Les chefs d’Etat et de gouvernement de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ont relancé le projet de l’Eco, la future monnaie unique de l’organisation régionale, à l’horizon 2027. C’est la principale décision qui a sanctionné la 69e session ordinaire de la CEDEO tenue le 19 juillet dernier à Lungi, en Sierra Leone. La relance de l’Eco intervient dans un contexte où cette partie du continent cherche à renforcer son intégration économique et attirer davantage d’investissements. Pour les banques, les entreprises et les investisseurs, l’Eco représente un enjeu stratégique, qui va bien au-delà d’une réforme monétaire. Forte d’un marché de plus de 400 millions d’habitants, l’Afrique de l’Ouest pourrait voir ses échanges régionaux profondément modifiés et sa compétitive économique renforcée, en cas de réussite de cette initiative.
Une ambition économique longtemps attendue
Depuis 2000, les pays de la CEDEAO envisagent de créer une monnaie commune pour faciliter leurs échanges et réaliser un espace économique plus intégré. Cependant, les difficultés politiques régionales, les différences économiques entre les Etats membres et les contraintes budgétaires n’ont pas permis jusque-là, la mise en branle de ce projet.
Aujourd’hui, la dynamique de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) redonne une nouvelle importance à cette ambition. Les entreprises africaines ont plus que jamais besoin d’un environnement plus stable pour développer leurs activités au-delà des frontières nationales. Sur le terrain, le développement de ce commerce régional se bute à plusieurs obstacles notamment la multiplicité des monnaies.
Pour réduire les coûts liés aux opérations de change, améliorer la visibilité des entreprises et faciliter les investissements transfrontaliers, la circulation d’une monnaie commune, ne peut qu’être soutenue avec force.
Des opportunités nouvelles pour les entreprises et les investisseurs
Pour les entreprises, l’Eco pourrait représenter un véritable changement d’échelle. Une société installée dans un pays de cette communauté économique pourrait plus facilement vendre ses produits, investir ou établir des partenariats dans les États voisins sans supporter les risques liés aux fluctuations monétaires.
Cette intégration renforcée pourrait également bénéficier aux secteurs de l’agriculture, de l’industrie, de la logistique, du numérique et des infrastructures.
Pour les investisseurs internationaux, une monnaie régionale crédible constituerait un facteur d’attractivité supplémentaire. Les grands projets en effet, nécessitent une visibilité et une stabilité financières sur plusieurs années. La réduction du risque de change pourrait encourager davantage de capitaux vers les infrastructures, l’énergie ou les industries de transformation.
En outre, en facilitant la circulation des capitaux et en renforçant la confiance des investisseurs, l’Eco pourrait également apporter une bouffée d’oxygène aux marchés financiers régionaux.
Les banques face à une nouvelle architecture financière
Le secteur bancaire sera forcément au cœur de cette nouvelle donne régionale. La création d’une monnaie unique modifiera à coup sûr les modèles économiques actuels et contraindra les banques à développer de nouveaux services.
Les établissements financiers seront davantage appelés à se positionner sur le financement du commerce régional, les paiements numériques et l’accompagnement des entreprises qui souhaitent conquérir de nouveaux marchés.
Déjà présentes dans plusieurs pays de la CEDEAO, les banques africaines pourraient jouer un rôle majeur grâce à leur expérience des opérations transfrontalières.
Cependant, la réussite de l’Eco nécessitera, de l’avis de plusieurs spécialistes de la question, une modernisation des infrastructures financières. La stabilité monétaire ne sera garantie que si les systèmes de paiement sont harmonisés et la coopération entre les banques centrales renforcée.
Des défis à relever pour garantir la crédibilité de l’Eco
En dépit de ses avantages potentiels, cette monnaie unique sera confrontée à plusieurs défis. L’Eco fera face aux importantes différences des économies de la région en matière d’inflation, de dette publique et de croissance. En effet, pour préserver la confiance des marchés, une monnaie commune nécessite une discipline économique partagée et des institutions solides.
Le défi est également politique. Une union monétaire ne peut fonctionner sans une volonté commune et une coopération durable entre les États membres. La stabilité institutionnelle sera donc un facteur déterminant.
L’Eco devra également être accompagné de politiques favorisant la production locale, l’industrialisation et la compétitivité des entreprises africaines.
Faire de l’Eco un outil de développement
Pour Diplomat Investissement, l’Eco représente une opportunité stratégique pour accélérer l’intégration économique de l’Afrique de l’Ouest. Mais son succès sera tributaire de la capacité des États à créer un cadre stable, transparent et favorable aux investissements régionaux.
Une monnaie unique ne doit pas être considérée comme une simple réforme financière. Elle doit devenir un instrument au service du commerce régional, de l’innovation et de la croissance.
La réunion de ces conditions de réussite pourrait permettre à l’Eco devenir un symbole fort d’une Afrique de l’Ouest plus intégrée, plus compétitive et davantage capable de mobiliser les investissements nécessaires à son développement. L’Eco ferait ainsi l’écho, en inspirant d’autres régions d’Afrique, et pourquoi pas en devenant plus tard, la devancière d’une unité monétaire continentale.

