Le nouveau président de la Commission de l’Union africaine (UA), Mahmoud Ali Youssouf, a effectué une visite officielle charnière à Bamako pour s’entretenir avec le président de la Transition, le général d’armée Assimi Goïta. Ce déplacement marque une volonté ferme de l’organisation continentale de réengager un dialogue stratégique avec le Mali, tout en apportant son soutien indéfectible aux autorités de transition face à l’intensification des défis sécuritaires.
Une main tendue malgré la suspension politique
Bien que le Mali demeure suspendu des instances délibératives de l’UA depuis le coup d’État de 2021, l’organisation panafricaine refuse le dogme de l’isolement. Pour Mahmoud Ali Youssouf, la stabilité de la République du Mali est indissociable de la sécurité globale de la sous-région et du continent.
L’UA déploie son accompagnement sur trois axes majeurs :
- Canaux diplomatiques maintenus : Consolidation du rôle d’intermédiaire de la Mission de l’UA pour le Sahel et le Mali (MISAHEL), actuellement dirigée par le diplomate gambien Mamadou Tangara.
- Appui au développement et à la santé : Promesse d’un appui continu via les structures spécialisées telles que Africa CDC et l’agence AUDA-NEPAD pour limiter l’impact de la crise sur les civils.
- Reconnaissance des réalités géopolitiques : Le chef de la Commission de l’UA a ouvertement qualifié la Confédération des États du Sahel (AES) de « réalité du paysage régional », plaidant pour un dialogue de bon voisinage.
Un contexte militaire sous haute tension
Cette offensive diplomatique intervient dans un climat hautement volatile. Les forces armées maliennes (FAMa), appuyées par leurs partenaires de l’Africa Corps, ont fait face à des vagues d’attaques terroristes coordonnées d’envergure, frappant simultanément plusieurs garnisons stratégiques du pays, notamment à Anéfis, Gao et Sévaré.
| Localités ciblées | Situation opérationnelle récente |
| Anéfis | Reprise et contrôle consolidé par les FAMa après de violents affrontements. |
| Gao | Attaques repoussées ; bilans faisant état de terroristes neutralisés et de pertes militaires. |
| Sévaré | Offensives de grande envergure avortées grâce à l’intervention des vecteurs aériens. |
Le président de la Commission de l’UA a fermement condamné ces assauts, rappelant que la nature asymétrique de cette menace exigeait « une réponse collective à l’échelle du continent ».
Le défi de la crédibilité : Passer des mots aux actes
Si le général Assimi Goïta a salué ce témoignage de solidarité africaine, la posture de l’UA suscite des grincements de dents chez les analystes politiques. Pour Alioune Tine, fondateur du think-tank Africa Jom Center, le soutien moral ne suffit plus : l’UA doit mobiliser des forces militaires ou des ressources concrètes pour appuyer Bamako sur le terrain.
Cependant, les experts du Centre des études sécuritaires et stratégiques au Sahel rappellent les limites structurelles chroniques de l’organisation. Fortement dépendante des financements de bailleurs de fonds extra-continentaux et en proie à des divisions internes sur la gestion des régimes de transition, l’UA peine à matérialiser son architecture de paix en dehors du pur canal diplomatique.
Le séjour de Mahmoud Ali Youssouf à Bamako pose ainsi les jalons d’une nouvelle dynamique d’échanges. Reste à savoir si cette main tendue saura fléchir la méfiance mutuelle et initier une véritable convergence sécuritaire entre l’UA et les pays de l’AES.

