À la tête de la FIFA depuis dix ans, le dirigeant italo-suisse a transformé l’institution en une machine à cash phénoménale. Entre réformes agressives du calendrier et diplomatie politique, portrait d’un homme qui règne sans partage sur le sport le plus populaire de la planète.
Il fut un temps où le grand public ne connaissait de lui que son crâne chauve et son sourire d’animateur lors des tirages au sort de la Ligue des champions. Dix ans après son élection surprise à la tête de la Fédération internationale de football association (FIFA) en février 2016, Gianni Infantino est devenu l’une des figures les plus puissantes et les plus clivantes de la géopolitique mondiale.
Propulsé au pouvoir à la faveur du « FIFA Gate » — le scandale de corruption qui a balayé l’ère Sepp Blatter et écarté son propre mentor, Michel Platini —, le juriste de Brigue (Suisse) a méthodiquement verrouillé l’appareil de direction de l’instance suprême du football.
La stratégie du « toujours plus »
Le secret de la longévité et de l’hyper-puissance de Gianni Infantino tient en une formule : l’expansion économique globale. Sous son règne, la FIFA est passée du statut d’association sportive à celui de multinationale ultra-lucrative. Le cycle commercial récent a généré des revenus record frôlant les 13 milliards de dollars.
Pour nourrir cette machine, le président a imposé une refonte historique des compétitions :
- Le Mondial à 48 équipes : Dès cet été, la Coupe du monde masculine 2026 coorganisée par les États-Unis, le Canada et le Mexique abandonne son format classique à 32 équipes pour accueillir 48 nations. Un séisme sportif qui garantit l’explosion des droits TV et de la billetterie.
- Le nouveau Mondial des Clubs : Infantino a imposé la création d’un tournoi géant à 32 clubs, conçu pour concurrencer directement la prestigieuse Ligue des champions de l’UEFA.
Cette politique du « toujours plus » s’accompagne d’une redistribution massive des gains. En augmentant drastiquement les subventions aux petites fédérations — notamment en Afrique et en Asie —, Infantino s’est bâti un socle électoral indestructible. Résultat : réélu sans opposition en 2019 et en 2023, il avance déjà sans rival vers un nouveau mandat en 2027.
Le président-diplomate
Gianni Infantino ne se contente pas de diriger le football ; il courtise les grands de ce monde. Adoptant les codes des chefs d’État, il a installé une partie de ses bureaux au Qatar et a acté l’attribution controversée de l’édition 2034 à l’Arabie saoudite, seul pays en lice. Plus récemment, sa proximité affichée avec Donald Trump aux États-Unis, à qui il a remis un symbolique « Prix de la paix FIFA », illustre sa volonté d’ancrer le football au cœur de la diplomatie des superpuissances.
Cette hyper-politisation ne va pas sans heurts. Ses détracteurs — syndicats de joueurs et ligues européennes en tête — l’accusent d’asphyxier physiquement les athlètes sous un calendrier surchargé et de mépriser l’éthique sportive au profit du business. Ses sorties médiatiques, comme son célèbre discours de 2022 à Doha où il s’était déclaré tour à tour « qatarien, arabe, africain, gay et travailleur migrant », continuent d’alimenter les critiques sur son cynisme supposé.



