La décision quasi simultanée du Burkina Faso, du Mali, du Niger et du Tchad de quitter la Cour pénale internationale (CPI) suscite une vague d’indignation majeure. Réunis le 11 août 2026 à Paris lors d’une conférence-débat, des opposants politiques et des militants de la société civile ont dénoncé un « permis d’impunité » accordé aux auteurs de crimes de masse et un abandon tragique des populations
L’Afrique de l’Ouest et centrale fait face à une rupture historique avec la justice internationale. En l’espace de quelques semaines, le paysage judiciaire du continent a basculé. Fin juin 2026, les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) — le Mali, le Burkina Faso et le Niger — annonçaient leur retrait coordonné de la CPI. Fin juillet 2026, le Tchad leur emboîtait le pas en notifiant officiellement à l’ONU son désengagement du Statut de Rome.
Si les régimes en place célèbrent un « acte de souveraineté nationale », les défenseurs des droits de l’homme et les forces politiques d’opposition, eux, dénoncent une capitulation morale qui sacrifie les victimes.
Un « chèque en blanc » à l’impunité
Pour les acteurs associatifs du Sahel et du Tchad, la CPI représentait le tribunal de la dernière chance, l’ultime rempart lorsque les systèmes judiciaires nationaux s’avéraient défaillants ou politisés.
La Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), aux côtés d’organisations locales comme la Ligue tchadienne des droits de l’Homme (LTDH), a immédiatement alerté sur les conséquences humanitaires de cette décision. Le Tchad abrite notamment des centaines de milliers de réfugiés ayant fui les atrocités du Darfour soudanais. En se retirant, N’Djamena prive ces rescapés de crimes internationaux de toute perspective de justice réparatrice.
Au Tchad toujours, les opposants redoutent l’enterrement définitif des enquêtes sur la répression sanglante des manifestations d’octobre 2022. Du côté du Mali et du Burkina Faso, confrontés à une crise sécuritaire aiguë et à des allégations de bavures lors d’opérations antiterroristes, la société civile craint que ce rideau judiciaire ne favorise l’arbitraire militaire.
L’argument de la « justice néocoloniale » battu en brèche
Pour justifier leur sortie, les autorités de transition de l’AES et le gouvernement tchadien brandissent le même argumentaire : la CPI ne serait qu’un outil politique « à géométrie variable » aux mains des puissances occidentales, ciblant de manière disproportionnée les dirigeants africains.
Une rhétorique jugée obsolète et fallacieuse par les opposants au retrait. Lors de la table ronde du 11 août à Paris, la journaliste et militante malienne Sadio Kante Morel a rappelé que l’actualité récente de la CPI — qui a émis des mandats d’arrêt et mène des investigations ciblant des responsables en Ukraine et au Proche-Orient (Israël/Gaza) — prouve que la Cour ne se focalise plus uniquement sur le continent africain.
« Invoquer la souveraineté pour s’affranchir de la justice est un écran de fumée. Ce que recherchent ces régimes, c’est l’absence totale de contrôle sur leurs actions », a martelé un représentant de l’opposition tchadienne en exil.
Vers une « Cour sahélienne » fantôme ?
Pour pallier ce vide, les militaires au pouvoir au Sahel évoquent la création prochaine d’une juridiction alternative : la Cour pénale sahélienne des droits de l’homme (CPS-DH).
Une annonce accueillie avec un profond scepticisme par les juristes et les observateurs internationaux. Ces derniers pointent du doigt le manque d’indépendance de magistrats locaux nommés par des pouvoirs d’exception, ainsi que l’absence de moyens financiers et techniques pour mener des enquêtes impartiales sur des crimes de guerre ou des crimes contre l’humanité.
Un an pour inverser la tendance
D’un point de vue strictement juridique, le retrait du Statut de Rome n’est pas immédiat. Il prend effet un an après la notification officielle auprès du Secrétariat général des Nations unies. Les procédures engagées d’ici l’été 2027 restent techniquement valides, et la Cour conserve sa compétence pour les crimes commis avant cette date butoir.
Bien décidés à exploiter ce sursis d’un an, la société civile et les collectifs d’avocats ont annoncé leur intention d’intensifier la pression politique et diplomatique. L’objectif est clair : sensibiliser l’opinion publique locale et internationale pour contraindre ces gouvernements à faire machine arrière avant que le couperet de 2027 ne tombe définitivement, laissant les populations du Sahel et du Tchad sans défense face à la violence d’État.

