L’ancien président de la Cour suprême, brutalement limogé par le régime nationaliste en 2012, a été élu chef de l’État par le Parlement de Budapest. Cette nomination hautement symbolique marque une étape majeure dans le démantèlement du système « illibéral » par la nouvelle majorité pro-européenne.
Budapest — C’est un retournement de l’histoire qui prend les traits d’une revanche institutionnelle. Quatorze ans après avoir été chassé de ses fonctions pour s’être opposé aux dérives autoritaires de Viktor Orbán, le haut magistrat András Baka, 73 ans, a été élu président de la République de Hongrie par le Parlement. Premier chef de l’État de l’ère post-Orbán, il incarne désormais le visage de la transition démocratique amorcée dans le pays.
Le scrutin, qui s’est déroulé à bulletins secrets, s’est soldé par une victoire écrasante : András Baka, unique candidat en lice, a recueilli 140 voix pour, 6 contre et aucune abstention. Il succède ainsi à Tamás Sulyok, destitué par la nouvelle majorité via un amendement constitutionnel.
Le boycott du Fidesz
L’élection s’est toutefois tenue dans une ambiance de forte polarisation politique. Les députés du Fidesz, le parti de l’ancien Premier ministre Viktor Orbán, ont purement et simplement boycotté la séance de vote. L’opposition nationaliste qualifie ce scrutin d’« illégitime », dénonçant le limogeage de l’ancien président Sulyok qu’elle considère comme un « coup d’État constitutionnel ».
Cette résistance n’a pas freiné la coalition au pouvoir, menée par le parti de centre droit Tisza et le nouveau Premier ministre pro-européen Péter Magyar. Pour la nouvelle majorité, porter András Baka à la présidence est un signal fort envoyé à la population hongroise ainsi qu’à l’Union européenne [1] : celui d’un retour immédiat aux valeurs de l’État de droit.
La revanche du « juge qui a dit non »
Pour András Baka, cette élection est le point d’orgue d’un long combat judiciaire et politique. Ancien juge respecté à la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) de 1991 à 2008, il avait pris la tête de la Cour suprême hongroise en 2009.
Dès 2011, il s’était publiquement et fermement opposé aux réformes constitutionnelles de Viktor Orbán, dénonçant une « purge déguisée » visant à soumettre le pouvoir judiciaire à l’exécutif. En représailles, le régime avait dissous la Cour suprême pour la remplacer par la Curie, abrégeant prématurément son mandat de magistrat en 2012. Bien que la CEDH ait condamné la Hongrie en 2014 pour cette éviction politique, le pouvoir de l’époque n’avait jamais reculé.
Une présidence de transition vers une nouvelle Constitution
Lors de son premier discours officiel, le nouveau président, qui prendra ses fonctions le 19 août, n’a pas mâché ses mots à l’égard des quatorze années de gouvernance du Fidesz. Il a fustigé une période où « un seul parti s’est emparé de l’État », tout en appelant à reconstruire le pays sur l’unité plutôt que sur la vengeance.
Le mandat d’András Baka s’annonce toutefois transitoire. Selon la feuille de route établie par le Premier ministre Péter Magyar, le chef de l’État devrait occuper ses fonctions pendant un an à un an et demi, le temps nécessaire pour mener à bien le chantier historique de réécriture complète de la Constitution hongroise.

