Dans un climat de haute tension régionale, le président chinois Xi Jinping a entamé une visite d’État de deux jours en Égypte, marquant son premier déplacement dans le pays depuis une décennie. Accueilli avec tous les honneurs par son homologue égyptien Abdel Fattah al-Sissi, le dirigeant chinois s’affiche aux côtés d’un allié clé du Proche-Orient, alors que l’ombre d’un conflit régional étendu et la menace de sanctions économiques américaines planent sur les discussions.
L’axe Pékin-Le Caire face à l’instabilité du Moyen-Orient
Au cœur des échanges secrets et des déclarations officielles se trouve la détérioration critique de la sécurité au Moyen-Orient, en particulier le bras de fer direct entre les États-Unis et l’Iran. Cette instabilité menace directement les artères du commerce mondial, au premier rang desquelles le canal de Suez, et fragilise les approvisionnements énergétiques de la Chine, premier importateur mondial de pétrole brut et principal partenaire économique de Téhéran.
Pour Pékin, stabiliser la région sans s’aligner sur la stratégie militaire occidentale est une priorité absolue. Pour Le Caire, qui subit de plein fouet la baisse des revenus du canal de Suez en raison des tensions maritimes, le soutien diplomatique et financier d’une superpuissance comme la Chine s’avère indispensable pour traverser cette tempête économique.
Le spectre des sanctions américaines et le défi des BRICS
Cette visite intervient dans un contexte de pressions accrues de la part de Washington. Récemment, les menaces de sanctions américaines ont directement visé des entités égyptiennes pour leurs liens financiers présumés avec l’Iran. L’exclusion potentielle du système interbancaire américain (SWIFT) d’institutions clés a servi d’avertissement sévère au pouvoir égyptien.
Cependant, l’Égypte, traditionnellement dépendante de l’aide militaire et financière des États-Unis, refuse de céder à l’unilatéralisme américain. Désormais membre officiel du bloc des BRICS aux côtés de la Chine, Le Caire utilise cette tribune pour revendiquer une autonomie stratégique et prôner un monde multipolaire. Cette intégration économique permet aux deux pays de concevoir des mécanismes d’échange alternatifs, visant à contourner la domination hégémonique du dollar américain.
Une accélération économique majeure
Sur le plan bilatéral, le sommet se traduit par une offensive économique d’envergure. La Chine consolide sa position de premier partenaire commercial de l’Égypte, avec un excédent commercial bilatéral qui frôle les 12 milliards de dollars sur les seuls sept premiers mois de l’année.
Les discussions portent sur une extension majeure des investissements chinois dans la zone économique du canal de Suez (SCZONE), un hub logistique crucial pour les Nouvelles Routes de la Soie (Belt and Road Initiative). Plusieurs protocoles d’accord stratégiques sont également signés, touchant des secteurs d’avenir :
- L’intelligence artificielle et les technologies numériques
- L’énergie solaire et le développement des infrastructures d’hydrogène vert
- La modernisation des réseaux de transport ferroviaire et urbain égyptiens
Au-delà des chiffres, la visite hautement symbolique de Xi Jinping au Grand Musée égyptien (GEM) incarne la convergence de deux des plus anciennes civilisations du monde. Face à un Occident perçu comme interventionniste, l’alliance sino-égyptienne se veut le nouveau pilier de stabilité et de souveraineté pour le Sud global.

