Les Canadiens et les Québécois doivent faire affaire en Afrique

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M. Richard Martin, Président de CANLEAD, M. Sakombi Molendo Ministre des Affaires Foncières de la RDC et M. Joseph Tete représentant de CANLEAD en RDC.

Par Richard Martin*

Les Canadiens et les Québécois ne sont pas généralement timides quand vient le temps d’aller sur les marchés internationaux. Cependant, la présence du plus grand marché au monde, soit les Etats-Unis, à nos portes tend à attirer l’attention des entreprises et investisseurs canadiens et québécois. Il faut dire que c’est alléchant, avec autant d’occasions qui s’offrent aux entreprises d’ici simplement en traversant la frontière. Les dimensions géographiques des deux pays sont très comparables, même si le climat ne l’est pas. Une histoire commune et des valeurs fondamentales très proches nous unissent encore plus. Les Canadiens et les Québécois connaissent suffisamment la culture et les normes américaines pour établir des relations solides avec les clients et fournisseurs améri cains. Le fait d’occuper le même hémisphère aide aussi. Finalement, les deux éco nomies, soient celles du Canada – incluant celui du Québec – et des Etats-Unis sont tellement enchevêtrées qu’une dépendance mutuelle productive s’est développée. Cela dit, il faut se rendre à l’évidence que les occasions et les opportunités à l’exté rieur des Etats-Unis sont multiples. Il s’agit de les connaître et de s’investir, maté riellement et mentalement, pour les exploiter.

C’est ce que représente l’Afrique pour les entreprises canadiennes et québécoises. Hélas, celles-ci hésitent à se faire une place en Afrique. En effet, selon M. Abdel hamid Benhmade, chargé de recherche sur l’Afrique au Centre d’études et de re cherches internationales de l’Université de Montréal : «Alors que la part des investissements directs étrangers d’origine canadienne sur ce continent est estimée à 0,43 %, la France est le premier pays à y investir parmi le G7, avec une part évaluée à 4,63 %, suivie par l’Italie (3,91 %), le Royaume-Uni (3,44 %), les États-Unis (1,16 %), l’Allemagne (0,79 %) et le Japon (0,77 %). Ainsi, le Canada est le pays du G7 qui a le moins investi en Afrique entre 2011 et 2017.»1 Les entreprises canadiennes et québécoises doivent surmonter leur timidité. L’Afrique a besoin de tout et présente un énorme potentiel commercial. Encore selon M. Benhmade, les dépenses privées « devraient atteindre 3,5 billions à l’hori zon 2025. D’ici là, 80 % des dépenses d’affaires seront effectuées par cinq grands secteurs : l’agriculture et l’agro-industrie, l’industrie, la construction, les services pu blics et le transport, le commerce de gros et de détail, et les ressources naturelles.»2 À cela nous pouvons ajouter : infrastructures de transport et de communications; construction; génie civil; production énergétique; exploitation minière; foresterie; développement du capital humain; services conseils en matière de lutte anti-corrup tion; perfectionnement des structures gouvernementales; et j’en passe.

Les entreprises et investisseurs québécois doivent prendre plus de risque pour s’implanter et faire affaire en Afrique, autant francophone qu’anglophone. Les occasions et les be soins existent et sont énormes. Les Canadiens et les Québécois ont des avantages que nul autre peuple au monde ne possède : francophones ET anglophones; passé non colonialiste; capacité de par ler aux peuples autochtones d’égal à égal pour trouver un bénéfice commun (ga gnant-gagnant); expertise en finances et investissements sophistiqués et reconnus à l’échelle planétaire (juste à nommer la Caisse de dépôt et placement du Québec et le fonds de placement du Régime de pension du Canada); expertise en génie civil et en construction; expertise en exploitation minière, agro-alimentaire, forestière et manufacturière; capital humain formé et motivé; et ouverture culturelle sur le monde entier. Le Québec et d’autres provinces canadiennes comme le Manitoba et la Colom bie-Britannique sont aussi des chefs de file mondiaux en matière de financement, construction et opération d’infrastructures hydroélectriques de grande envergure. Les besoins énergétiques de l’Afrique sont bien connus. L’hydroélectricité présente la meilleure solution à court, moyen et long terme pour l’électrification en Afrique. Juste en République démocratique du Congo, il existerait un potentiel hydroélec trique non exploité de l’ordre de plus de 100 000 MW!

Les Canadiens et les Québécois doivent mettre de côté leur hésitation face aux af faires en Afrique. Les occasions et le po tentiel économiques, commerciaux, finan ciers et industriels sont trop alléchants pour laisser le champ libre aux autres. Le gouvernement fédéral canadien et le gou vernement du Québec se tiennent prêts à soutenir les entreprises et investisseurs qui veulent tenter leur chance. Un mot d’avertissement. Il n’est pas facile de faire affaire en Afrique. Mise à part les facteurs tels que l’éloignement, le manque d’infra structures de transport et de communica tion, et les niveaux peu élevés de compé tences économiques modernes, il y a bien plus les différences et les défis d’ordre cul turel. Il faut s’armer de patience et s’avoir être accompagné par les bons partenaires. Le potentiel existe. Il faut savoir comment le saisir. n

(*) Richard Martin, Président-directeur général, Académie canadienne de leadership et développe ment du capital humain

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