Par Ferdinand Mayega
L e continent africain fait face depuis l’avènement de la mondialisation de l’économie, intervenue avec l’accord de Marrakech de 1995, suite aux conclusions de l’Uruguay Round en avril 1994, après 8 ans de négociations acharnées à un nouveau mode de pensée libérale, considéré par les uns comme un piège et les autres comme une opportunité de développement. L’Afrique est le continent le plus arriéré de la planète dont 40% des citoyens vivent pratiquement avec à peine un dollar par jour. À cela, il faut noter que cette partie du monde n’ayant presque pas de tissu industriel viable pour exporter des produits finis de qualité à un coût relativement concurrentiel représente à peine 1% du Pib , moins de 2% des échanges commerciaux et 0,5% de la valeur ajoutée industrielle du monde.
Son poids si négligeable sur la balance de l’économie globalisée du 21ème siècle est comparable à celui d’un petit pays comme la Belgique et dans une moindre mesure, la province du Québec avec une population de 7,5 millions d’habitants. Pourtant, ce continent aux ressources naturelles inestimables, au sol riche pour l’agriculture avec trois fois la superficie du continent européen pour une population de 750 millions d’habitants se trouve au carrefour de son destin. En effet, entrée dans la contrainte sans avoir les armes nécessaires pour se défendre et profiter de l’opportunité de la libéralisation outrancière des barrières commerciales, l’Afrique subit plutôt le revers de la médaille de l’économie mondialisée. Dès lors, la mondialisation de l’économie pour cette Afrique désarticulée s’apparente à la théorie économique structuraliste de la dépendance à travers laquelle, les économistes comme Raul Prebish, Celso Furtado, et bien d’autres ont montré que le centre développé exploite la périphérie sous développée notamment l’Afrique à l’intérieur du système capitaliste mondial plus précisément par l’échange international.
Mais encore, cette globalisation est semblable à une vague déferlante, un train en vitesse sans frein, pour reprendre l’expression de l’économiste Américain Milton Friedman. D’où la difficulté pour les États du continent noir de s’arrimer facilement à cette nouvelle donne de l’économie qui leur a été imposée sans tenir compte de leur point de vue comme c’est généralement le cas en pareille situation. Les conséquences néfastes de ce nouveau mode des échanges sont majeures dans plusieurs secteurs de leur économie. Tenez, dans un secteur comme le textile, les petites unités industrielles sur le continent africain traversent une période extrêmement difficile à cause de la concurrence rude des produits occidentaux notamment la friperie, le textile asiatique et particulièrement chinois sur le sol africain. Raison du ralentissement de l’activité dans ce secteur dans plusieurs sociétés sur le continent.
C’est le cas par exemple de la cotonnière industrielle du Cameroun ou Cicam. Pourtant, ce secteur a représenté à une certaine époque un moyen important de lutte contre le chômage et la pauvreté. Alors que l’Afrique est envahie par le textile de l’extérieur et souvent de qualité douteuse, le secteur par contre progresse et représentait en 2002 par exemple, 6% du total des exportations mondiales. Les flux commerciaux dans ce secteur pour la même année avait atteint l’équivalent de 350 milliards d’Euros et employait plus de 2,5 millions de personnes. La mondialisation de l’économie ne favorise pas l’émergence actuelle de l’Afrique. Compte tenu de son retard industriel, elle constitue plus un piège qu’une opportunité de développement ,c’est une source de crise et de fragilité de la démocratie africaine, d’après Ralf Darhrendorf, l’ancien directeur de la London school of economics .Dès lors,la mondialisation accentue le déséquilibre nord – sud. Le Pr. Hans W.Singer, l’un des meilleurs spécialistes de l’économie du développement à propos du déséquilibre qui s’accélère entre le nord et le sud disait :«Nous ne pouvons pas indéfiniment prêcher la parole du bon ordre démocratique aux pays du sud sans établir un bon ordre démocratique dans l’économie mondiale.»



