Avec des échanges bilatéraux record et une présence humaine de plus en plus visible, Pékin s’est imposé comme le partenaire économique incontournable de Lomé. Entre supermarchés low-cost et chantiers de BTP pharaoniques, radiographie d’une alliance stratégique en pleine mutation.
C’est une lune de miel qui ne cesse de se prolonger. En l’espace de quelques années, la Chine a opéré une percée spectaculaire au Togo, reléguant au second plan les partenaires européens historiques comme la France. Aujourd’hui, l’axe Pékin-Lomé tourne à plein régime : les échanges commerciaux bilatéraux culminent à 5,4 milliards de dollars, propulsant l’empire du Milieu au rang de premier fournisseur officiel du pays. Une lune de miel économique récemment réaffirmée au plus haut sommet de l’État lors de la visite officielle du président togolais Faure Gnassingbé en Chine.
L’invasion pacifique du « Made in China » : des grands ports aux rayons des « China Malls »
Pour mesurer l’empreinte chinoise au Togo, nul besoin de parcourir les ministères ; il suffit de descendre dans la rue. Plus d’un quart des produits importés sur le territoire togolais proviennent désormais de Chine. Des motos de fabrication chinoise qui serpentent dans Lomé aux pagnes et smartphones de dernière génération, le quotidien des Togolais s’est globalement aligné sur l’offre asiatique.
La nouveauté de ces derniers mois réside dans l’apparition et la multiplication des « China Malls ». Ces gigantesques supermarchés implantés au cœur de la capitale cassent les prix et modifient en profondeur les habitudes de consommation. En proposant des biens de consommation courante à des tarifs imbattables, ils attirent une classe moyenne et populaire à la recherche de pouvoir d’achat, tout en devenant de surcroît des pourvoyeurs majeurs d’emplois pour la jeunesse locale.
Des infrastructures lourdes pour connecter le pays
Mais la force de frappe chinoise repose avant tout sur sa capacité à transformer le paysage structurel du pays. Financés en grande partie par des prêts de la China Eximbank, les géants chinois du bâtiment (BTP) ont connecté le Togo à sa sous-région.
La China Road and Bridge Corporation (CRBC) a notamment piloté les travaux stratégiques des routes de contournement de Lomé, essentiels pour fluidifier le trafic routier de marchandises vers les pays enclavés du Sahel (Burkina Faso, Mali, Niger). À cela s’ajoute la modernisation de l’aéroport international de Lomé, qui a permis à la compagnie aérienne panafricaine ASKY de déployer ses ailes à travers le continent.
Le partenariat s’étend également au secteur de l’avenir : le numérique et l’énergie. Le géant des télécoms Huawei a ainsi tissé une toile de plus de 250 kilomètres de fibre optique à travers les administrations togolaises, tandis que la firme TBEA s’attèle à l’extension du réseau électrique national.
Le grand défi : de la terre de transit au hub industriel
Malgré ces succès apparents, cette relation asymétrique suscite des interrogations à Lomé, notamment sur la question de la balance commerciale, largement excédentaire côté chinois. Le Togo ne veut plus être un simple déversoir de produits manufacturés ou une simple zone de transit pour les ressources naturelles.
L’objectif affiché par les autorités togolaises est désormais d’amorcer un virage vers le co-développement industriel. En s’appuyant sur le Port autonome de Lomé — le premier port à conteneurs d’Afrique de l’Ouest —, le gouvernement espère convaincre Pékin d’installer des usines de transformation locale. Des discussions sont d’ores et déjà entamées pour la création d’un vaste parc agro-industriel dans la région de la Kara. Reste à savoir si Pékin acceptera de transférer une partie de sa chaîne de valeur pour faire du Togo un véritable dragon industriel africain.
