Après dix-huit mois d’une rupture diplomatique totale, Bruxelles et Kigali ont officialisé le rétablissement de leurs relations bilatérales ce mardi 22 septembre 2026 à New York. Si cette reprise des canaux officiels permet à la Belgique de préserver son rôle d’acteur clé en Afrique centrale, le fond de la crise régionale — lié à la situation sécuritaire dans l’est de la RDC — reste entier.
L’annonce est tombée en marge de la 81e session de l’Assemblée générale des Nations unies. À la suite d’une rencontre bilatérale de haut niveau, le ministre belge des Affaires étrangères, Maxime Prévot, et son homologue rwandais, Olivier Nduhungirehe, ont scellé les retrouvailles entre les deux nations. L’accord prévoit le rétablissement complet des liens diplomatiques ainsi que la réouverture prochaine et réciproque de leurs ambassades respectives à Bruxelles et à Kigali.
Ce dégel met fin à une crise ouverte le 17 mars 2025. À cette date, le gouvernement rwandais avait brutalement rompu ses relations avec son ancienne puissance coloniale. Kigali reprochait alors à Bruxelles une diplomatie jugée « agressive » et un parti pris flagrant en faveur de la République démocratique du Congo (RDC). La Belgique avait notamment pesé de tout son poids auprès de l’Union européenne pour obtenir des sanctions ciblées contre de hauts gradés de l’armée rwandaise, accusés de soutenir activement la rébellion du M23 dans le Nord-Kivu.
La diplomatie de l’ombre de Doha
Pour sortir de cette impasse de 18 mois, il aura fallu l’entremise d’un tiers. Ce rapprochement est en grande partie le fruit d’une médiation discrète menée sous l’égide du Qatar. Des négociations préalables, tenues à Doha, ont permis d’arrondir les angles et de baliser le terrain avant la poignée de mains officielle à New York cette semaine.
Pour la diplomatie belge, ce retour à Kigali est hautement stratégique. En s’éloignant du Rwanda, la Belgique risquait de perdre définitivement son influence historique de « facilitateur » dans la région des Grands Lacs. Ce canal direct rétabli lui permet de revenir dans le jeu régional, tout en maintenant ses partenariats et ses projets de coopération en Afrique centrale.
Un dialogue restauré, mais des tensions intactes
Si la forme change, le fond du problème demeure. Le chef de la diplomatie belge, Maxime Prévot, s’est empressé de clarifier la position de son pays pour dissiper tout malentendu : renouer le dialogue ne signifie pas s’aligner sur les thèses de Kigali. Bruxelles maintient fermement sa condamnation du soutien rwandais au M23 et continue d’exiger le respect strict de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de la RDC, ainsi que le retrait des troupes rwandaises du sol congolais.
À Kinshasa, ce rabibochage est d’ailleurs accueilli avec une grande prudence, voire une certaine amertume au sein de la société civile et d’une partie de la classe politique, qui craint de voir la Belgique fléchir sa position face au régime de Paul Kagame.
Les deux ministres ont affirmé vouloir ouvrir « une nouvelle ère de dialogue constructif ». Reste à savoir si ce retour des ambassadeurs suffira à apaiser les tensions profondes qui continuent de miner la stabilité de toute la région de l’Afrique centrale.

