La relation entre la Chine et l’Afrique entre dans une nouvelle phase. Pékin ne se contente plus de financer des infrastructures. Il cherche désormais à renforcer sa présence dans l’industrie, les technologies, les minerais stratégiques et les nouvelles chaînes de valeur.
L’actualité récente en fournit une illustration. Le président chinois Xi Jinping s’est rendu en Égypte le 2 septembre 2026 pour renforcer les relations entre Pékin et Le Caire. Les deux pays ont notamment annoncé un approfondissement de leur coopération économique et technologique. La Chine poursuit parallèlement ses investissements dans la zone économique du canal de Suez où elle développe des activités industrielles et manufacturières.
Cette offensive dépasse largement le cadre bilatéral. L’Égypte constitue pour Pékin une porte d’entrée stratégique vers l’Afrique, mais aussi vers l’Europe et le Moyen-Orient. Le canal de Suez renforce encore cette position. Pour la Chine, investir dans les infrastructures et les zones industrielles égyptiennes revient donc à consolider une présence économique sur plusieurs marchés à la fois.
Cette évolution intervient alors que la concurrence internationale pour les ressources africaines s’intensifie. Le cuivre, le cobalt, le lithium et le nickel sont devenus indispensables aux industries technologiques et à la transition énergétique. Plusieurs pays africains disposent d’importantes réserves de ces minerais.
La République démocratique du Congo se trouve au cœur de cette compétition. Kinshasa cherche actuellement à renforcer le contrôle de ses données géologiques afin de mieux connaître son potentiel minier et de mieux maîtriser les conditions d’accès à ses ressources. Cette démarche traduit une volonté nouvelle de renforcer le pouvoir de négociation de l’État face aux investisseurs internationaux.
Le changement est important. Pendant longtemps, le débat portait principalement sur le volume des investissements étrangers. Aujourd’hui, la question est davantage celle de la valeur créée localement.
L’Afrique doit donc négocier autrement. Un investissement dans une mine ne devrait plus être considéré comme une réussite en soi. Il doit également contribuer à la transformation locale des minerais, au développement des infrastructures, à la formation des travailleurs et à la création d’entreprises africaines.
La Chine possède des atouts considérables dans cette nouvelle configuration. Elle dispose d’une puissance industrielle, d’entreprises capables de construire rapidement des infrastructures et d’une capacité importante de financement. Pour les pays africains, cette puissance peut représenter une opportunité.
Mais l’enjeu consiste à éviter une nouvelle dépendance. Le continent ne peut pas passer d’une dépendance aux exportations de matières premières à une dépendance technologique. L’Afrique doit profiter de la concurrence entre la Chine, les États-Unis, l’Europe, la Corée du Sud, l’Inde et les pays du Golfe pour améliorer ses conditions de négociation.
La nouvelle relation sino-africaine sera donc jugée moins sur le nombre de projets annoncés que sur leur capacité à transformer les économies africaines. Pékin veut renforcer sa présence en Afrique. L’enjeu pour le continent est désormais de transformer cette présence en véritable levier d’industrialisation et de souveraineté économique.

