Le 18ᵉ sommet des BRICS s’est achevé à New Delhi en Inde, le dimanche 13 septembre 2026, sans annonce spectaculaire ni nouvel élargissement du bloc. Dans un contexte géopolitique lourd, marqué par la guerre ouverte au Moyen-Orient, le groupe des économies émergentes a tenté de préserver les apparences de l’unité. Si les dirigeants ont réussi à s’accorder sur une déclaration finale, les vives fractures internes entre ses membres soulignent les limites politiques de cette alliance hétérogène.
L’appel à la « retenue maximale » pour masquer les divisions
La situation au Proche-Orient a largement dominé les deux jours de discussions à New Delhi. La guerre, exacerbée par les frappes américaines et israéliennes sur l’Iran en février 2026, a placé plusieurs membres des BRICS directement au cœur du conflit.
D’un côté, Pékin et Moscou maintiennent leurs liens économiques avec Téhéran. De l’autre, les Émirats arabes unis ont suspendu en août leurs échanges commerciaux et financiers avec l’Iran après avoir été la cible de ses missiles. En mai dernier, ces dissensions flagrantes avaient d’ailleurs empêché les ministres des Affaires étrangères de s’accorder sur un texte commun.
Pour éviter un échec diplomatique à New Delhi, le Premier ministre indien Narendra Modi est parvenu à arracher un consensus minimal. Dans leur déclaration conjointe, les dirigeants des BRICS ont exprimé leur « vive préoccupation » et appelé toutes les parties à faire preuve d’une « retenue maximale ». Un texte volontairement flou qui dénonce les bombardements israéliens sur Gaza et la colonisation en Cisjordanie, mais passe sous silence le conflit au Yémen et la guerre en Ukraine.
Un front uni contre le protectionnisme occidental
À défaut d’une convergence politique forte, les BRICS ont profité de la tribune pour réaffirmer leurs ambitions économiques face à l’Occident. Alors que le bloc représente désormais près de 46 % du PIB mondial en parité de pouvoir d’achat, les dirigeants ont fait bloc contre la politique douanière américaine.
À quelques jours d’une visite officielle à Washington, le président chinois Xi Jinping a exhorté ses partenaires à « rejeter toutes les formes de protectionnisme », ciblant à demi-mot les taxes imposées par Donald Trump depuis son retour à la Maison Blanche en janvier 2025. Le Sud global a ainsi réaffirmé son attachement à un système commercial multilatéral fondé sur les règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).
Inde-Chine : un dégel sous haute surveillance
Sur le plan bilatéral, ce sommet représentait un test majeur pour les relations sino-indiennes, profondément dégradées depuis les affrontements militaires meurtriers de 2020 dans l’Himalaya. Le tête-à-tête entre Narendra Modi et Xi Jinping a scellé une nouvelle étape vers l’apaisement. Les deux dirigeants se sont engagés à résoudre la question frontalière de façon « honnête et raisonnable ».
Toutefois, la méfiance reste de mise à New Delhi. Des rapports récents signalent de nouvelles incursions chinoises et le développement d’infrastructures militaires dans les zones contestées de l’Arunachal Pradesh. De plus, le déficit commercial de l’Inde vis-à-vis de la Chine a atteint le niveau record de 112 milliards de dollars sur l’année fiscale 2025-2026, accentuant la dépendance économique de New Delhi.
Cap sur le « Grand BRICS » en 2027
Pour le Premier ministre Narendra Modi, la clôture de ce sommet sans incident majeur reste un succès logistique et diplomatique. Il a salué le groupe comme un « écosystème de solutions », tandis que le président russe Vladimir Poutine se réjouissait de voir l’organisation s’imposer comme un pilier de l’ordre mondial multipolaire.
Le flambeau est désormais transmis à la Chine, qui prendra la présidence tournante du bloc en janvier 2027. Pékin, qui milite activement pour l’intégration économique d’un « Grand BRICS », aura la lourde tâche de concrétiser ses ambitions de gouvernance alternative lors du prochain sommet sur son sol, face à des membres toujours aussi divisés par les crises internationales.

