Le Sénégal traverse un bouleversement politique majeur. Moins de trois mois après le limogeage d’Ousmane Sonko de son poste de Premier ministre, le président Bassirou Diomaye Faye vient de sceller un pacte hautement stratégique avec son ancien rival et prédécesseur, Macky Sall. En officialisant le soutien de l’État sénégalais à la candidature de ce dernier au poste de Secrétaire général de l’ONU, l’actuel chef de l’État redessine intégralement la carte politique du pays.
Retour sur une réconciliation spectaculaire qui secoue la scène nationale.
Le symbole fort : Une audience au Palais de la République
Le dégel s’est matérialisé de la manière la plus solennelle qui soit. De retour à Dakar après de longs mois d’exil volontaire entre la France et le Maroc, l’ancien président Macky Sall a été reçu en audience officielle par Bassirou Diomaye Faye au Palais présidentiel, le vendredi 17 juillet 2026.
Cet entretien, premier échange direct entre les deux hommes depuis la passation de pouvoir de 2024, a jeté les bases d’un accord de grande envergure. Trois jours plus tard, le 20 juillet, le ministère des Affaires étrangères publiait un communiqué officiel annonçant que le Sénégal mettrait tout son appareil diplomatique au service de la campagne de Macky Sall pour l’ONU, une candidature initialement portée par le Burundi.
L’isolement face à Ousmane Sonko : Le moteur du deal
Pour comprendre ce revirement spectaculaire de la part d’un président élu sous la bannière de la rupture, il faut regarder du côté de la rupture interne au sein du pouvoir. Depuis le limogeage d’Ousmane Sonko en mai 2026, Bassirou Diomaye Faye se retrouve dans une position inconfortable : il préside le pays mais ne dispose pas du contrôle de l’Assemblée nationale, toujours acquise au parti PASTEF resté fidèle à Sonko.
Pour gouverner et faire face à son ancien mentor, Diomaye Faye a un besoin urgent de s’émanciper et de bâtir une nouvelle majorité. Le président prépare d’ailleurs le lancement de sa propre formation politique, prévu pour le 8 août 2026. L’alliance technique avec l’Alliance pour la République (APR) de Macky Sall et le Parti Démocratique Sénégalais (PDS) de Karim Wade apparaît dès lors comme une nécessité arithmétique et électorale pour le chef de l’État.
Entre pragmatisme d’État et colère populaire
Si cette réconciliation répond à une logique de realpolitik, elle passe très mal auprès d’une partie de la population et de la base historique de l’ex-PASTEF. Pour les lieutenants d’Ousmane Sonko, ce soutien diplomatique est une trahison des idéaux de la « rupture » et une insulte à la mémoire des crises politiques de la période 2021-2023.
Les collectifs de victimes de la répression sous l’ère Macky Sall ont immédiatement fait part de leur indignation. Ils estiment que la justice a été sacrifiée sur l’autel des ambitions politiques personnelles et de la survie de l’appareil d’État.
Vers une nouvelle configuration politique
Le paysage politique sénégalais entre désormais dans une ère de reconfiguration totale. D’un côté, un bloc d’opposition radical incarné par Ousmane Sonko, fort de sa légitimité populaire et de son ancrage parlementaire. De l’autre, un bloc présidentiel émergent mené par Diomaye Faye, adossé aux réseaux et à l’expérience des anciens partis de gouvernement.
Le succès de ce pari audacieux pour Bassirou Diomaye Faye dépendra de sa capacité à convaincre les Sénégalais que ce pacte avec l’ancien régime garantira la stabilité économique et institutionnelle du pays, plutôt qu’un simple retour aux pratiques du passé.

