Le président français Emmanuel Macron a annoncé un accord de principe majeur avec l’Allemagne concernant l’évolution des normes d’émissions de l’industrie automobile européenne. Ce texte, négocié en coulisses, propose une révision en profondeur de l’interdiction de vente de voitures thermiques neuves à l’horizon 2035. En échange d’une plus grande flexibilité accordée aux motorisations traditionnelles, la France a obtenu de Berlin le verrouillage d’une « préférence européenne » industrielle stricte.
Ce compromis s’annonce déjà comme le texte central des futurs débats législatifs de l’Union européenne.
Vers une flexibilité de 10 % sur l’objectif 2035
Initialement, la feuille de route de la Commission européenne imposait une réduction de 100 % des émissions de CO₂ des véhicules neufs d’ici 2035, sonnant le glas des moteurs essence, diesel et hybrides.
Le nouvel accord franco-allemand propose de ramener cet objectif à 90 % d’ici 2035. Ce recul réglementaire offre une bouée de sauvetage aux constructeurs :
- Maintien des motorisations thermiques : Les marques pourront continuer à commercialiser une part minoritaire de véhicules thermiques ou hybrides.
- Le levier des e-fuels : Cette concession répond à une demande historique de Berlin, qui souhaite préserver ses fleurons industriels (Volkswagen, BMW, Mercedes) en misant sur les carburants de synthèse et les technologies thermiques de transition.
Le « Made in Europe » comme bouclier anti-Chine
Pour compenser cet assouplissement écologique, la France a imposé un durcissement des règles d’approvisionnement afin de protéger les usines du continent face à la concurrence asiatique, particulièrement chinoise.
Le texte prévoit de conditionner l’accès aux bonus écologiques et aux aides d’État au respect de quotas de production locaux :
- 70 % des composants d’un véhicule (hors batterie) devront être fabriqués au sein de l’Union européenne.
- 10 % des composants des cellules de batteries devront obligatoirement être d’origine européenne.
L’objectif affiché par Paris est clair : empêcher que l’Europe ne devienne un simple sous-traitant assemblant des technologies entièrement produites et importées de Chine.
Un accueil mitigé entre soulagement industriel et colère verte
Du côté de l’industrie, les syndicats et les constructeurs saluent globalement un « retour au pragmatisme » face à un marché de l’électrique qui peine à séduire massivement les consommateurs en raison de prix élevés et d’infrastructures de recharge encore insuffisantes.
À l’inverse, les ONG environnementales dénoncent un « signal désastreux ». Selon elles, ce rétropédalage risque de freiner la transition écologique et de pénaliser les constructeurs européens à long terme en retardant leurs investissements dans l’électrique, alors que la concurrence mondiale s’accélère.
Prochaine étape : L’épreuve de force à Bruxelles
Cet accord bilatéral entre les deux premières puissances économiques de la zone euro n’a pas encore force de loi. Il doit désormais servir de base aux négociations avec les 25 autres États membres. Le projet amendé devrait être soumis au vote des eurodéputés lors de la session plénière du Parlement européen, prévue le 23 novembre prochain.

