Élargissement de l’UE : Face au frein hongrois, Bruxelles ralentit le calendrier d’adhésion de l’Ukraine

L’ambition de Kyiv de brûler les étapes vers l’intégration européenne se heurte une nouvelle fois à la réalité diplomatique de l’Union. Face aux réticences persistantes de la Hongrie, désormais dirigée par Péter Magyar, l’Union européenne a été contrainte de revoir ses plans à la baisse. Seuls deux groupes de négociation (« clusters ») thématiques seront ouverts en juillet, loin des cinq initialement espérés par l’Ukraine.

Un espoir de courte durée

Pourtant, le début du mois de juin laissait présager une accélération historique. Après deux années d’un blocage systématique orchestré par Budapest, un compromis de dernière minute avait été trouvé. En échange de garanties strictes sur la protection des droits de la minorité hongroise de Transcarpatie, la Hongrie avait levé son veto.

Cette percée avait permis l’ouverture officielle, le 15 juin dernier à Luxembourg, du tout premier volet des négociations : le cluster « Fondamentaux », qui englobe l’état de droit, la justice et le fonctionnement des institutions démocratiques. Une étape cruciale que Kyiv espérait transformer en un élan irrésistible.

La stratégie du compromis a minima

C’était sans compter sur la rigueur procédurale imposée par Budapest. Refusant catégoriquement la procédure accélérée réclamée par le président Volodymyr Zelensky, la Hongrie a récemment bloqué la signature d’une lettre d’orientation conjointe des 27 États membres. Budapest a exigé – et obtenu – le retrait de toute mention préconisant une intégration de l’Ukraine « dès que possible ».

Pour justifier cette fermeté, le Premier ministre hongrois Péter Magyar brandit l’argument de l’équité régionale. Selon Budapest, accorder un passe-droit à l’Ukraine enverrait un « signal désastreux » aux pays des Balkans occidentaux (Serbie, Albanie, Macédoine du Nord). Ces États candidats attendent et appliquent de lourdes réformes structurelles depuis parfois plus de deux décennies sans voir le bout du tunnel.

Un calendrier estival fortement amputé

La règle de l’unanimité régissant l’élargissement de l’UE ne laissant aucune marge de manœuvre, la Commission européenne a dû capituler et adapter sa feuille de route pour le sommet de juillet.

  • Ce qui est maintenu : L’UE tentera d’ouvrir le cluster 2 (Marché intérieur) et le cluster 6 (Relations extérieures) avant la pause estivale.
  • Ce qui est reporté : Les trois autres groupes de négociation initialement prévus sont gelés et renvoyés à une date ultérieure non définie.

Si Bruxelles continue d’affirmer que l’Ukraine est techniquement prête à négocier sur l’ensemble des dossiers, le rythme politique, lui, reste dicté par Budapest. Pour la diplomatie hongroise, le curseur est clair : l’adhésion de Kyiv ne s’envisage pas avant 10 à 15 ans.

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