de nos destins quand on voit la pression qui s’exerce sur nous. Lorsqu’il s’agit d’écouler nos matières premières, nous ne contrôlons plus rien et nous sommes constamment soumis aux diktats et aux conditionnalités. Comment se fait-il que l’Afrique soit l’une des pourvoyeuses de matières premières et que ses habitants n’aient même pas le minimum vital? Comment comprendre qu’un continent si grand et si riche ne possède même pas d’infrastructures modern s? Il est temps que la réflexion sur le vrai développement de l’Afrique soit menée et cela, par les Africains eux-mêmes, conscients de la place et du rôle que peut jouer leur continent. Le combat pour le développement de notre continent exige l’effort de tous les Africains. Par ailleurs, je rêve d’une Afrique unie, solidaire sous l’égide de l’Union africaine avec des entités fortes sur les plans économique, social, et politique. La pleine réalisation des aspirations communes de nos peuples en dépend.

Le Canada jouit d’une grande estime au Tchad et en Afrique. Ave z – vous un message particulier à l’intention des investisseurs canadiens?

La réalisation des grands chantiers que nous avons ouverts pour l’accomplissement des légitimes aspirations de notre peuple au progrès et à la prospérité requiert la conjugaison des apports du secteur public et du secteur privé. Des perspectives alléchantes s’offrent dans notre pays aux investisseurs en quête d’opportunités d’investissement. J’invite donc nos amis canadiens, désireux de nous accompagner dans l’œuvre exaltante d’exploitation des atouts indéniables de notre pays, de venir au Tchad et de nous accompagner dans cette entreprise. Les facilités et les meilleures conditions leurs seront offertes. Je souhaite vivement leur contribution à l’essor de notre pays.

Biographie

SON EXCELLENCE MONSIEUR IDRISS Déby est né en 1952 à Berdoba, au Tchad. Il entre à l’école française de Fada après avoir fréquenté l’École corani que de Tiné, puis au Lycée franco – arabe d’Abéché et au Lycée Jacques-Moudeina de Bongor. Titulaire d’un baccalauréat scientifique, il entame sa formation militaire à l’école des Officiers d’active de N’Djaména (promotion 1975 – 1979) avant d’entrer à l’Institut aéronautique d’Armaury la Grange de Hazebruk (France). Devenu pilote de transport et diplômé parachutiste, il retrouve un Tchad en pleine ébullition après les combats de février 197 9. Ses qualités militaires sont re marquées rapidement sur le terrain, ce qui lui vaut d’être désigné en 1980 Chef d’état-major des Forces armées du Nord (FAN). Quand celles-ci prennent le contrôle de la capitale, Idriss Déby est à la tête de la première colonne qui entre dans N’Djaména. Commandant en chef de l’armée, il devient également membre du Conseil de commandement des forces armées du Nord (CCFAN). Il est promu au grade de colonel, puis il se rend en France où il suit les cours de l’École supérieure de guerre interarmées (1986-1987). De retour au Tchad, il est nommé conseiller à la Présidence de la République chargé de la défense et de la sécurité et en même temps commissaire aux armées, puis à la sécurité au sein du Bureau exécutif de l’UNIR. Le 1er avril 1989, en désaccord avec Hissein Habré et sentant se resserrer sur eux la menace de liquidation, Idriss Déby et quelques compagnons (au nombre desquels Hassan Djamous et Brahim Mahamat Itno) décident de quitter N’Djaména en direction de l’Est. Le chemin est périlleux. La petite colonne doit livrer plusieurs batailles en situation d’infériorité numérique et matérielle. Des trois chefs de file, seul Idriss Déby parvient au Soudan. Les survivants créent l’Action du 1er avril qui s’unit à d’autres formations en lutte contre la dictature pour former en mars 1990 le Mouvement patriotique du salut (MPS) qui, au terme d’une fulgurante offensive, boute Hissein Habré hors du pays. Président du Mouvement patriotique du salut depuis sa création, le colonel Idriss Déby est porté à la Présidence du Conseil d’État dès la victoire des Forces patriotiques le 4 décembre 1990, puis désigné Président de la République le 28 février 1991 à l’adoption de la Charte nationale. Promu général de corps d’armée le 21 février 1995, Idriss Déby a été investi Président de la République le 8 août 1996 à l’issue des premières élections démocratiques et pluralistes au Tchad. À la fin d’un premier quinquennat bien rempli, il sollicite et obtient du peuple tchadien un second mandat de cinq ans le 20 mai 2001. Il est investi Président de la République du Tchad le 8 août 2001. Son engagement pour l’instauration d’un État de droit et la démocratie a été ré compensé par un prestigieux prix européen. Le 20 avril 1991, le Président Idriss Déby a en effet reçu le message de la Paix universelle du Prix Européen UMBERTO BIANCAMANO.

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