Le chef du gouvernement marocain, Aziz Akhannouch, a dû interrompre précipitamment ses vacances aux îles Baléares sur ordre direct du roi Mohammed VI. Son départ à l’étranger, survenu au plus fort d’une crise migratoire sans précédent à l’enclave espagnole de Ceuta, a suscité une vive indignation au sein de l’opinion publique et de la classe politique marocaine.
Un départ en jet privé qui passe mal
La polémique enflammait les réseaux sociaux depuis plusieurs jours. Juste après avoir assisté à la traditionnelle cérémonie d’allégeance de la Fête du Trône à Tétouan, le Premier ministre Aziz Akhannouch s’est envolé à bord de son jet privé vers Majorque pour un séjour familial.
Ce départ en vacances privées est intervenu au moment précis où la frontière avec l’enclave espagnole de Ceuta subissait un assaut migratoire d’une ampleur inédite. Devant l’ampleur du scandale et le sentiment d’abandon ressenti par la population, le roi Mohammed VI est personnellement intervenu pour ordonner le retour immédiat du chef du gouvernement. Aziz Akhannouch a ainsi regagné le Maroc dans la nuit du 2 au 3 août.
Ceuta submergée : une crise humanitaire majeure
La crise a débuté suite à la diffusion de fausses rumeurs sur les réseaux sociaux, exacerbées par une mauvaise interprétation d’un arrêt de la Cour suprême espagnole limitant les renvois immédiats par voie maritime. En l’espace de quelques jours, entre 60 000 et 72 000 migrants, principalement de jeunes Marocains, ont tenté de franchir la frontière à la nage.
Le bilan humain est lourd : au moins 72 personnes ont perdu la vie par noyade lors de ces traversées désespérées. Face à cette situation d’urgence, le cabinet royal a pris directement les rênes de la gestion de crise, contournant un gouvernement jugé transparent. À ce jour, la situation est revenue à la normale et près de 70 000 personnes ont déjà été refoulées ou renvoyées vers le Maroc, selon les autorités espagnoles.
Le silence persistant d’Aziz Akhannouch
Si le ministère de l’Intérieur marocain est finalement sorti de son mutisme après cinq jours de silence pour pointer du doigt la responsabilité des réseaux de passeurs, le Premier ministre, lui, brille par son absence de communication directe sur le sujet.
Depuis son retour forcé à Casablanca, Aziz Akhannouch n’a fait aucune déclaration publique concernant le drame de Ceuta. Ses seules interventions sur ses canaux officiels se sont limitées à des graphiques valorisant la baisse du chômage dans le royaume, un décalage de communication qui continue d’alimenter les critiques de l’opposition.

