Pour son tout premier déplacement officiel à l’étranger, le Premier ministre français, Sébastien Lecornu, s’est rendu au Maroc pour co-présider la 15ᵉ Réunion de haut niveau (RHN) aux côtés de son homologue marocain, Aziz Akhannouch. Cette rencontre, qui n’avait plus eu lieu depuis sept ans, s’est soldée par la signature de 14 accords de coopération sectoriels et l’annonce d’un traité d’amitié inédit.
La fin de sept ans de glaciation diplomatique
Ce jeudi 16 juillet 2026 marque un tournant majeur. Après une longue période de tensions, la reprise de la Réunion de haut niveau (RHN) – suspendue depuis 2019 – concrétise le rapprochement amorcé entre les deux capitales. En choisissant le Maroc pour sa première visite internationale, le chef du gouvernement français envoie un signal fort : la France veut refaire de Rabat son partenaire pivot en Afrique du Nord.
Ce renouveau politique s’appuie directement sur le virage stratégique pris par Paris en 2024, lorsque la France a officiellement reconnu la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental, levant ainsi le principal verrou bilatéral.
Énergie, transports et défense : 14 accords sur la table
Les délégations ministérielles n’ont pas chômé. Les 14 accords paraphés touchent des secteurs clés de la modernisation économique et de la sécurité des deux nations :
- Infrastructures routières et ferroviaires : L’Agence française de développement (AFD) va financer par un prêt d’envergure le futur Réseau express régional (RER) de Rabat. Parallèlement, un avenant technique modernise la coopération dans l’aviation civile.
- Urgence climatique et gestion de l’eau : Face aux défis hydriques du Royaume, un prêt de l’AFD a été validé pour soutenir la politique marocaine de gestion durable de l’eau.
- Souveraineté et Défense : Les deux pays ont acté la création d’un comité bilatéral dédié à l’« industrie de défense » et signé un accord pour la numérisation et le partage des archives militaires.
- Éducation, Culture et Mer : Les accords prévoient le développement de l’enseignement de la langue arabe et de l’histoire-géographie dans le réseau des lycées français au Maroc, un partenariat renforcé entre l’Institut du monde arabe et le ministère marocain de la Culture, ainsi que des passerelles académiques entre les écoles de la marine marchande (ENSM et ISEM).
Vers un « Traité d’amitié » sans précédent à l’automne
L’annonce la plus spectaculaire de cette visite reste la préparation d’un cadre juridique totalement nouveau. Sébastien Lecornu a confirmé qu’un « comité de sages » planchait activement sur la rédaction d’un traité bilatéral global.
Ce texte sera historique : il s’agira du tout premier traité d’amitié formel signé par la France avec un État non-membre de l’Union européenne. Ce document, qui doit être finalisé d’ici la fin de l’été, servira de clé de voûte lors de la visite d’État du Roi Mohammed VI à Paris, programmée pour l’automne 2026.
Assouplissement des visas et sécurité régionale
Au-delà des signatures, les discussions à huis clos ont permis d’aborder des sujets hautement politiques. Face aux demandes pressantes de Rabat, le gouvernement français a affiché sa volonté d’assouplir l’octroi des visas pour les « forces vives » du partenariat, ciblant en priorité les étudiants, les cadres et les entrepreneurs marocains.
Les deux exécutifs ont également réaffirmé leur convergence de vues sur la lutte contre le narcotrafic en Méditerranée et la stabilisation sécuritaire de la bande sahélo-saharienne. En scella cette alliance renouvelée, Paris et Rabat ouvrent officiellement un nouveau chapitre de leur histoire commune

