La candidature commune des pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) à l’organisation de la Coupe d’Afrique des Nations 2032 place le sport au cœur d’une nouvelle stratégie de développement. Au-delà de la compétition footballistique, ce projet représente une opportunité pour le Mali, le Burkina Faso et le Niger de renforcer les infrastructures, de stimuler le tourisme et d’attirer des investissements privés. Dans une région aux prises avec des défis sécuritaires et économiques, l’organisation d’un événement continental majeur pourrait devenir un outil de diplomatie économique et contribuer à soigner l’image internationale du Sahel.
Un événement sportif comme levier de transformation économique
Dans ce monde moderne, l’organisation d’une grande compétition sportive ne se limite plus à la construction de stades. Elle est devenue un véritable projet porteur de transformation, qui mobilise plusieurs secteurs : transport, hôtellerie, télécommunications, sécurité, énergie et services urbains.
Pour les pays de l’AES, la candidature à la CAN 2032 représente une occasion de mettre en place des infrastructures dont les bénéfices pourraient dépasser la durée de l’événement.
La construction et la modernisation des routes, des aéroports, des réseaux numériques et des infrastructures touristiques pourraient améliorer durablement la mobilité régionale et renforcer les échanges économiques.
L’expérience d’autres pays africains montre que les grands événements sportifs peuvent accélérer certains investissements structurants lorsqu’ils sont intégrés dans une véritable stratégie nationale de développement. A titre d’exemple, pour la CAN 2025, le Maroc a mobilisé environ 2,3 milliards d’euros pour les investissements publics. Ils ont conduit à la mise à jour des installations sportives à travers 9 stades, à l’amélioration des transports et à l’impulsion durable du domaine du bâtiment et des travaux publics ainsi que du tourisme.
Des opportunités pour les entreprises et les investisseurs
La préparation d’une compétition comme la CAN exige d’importants investissements. Les besoins concernent la construction et la rénovation des infrastructures sportives, mais également les équipements publics et les services associés.
Les entreprises du BTP, de l’ingénierie, des technologies numériques et de l’énergie pourraient trouver de nouvelles opportunités dans ces projets.
Le secteur hôtelier représente également un potentiel important. L’accueil des équipes, des supporters, des médias et des partenaires économiques nécessite une capacité d’hébergement adaptée. Le développement touristique pourrait ainsi bénéficier d’un nouvel élan.
Les télécommunications constituent un autre secteur stratégique. Les grands événements sportifs accélèrent généralement le déploiement des réseaux numériques, des services mobiles et des solutions de paiement électronique.
Pour les investisseurs, la CAN 2032 pourrait donc devenir un point d’entrée vers un marché régional en développement.
Un outil de diplomatie économique pour le Sahel
Au-delà des infrastructures, la candidature de l’AES porte un enjeu d’image internationale.
Le Sahel est souvent associé aux questions sécuritaires et aux crises politiques. Un événement continental majeur permettrait de présenter une autre réalité : celle d’une sous-région disposant d’un potentiel humain, culturel et économique important.
Le sport devient alors un instrument de diplomatie. Il permet de créer des ponts entre les peuples, de renforcer les échanges régionaux et d’attirer l’attention des investisseurs sur des opportunités souvent méconnues.
Pour les États de l’AES, l’enjeu est de transformer cet événement en une vitrine économique capable de présenter leurs ressources, leurs secteurs prioritaires et leurs ambitions de développement. Ce, malgré leur retrait effectif de la CEDEAO en janvier 2025.
Les conditions de réussite du projet
Cependant, l’organisation d’un événement de cette dimension représente également des défis importants.
Le premier concerne le financement. Les infrastructures nécessaires exigent des investissements considérables. Les États devront donc privilégier des modèles associant financements publics, partenariats privés et soutien des institutions financières régionales et internationales.
Le deuxième défi concerne la durabilité. Les infrastructures construites doivent répondre à des besoins économiques réels et continuer à être utilisées après la compétition. Les stades, routes ou hôtels ne doivent pas devenir des équipements coûteux sans impact durable sur l’économie locale.
Enfin, la question sécuritaire demeure essentielle. La réussite d’un tel événement dépendra de la capacité des pays organisateurs à garantir un environnement stable et attractif pour les visiteurs et les investisseurs.
Faire du sport un accélérateur économique
La candidature de l’AES à la CAN 2032 (38e édition), présentée lors de la réunion tenue à New York en marge de la finale de la Coupe du monde 2026, le 18 juillet dernier, au patron de la CAF, Patrice Motsepe par les présidents de la Fédération burkinabè (FBF), du Mali (Femafoot) et du Niger (Fénifoot), cette candidature illustre une évolution importante de la diplomatie africaine : les grands événements deviennent des instruments de transformation économique.
Le sport peut contribuer à attirer des capitaux, développer les infrastructures et renforcer l’intégration régionale, à condition d’être inscrit dans une vision économique globale.
La CAN 2032 pourrait ainsi représenter plus qu’une compétition sportive. Elle peut devenir un projet de développement capable de créer des emplois, d’améliorer les infrastructures et de renforcer l’attractivité du Sahel.
Le véritable défi sera de transformer l’événement en héritage durable. Car au-delà des matchs disputés, la réussite se mesurera à la capacité de ces investissements à améliorer durablement les conditions économiques et sociales des populations.
En attendant l’issue du processus d’attribution de cette CAN, le rendez-vous le plus proche de nous, est fixé du 19 juin au 17 juillet 2027 au Kenya, en Ouganda et en Tanzanie. La CAF y organisera la 36e édition de la plus grande compétition sportive du continent.

