Seize mois après une rupture diplomatique quasi totale, l’Algérie et le Mali tentent une réconciliation historique. Samedi 24 août 2026, le Premier ministre malien, le général de division Abdoulaye Maïga, a effectué une visite officielle à Alger. Reçu par son homologue Sifi Ghrieb et le président Abdelmadjid Tebboune, l’émissaire de Bamako a scellé la volonté des deux voisins de clore un chapitre de tensions inédites au Sahel.
L’image était encore impensable il y a quelques mois. Les poignées de main chaleureuses à Alger entre les dirigeants algériens et le Premier ministre de la transition malienne marquent officiellement la fin d’une crise de quinze mois qui menaçait la stabilité de toute la sous-région. Porteur d’un message du chef de l’État malien Assimi Goïta, le général Abdoulaye Maïga a affiché un ton résolument optimiste, affirmant la volonté commune de « tourner définitivement la page des tensions ».
De la crise ouverte au dégel estival
La rupture avait atteint son paroxysme en avril 2025. À la suite du crash d’un drone militaire malien abattu par l’Algérie près de la frontière à Tinzaouaten — Alger invoquant une violation de son espace aérien —, les deux pays avaient rappelé leurs ambassadeurs et fermé mutuellement leurs espaces aériens. Bamako accusait alors ouvertement son voisin du Nord d’ingérence et de soutien aux rebelles touaregs.
Le retour à la raison s’est opéré par étapes tout au long de l’été 2026 :
- Juillet 2026 : Annonce surprise du rétablissement des relations diplomatiques, du retour des ambassadeurs et de la réouverture des lignes aériennes.
- 9 août 2026 : Un entretien téléphonique crucial entre les chefs de gouvernement jette les bases de la reprise du dialogue.
- 24 août 2026 : La visite de travail d’Abdoulaye Maïga à Alger concrétise ce rapprochement et prépare une future visite d’État du président de la transition malienne, Assimi Goïta.
Le pragmatisme face à l’impasse sécuritaire
Pour les observateurs, ce virage diplomatique relève du réalisme géopolitique. Partageant une frontière poreuse de 1 300 kilomètres, Alger et Bamako ne pouvaient maintenir un statut de guerre froide face à la montée des périls sécuritaires. Les deux nations font face à une forte activité des groupes djihadistes et à des flux migratoires incontrôlés.
Si la junte malienne s’est résolument tournée vers ses partenaires de l’Alliance des États du Sahel (AES) et la Russie, elle a mesuré les limites d’un isolement complet vis-à-vis de la puissance militaire et logistique algérienne. De son côté, l’Algérie ne pouvait accepter de perdre toute influence sur son flanc sud.
Les trois défis de la réconciliation
Le dialogue est rétabli, mais le plus dur commence. La pérennité de cet accord sera soumise à trois tests majeurs :
- Le volet sécuritaire : Les deux armées doivent réactiver le partage de renseignements et la surveillance conjointe des frontières. Le défi réside dans l’approche : Bamako privilégie une stratégie purement militaire, tandis qu’Alger continue de prôner un règlement politique global.
- Le volet politique : L’Algérie devra composer avec la susceptibilité de la junte malienne sur la question de la souveraineté nationale. Le principe de non-ingérence sera le baromètre de la confiance retrouvée.
- Le volet économique : La reprise des flux commerciaux transfrontaliers est vitale pour stabiliser les populations locales du Nord-Mali, durement éprouvées par les mois de blocus et de fermeture des frontières.
En choisissant la voie de la désescalade, Alger et Bamako s’offrent une bouffée d’oxygène. Reste à savoir si ce réchauffement résistera aux réalités d’un terrain sahélien plus mouvant et instable que jamais.

