Vingt-six ans après la chute de son père Alberto Fujimori, la dynastie politique la plus polarisante du Pérou est de retour au sommet de l’État. Ce 28 juillet 2026, Keiko Fujimori a officiellement prêté serment en tant que présidente de la République du Pérou lors d’une cérémonie solennelle au Palais législatif de Lima, ouvrant un mandat de cinq ans qui s’annonce crucial pour l’avenir du pays.
À 51 ans, la chef de file du parti de droite Force populaire (Fuerza Popular) réalise enfin son ambition présidentielle après trois échecs consécutifs au second tour (en 2011, 2016 et 2021). Elle succède au président de transition José María Balcázar pour la période 2026-2031.
Un retour historique et hautement symbolique
Cette investiture marque un tournant historique à double titre pour la nation andine :
- Une première dans les urnes : Keiko Fujimori devient la première femme de l’histoire du Pérou à accéder à la présidence par la voie du suffrage universel direct.
- Le retour de la dynastie : Vingt-six ans après la fin du régime controversé d’Alberto Fujimori (1990-2000), sa fille aînée réintègre le palais présidentiel, là même où elle avait exercé la fonction de Première dame dans les années 1990 suite au divorce de ses parents.
Preuve de l’importance géopolitique de l’événement, la cérémonie s’est déroulée en présence de nombreuses délégations internationales. Parmi les invités de marque figuraient le roi Felipe VI d’Espagne, ainsi que plusieurs figures de la droite et de la politique libérale d’Amérique latine, dont le président argentin Javier Milei et le dirigeant équatorien Daniel Noboa.
Un pays fracturé à réconcilier
Le premier défi de la nouvelle présidente sera sans doute de rassembler un pays profondément divisé. Keiko Fujimori a en effet remporté le second tour de l’élection présidentielle d’une courte tête face à son rival de gauche Roberto Sánchez, avec une avance infime de moins de 50 000 voix. Signe de cette polarisation extrême, l’atmosphère festive des partisans fujimoristes dans les rues de Lima contrastait vivement avec des rassemblements d’opposants venus crier leur rejet de ce qu’ils qualifient de « retour du passé ».
Sécurité, Économie et Climat : Les trois chantiers prioritaires
Dans son premier discours à la nation, la présidente Fujimori a tracé les lignes directrices de sa politique, axée sur la fermeté et la relance :
- La lutte contre la criminalité : Face à la crise sécuritaire qui frappe le pays, elle a promis une guerre sans merci contre la délinquance et le crime organisé, adoptant une rhétorique de « main de fer » très attendue par son électorat.
- La stabilité et la relance économique : Après une décennie d’instabilité institutionnelle chronique qui a vu défiler dix présidents en dix ans, la présidente veut restaurer la confiance des investisseurs et stabiliser les marchés.
- Le défi climatique : Le gouvernement devra immédiatement faire face aux conséquences économiques et sociales du phénomène climatique El Niño, qui menace régulièrement les infrastructures du pays.
Entourée de son nouveau cabinet ministériel, Keiko Fujimori entame un mandat sous haute surveillance. Sa capacité à gouverner de manière inclusive et à respecter les institutions démocratiques déterminera si ce nouveau chapitre fujimoriste sera celui de la stabilisation ou d’une nouvelle crise politique pour le Pérou.

