Dans ce qui s’impose déjà comme l’un des tournants politiques les plus majeurs de l’après-guerre en Syrie, le président Ahmed al-Charaa a nommé le chef kurde Mazloum Abdi au poste de conseiller présidentiel. Cette décision s’accompagne de l’autorisation officielle de l’enseignement de la langue kurde dans les écoles, scellant une réconciliation historique entre Damas et la minorité kurde.
C’est un décret qui redessine l’avenir institutionnel de la Syrie. Par le biais du décret présidentiel n° 164 officiel, Mustafa Khalil Abdi — universellement connu sous son nom de guerre, Mazloum Abdi — fait une entrée fracassante au cœur de l’appareil d’État syrien. L’ancien commandant en chef des Forces démocratiques syriennes (FDS) devient officiellement conseiller auprès de la présidence de la République.
Cette intégration politique intervient dans la foulée immédiate d’un événement militaire sans précédent : la dissolution officielle des FDS. Forte de près de 100 000 combattants et longtemps soutenue par la coalition internationale, la force armée kurde a accepté de fusionner ses structures avec l’armée nationale syrienne, marquant la fin de l’autonomie militaire du Nord-Est.
La fin d’un tabou culturel : le kurde entre à l’école
Parallèlement à cette nomination, le ministère de l’Éducation a publié les décrets d’application d’une réforme culturelle historique. Pour la première fois depuis l’indépendance de la Syrie en 1946, la langue kurde est officiellement autorisée et intégrée dans les programmes des écoles publiques et privées, dans toutes les régions à forte composante kurde.
La mesure concrétise la reconnaissance récente du kurde en tant que langue nationale. Pour les organisations de défense des droits humains et les militants locaux, il s’agit d’une victoire symbolique immense après des décennies de marginalisation et de politique d’arabisation forcée sous l’ancien régime.
Les jalons d’un nouvel équilibre politique
Cette double annonce est le fruit de négociations serrées entamées au début de l’année entre Damas et l’administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie (AANES). Acculées par le désengagement militaire américain et la pression constante de la Turquie à leurs frontières, les autorités kurdes ont choisi la voie du compromis global avec le gouvernement d’Ahmed al-Charaa pour préserver leurs acquis civils.

