Portées par un boom spectaculaire des exportations technologiques en septembre, les douanes chinoises affichent des résultats insolents. Pékin s’apprête à franchir le cap symbolique des 1 000 milliards de dollars d’excédent bien avant la fin de l’année, exacerbant au passage les tensions avec ses partenaires occidentaux.
PÉKIN – Rien ne semble freiner la machine exportatrice chinoise. Selon les dernières données officielles publiées par l’Administration générale des douanes, la Chine a enregistré un excédent commercial record de 938,1 milliards de dollars sur les neuf premiers mois de l’année 2026.
Le seul mois de septembre a consolidé cette trajectoire avec un solde positif mensuel de 133,5 milliards de dollars, du jamais vu depuis le début de l’année 2025. À ce rythme, la deuxième puissance économique mondiale est en position idéale pour pulvériser son précédent record historique de 1 200 milliards de dollars établi l’an passé.
L’effet de levier de l’Intelligence Artificielle
Cette accélération surprise repose sur une hausse des exportations de 36,3 % sur un an en septembre, pulvérisant les prévisions des analystes qui tablaient sur 25,7 %. Ce bond est principalement tiré par la transition technologique mondiale.
Si les volumes de marchandises stagnent dans certains secteurs traditionnels, la valeur des biens exportés s’envole. C’est le cas des circuits intégrés et des infrastructures dédiées à l’intelligence artificielle : bien que la hausse des volumes ne soit que de 1 %, leur valeur financière en dollars s’est appréciée de 136 %, portée par la forte demande mondiale de puces haut de gamme.
Parallèlement, les échanges avec les États-Unis ont connu un net rebond (+39,6 % sur un an en septembre), profitant d’un effet de rattrapage après les creux douaniers observés fin 2025. Les importations chinoises progressent elles aussi de 31 %, signalant une certaine résilience logistique.
L’export pour compenser une crise intérieure
Ce triomphalisme industriel cache pourtant une fragilité domestique. La demande intérieure chinoise reste atone, marquée par une crise persistante de l’immobilier et une consommation des ménages en berne.
Pour maintenir son objectif de croissance nationale fixé entre 4,5 % et 5 % pour 2026, Pékin n’a d’autre choix que d’inonder les marchés extérieurs. Les usines tournent à plein régime pour écouler les surcapacités de production que le marché local ne peut absorber.
Face à l’Occident, un dialogue de sourds
Cette omniprésence commerciale aggrave les déséquilibres macroéconomiques et crispe de plus en plus Bruxelles et Washington. L’Union européenne juge la situation actuelle « insoutenable », son déficit commercial avec la Chine dépassant désormais un milliard d’euros par jour.
Pour tenter de freiner l’afflux, l’UE a imposé des quotas stricts, plafonnant à 350 000 par an l’entrée des véhicules hybrides et rechargeables chinois sur son sol. De leur côté, les États-Unis continuent de dénoncer un dumping social et industriel soutenu par des subventions étatiques massives et un yuan volontairement maintenu faible par la Banque centrale chinoise (PBOC).
Face à ces accusations, Pékin reste inflexible. Les autorités chinoises attribuent ces performances exceptionnelles à l’avance technologique de leurs filières, à l’innovation et à l’efficacité de leurs chaînes logistiques, rejetant le terme de « surcapacité ». Une bataille de rhétorique qui pourrait déboucher, dans les prochains mois, sur une nouvelle escalade des barrières douanières mondiales.

