BEYROUTH — Dans un entretien exclusif accordé à l’AFP le 15 septembre 2026, le président libanais Joseph Aoun a tracé les contours d’une feuille de route historique pour le Proche-Orient. Il se dit prêt à conclure un accord de sécurité avec Israël, ouvrant pour la première fois explicitement la voie à une normalisation future entre les deux voisins en guerre.
Le retrait israélien comme condition préalable
Pour le chef de l’État libanais, la diplomatie reste la seule issue viable pour sortir de l’impasse militaire actuelle. Joseph Aoun conditionne toutefois la signature de cet accord de sécurité au retrait complet des forces israéliennes du Sud-Liban. Selon ses déclarations, un compromis sécuritaire rigoureux aux frontières « pourrait constituer le prélude à un accord de paix ultérieur ». Face au spectre d’un conflit régional total, le président a martelé que l’alternative à la négociation serait « la guerre, qui serait très coûteuse pour nous ».
Le défi du désarmement du Hezbollah « sans confrontation »
L’un des volets les plus sensibles de son allocution concerne l’avenir du Hezbollah. Alors que l’organisation chiite pro-iranienne subit une pression militaire et politique sans précédent, le président Aoun a réaffirmé sa détermination à désarmer le mouvement. Soucieux d’éviter un embrasement intérieur, il a insisté sur le fait que ce processus de désarmement devait impérativement s’opérer « sans confrontation », afin de ne pas plonger le Liban dans les affres d’une nouvelle guerre civile.
L’après-Finul : vers une nouvelle force internationale
Anticipant l’expiration du mandat de la Finul (la Force intérimaire des Nations unies au Liban) prévue pour décembre prochain, Joseph Aoun a proposé une refonte de la présence internationale au Sud-Liban. Il préconise le déploiement d’une nouvelle force de stabilisation, qu’elle soit européenne ou multinationale. Cette entité aurait pour mission de combler le vide sécuritaire et de soutenir directement le déploiement de l’armée régulière libanaise le long de la frontière.
Un projet ambitieux face à l’intransigeance de Tel-Aviv
Si cette main tendue marque un tournant doctrinal majeur à Beyrouth, sa concrétisation se heurte immédiatement aux réalités du terrain. Du côté israélien, le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son ministre de la Défense, Israel Katz, maintiennent une ligne dure. Tel-Aviv réaffirme régulièrement que l’armée israélienne ne quittera pas ses positions au Sud-Liban tant que ses exigences de sécurité maximales ne seront pas garanties à 100 %.
Dans un Liban politiquement morcelé et économiquement exsangue, la stratégie du président Aoun s’annonce comme un numéro d’équilibriste de haute voltige, suspendu à la fois aux négociations internationales et à la capacité de l’État libanais à s’imposer face aux factions armées sur son propre sol.

