Dans ce qui est déjà qualifié de virage économique le plus audacieux d’une génération, le gouvernement de Mark Carney a présenté ce jeudi 5 novembre 2026 son budget fédéral. Intitulé « Maîtres chez nous », ce plan financier de rupture vise un objectif clair : arracher le Canada à la dépendance économique de son voisin du Sud, dirigé par Donald Trump.
L’onde de choc des élections de mi-mandat (midterms) de mardi aux États-Unis, qui ont vu le camp républicain perdre le contrôle du Congrès au profit des démocrates, planait sur la colline parlementaire d’Ottawa. C’est dans ce contexte de recomposition politique à Washington que le ministre des Finances, François-Philippe Champagne, a déposé un document budgétaire qui fera date.
Un choc de productivité de 36 milliards $
Pour contrer le protectionnisme agressif et les menaces de tarifs douaniers de l’administration Trump, Ottawa refuse de courber l’échine. Le gouvernement Carney fait plutôt le pari d’une transformation structurelle de l’économie canadienne en s’attaquant à son vieux démon : le déficit de productivité.
La mesure phare de ce budget est la création d’une « mégadéduction pour la productivité », un incitatif fiscal massif de 36 milliards de dollars sur cinq ans. Dès aujourd’hui, les entreprises canadiennes – de la petite PME locale aux grands conglomérats – pourront déduire immédiatement 100 % de la valeur de leurs investissements en capital (machinerie, technologies de pointe, automatisation).
L’objectif avoué est de moderniser l’appareil industriel canadien pour le rendre ultra-compétitif, tout en envoyant un signal clair à Washington : le Canada ne négociera plus ses accords commerciaux en position de faiblesse.
L’ambition des 1 000 milliards $ de capitaux privés
Délaissant les programmes de dépenses courantes traditionnels, le budget Champagne effectue un pivot stratégique vers le développement national et les infrastructures. Le gouvernement fédéral veut agir comme un catalyseur pour attirer 1 000 milliards de dollars d’investissements privés d’ici cinq ans.
La transition et la souveraineté énergétiques sont au cœur de cette stratégie. Symbole fort de cette ambition : la page couverture du document budgétaire est ornée de pylônes électriques, un clin d’œil direct au développement hydroélectrique et aux grands projets interprovinciaux (comme l’accord de Churchill Falls). Le message est limpide : l’avenir du Canada sera vert, autonome et propulsé par l’énergie propre.
Le poids des mots : De la Révolution tranquille à la souveraineté pancanadienne
Le choix du titre, « Maîtres chez nous », a fait sourciller de nombreux observateurs politiques. Ce slogan historique est intimement lié à Jean Lesage et à la Révolution tranquille au Québec dans les années 1960, époque où l’État québécois reprenait le contrôle de son économie, notamment par la nationalisation de l’électricité.
En nationalisant ce concept à l’échelle pancanadienne, le Premier ministre Mark Carney tente un coup de poker politique et identitaire. Il s’agit de mobiliser la fierté nationale face à l’ingérence économique américaine et de tracer une ligne claire entre le modèle de société canadien et le nationalisme de repli de la Maison-Blanche.
Reste à voir comment ce budget de combat sera accueilli par les provinces, Québec en tête, et quelle sera la réplique d’un Donald Trump affaibli, mais toujours imprévisible, à Washington. Une chose est certaine : le Canada vient d’enclencher sa propre révolution économique.

