À l’occasion d’une rencontre stratégique à Addis-Abeba, le chef de la diplomatie russe a réaffirmé le soutien de Moscou pour l’octroi de sièges permanents aux nations africaines, ciblant ouvertement la domination occidentale.
La bataille pour l’influence au sein des institutions multilatérales franchit une nouvelle étape. En déplacement en Éthiopie, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a officiellement scellé l’appui de Moscou à une intégration renforcée et permanente de l’Afrique au sein du Conseil de sécurité des Nations unies.
Lors d’un entretien crucial avec le président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, le représentant russe a qualifié la faible présence du continent de « véritable injustice historique » qu’il convient de réparer sans délai.
Un alignement sur les exigences africaines
Cette déclaration marque un alignement direct de la Russie sur le « Consensus d’Ezulwini », la position commune adoptée par l’Union africaine qui réclame deux sièges permanents dotés du droit de veto, ainsi que cinq sièges non permanents.
Pour Moscou, la configuration actuelle de l’ONU ne reflète plus les réalités démographiques et politiques du XXIe siècle. En insistant sur la nécessité d’ouvrir le Conseil à l’Afrique, à l’Asie et à l’Amérique latine, la Russie cherche à paralyser ce qu’elle nomme « l’hégémonie occidentale » dans la prise de décision globale.
Vers une alliance institutionnalisée avec les « A3 »
Au-delà de la rhétorique, cette rencontre a débouché sur des mesures concrètes. Un accord a été validé pour institutionnaliser un mécanisme de dialogue permanent entre la diplomatie russe et les « A3 » — les trois pays africains siégeant actuellement comme membres non permanents au Conseil (la République démocratique du Congo, le Liberia et la Somalie).
Sergueï Lavrov a profité de cette tribune pour adopter une posture anti-coloniale offensive, accusant les capitales occidentales de perpétuer des pratiques d’exploitation économique sur le continent : « Les anciennes puissances coloniales doivent cesser de considérer l’Afrique comme leur réservoir personnel de ressources », a-t-il martelé.
Le Sud global en ligne de mire
Ce positionnement stratégique intervient alors que Moscou finalise les préparatifs du troisième Sommet Russie-Afrique. En se faisant le champion de la cause africaine à New York, le Kremlin consolide ses alliances avec le Sud global, s’assurant des soutiens de poids face aux pressions et sanctions occidentales. Restent les réticences des autres membres permanents (États-Unis, France, Royaume-Uni, Chine), qui, bien que favorables sur le principe à une réforme, divergent fortement sur les modalités d’attribution du droit de veto.

