BAGDAD – Alors que le Moyen-Orient s’enfonce dans une nouvelle spirale de violence, l’Iran tente de jouer la carte de la diplomatie. Devant l’Organisation de la coopération islamique (OCI) réunie à Bagdad, le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, a officiellement déclaré que Téhéran soutenait un « processus politique inclusif et global » pour mettre un terme définitif au conflit sanglant qui oppose l’Arabie saoudite aux rebelles Houthis du Yémen.
Cette main tendue, qui se veut un signal d’apaisement, intervient pourtant au moment où la région connaît sa pire escalade militaire depuis des années.
La diplomatie iranienne face au scepticisme saoudien
Dans son allocution, le ministre iranien des Affaires étrangères a insisté sur le fait que la négociation politique demeurait la « seule voie réaliste et durable » pour stabiliser la péninsule arabique. Affirmant respecter la souveraineté et l’intégrité territoriale du Yémen et de l’Arabie saoudite, Téhéran s’est dit prêt à proposer sa médiation pour garantir la sécurité collective.
Cependant, à Riyad, cette offre est accueillie avec la plus grande méfiance. Le royaume saoudien continue d’accuser frontalement la République islamique de double discours : d’un côté, afficher des intentions pacifiques dans les sommets internationaux ; de l’autre, continuer d’armer, de financer et d’entraîner les milices yéménites. Des accusations que le gouvernement iranien rejette en bloc, affirmant que les Houthis agissent en totale autonomie.
Un quotidien de missiles et de raids aériens
Sur le terrain, la réalité est loin d’être pacifique. Après une trêve fragile de plusieurs années, la guerre a repris de plus belle depuis juillet dernier. Les Houthis multiplient les attaques quasi quotidiennes de drones et de missiles balistiques visant le cœur du territoire saoudien.
Le point de rupture a été atteint le 10 octobre dernier, lorsqu’une frappe de drone particulièrement meurtrière a touché l’aéroport de Riyad, faisant 13 morts. En réponse, la coalition militaire dirigée par l’Arabie saoudite a massivement intensifié ses raids aériens sur les positions rebelles au Yémen, détruisant des infrastructures de lancement mais aggravant une situation humanitaire déjà désastreuse.
Vers un embrasement régional ?
Cette résurgence du conflit yéménite menace désormais de déborder ses frontières initiales. Face à l’intensité des attaques subies par Riyad, des puissances régionales commencent à sortir de leur réserve. L’Égypte a ainsi officiellement fait savoir qu’elle se tenait prête à intervenir militairement pour défendre la sécurité de son allié saoudien si la menace persistait.
Entre les déclarations de bonnes intentions à Bagdad et la pluie de missiles sur Riyad et Sanaa, le fossé n’a jamais semblé aussi grand. Reste à savoir si l’appel au « processus politique » de l’Iran est une réelle opportunité de dialogue ou une simple posture diplomatique alors que la région frôle l’embrasement généralisé.
