Poutine à New Delhi, le sommet de New Delhi : les BRICS au révélateur des fractures mondiales

C’est un ballet diplomatique sous haute tension qui s’ouvre ce week-end dans la capitale indienne. Vladimir Poutine est arrivé à New Delhi ce vendredi 11 septembre 2026 pour participer au 18e sommet des BRICS. Durant deux jours, le centre Bharat Mandapam va devenir l’épicentre d’intenses tractations. Organisé sous la présidence de l’Inde, ce rassemblement élargi ne se contente plus de dessiner les contours d’un ordre économique alternatif : il agit désormais comme un véritable miroir grossissant des conflits et des lignes de fracture qui secouent la planète.

L’épreuve du feu face au chaos du Moyen-Orient

Alors que le bloc des BRICS tente d’afficher une unité de façade face à l’Occident, le conflit embrasant le Moyen-Orient s’impose comme la principale ligne de fracture interne de ce sommet. La présence à New Delhi du président iranien, Massoud Pezeshkian, cristallise toutes les attentions et met en lumière des divisions inédites au sein même de l’alliance.

D’un côté, l’axe Moscou-Pékin-Téhéran profite de la tribune pour réaffirmer sa résilience face aux sanctions occidentales. De l’autre, la cohésion du groupe est mise à rude épreuve par une crise sans précédent : les Émirats arabes unis, nouveaux membres du bloc, ont gelé leurs relations économiques avec Téhéran le mois dernier, après avoir été la cible de frappes de missiles iraniens. Pour les diplomates, ce sommet s’apparente à un test de survie politique pour un bloc structurellement hétérogène.

Poutine à New Delhi : le retour en personne et l’équilibriste indien

Pour Vladimir Poutine, ce déplacement en Inde revêt une importance capitale. Il s’agit de sa première participation physique à un sommet des BRICS hors des frontières russes depuis le déclenchement de l’invasion de l’Ukraine en février 2022. Isolé par les chancelleries occidentales, le chef du Kremlin cherche à prouver que son réseau d’alliances mondiales reste intact.

Face à lui, le Premier ministre indien Narendra Modi joue une partition complexe. S’il maintient des liens stratégiques et énergétiques forts avec Moscou — l’Inde demeurant l’un des principaux acheteurs de pétrole russe —, le dirigeant indien a récemment pressé son homologue de trouver une issue pacifique au conflit ukrainien. New Delhi aspire à s’imposer comme le leader incontesté du « Sud global » tout en préservant soigneusement ses alliances de sécurité avec les États-Unis et l’Europe.

Le dégel glacial de l’axe Inde-Chine

L’autre événement majeur de ce sommet est la présence du président chinois Xi Jinping, qui effectue sa première visite en Inde depuis 2019. Si ce déplacement symbolise un début de dégel diplomatique, six ans après les affrontements militaires meurtriers dans les montagnes de l’Himalaya, la méfiance mutuelle reste palpable.

Les griefs ne sont plus seulement frontaliers, ils sont aussi profondément économiques. L’Inde aborde ce sommet alors qu’elle accuse un déficit commercial historique de 112 milliards de dollars avec la Chine pour l’exercice 2025-2026. À New Delhi, comme dans d’autres capitales du bloc, une crainte grandit : celle de voir Pékin instrumentaliser les structures des BRICS pour transformer l’organisation en un vaste marché de déversoir pour ses exportations, au détriment des industries locales.

Un front uni introuvable ?

En réunissant des acteurs aux intérêts aussi divergents sur l’Ukraine, l’Iran ou le commerce bilatéral, le sommet de New Delhi met en exergue les limites de l’ambition des BRICS. S’ils s’accordent sur la nécessité de réformer la gouvernance mondiale et de contester l’hégémonie du dollar, les membres du bloc avancent en rangs dispersés dès que la réalité des conflits armés s’impose à l’agenda. Plus qu’une alternative unie, les BRICS s’affirment cette semaine comme un forum pragmatique, indispensable mais profondément fragmenté, où se négocie le nouvel équilibre de la planète.

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