Le nouveau chef de l’État colombien, élu en juin dernier sur une ligne de fermeté absolue, affiche sa volonté de rompre radicalement avec la politique de main tendue aux groupes armés menée par son prédécesseur de gauche, es de son investiture officielle prévue le 7 août prochain, le président élu d’ultradroite, Abelardo de la Espriella, a gravé dans le marbre sa feuille de route : la fin définitive des négociations de compromis et le retour à une offensive militaire de grande envergure.
Surnommé « Le Tigre », cet avocat de profession et admirateur revendiqué de l’Américain Donald Trump a bâti son succès électoral sur une promesse simple mais radicale : restaurer l’ordre par la force. Sa première cible politique est déjà toute trouvée : le démantèlement de la doctrine de « paix totale » qui orientait la diplomatie intérieure colombienne depuis 2022.
La fin de la diplomatie avec les armes
Pour marquer cette rupture dès les premières heures de son mandat, Abelardo de la Espriella a annoncé qu’il signerait un décret supprimant purement et simplement le Commissariat pour la paix. Cette entité, pivot de l’administration sortante, était chargée de mener les dialogues de trêve et les processus de reddition avec les différentes guérillas, dissidents des FARC et puissants gangs de narcotrafiquants qui se disputent le contrôle des territoires.
À la table des négociations, le nouveau président entend substituer la politique de l’ultimatum. Pour l’équipe de transition, les groupes armés illégaux n’auront d’autre choix que la capitulation sans condition face à la puissance de feu de l’État, sous peine d’être traqués sans relâche.
Démantèlement des institutions de l’accord de 2016
Le séisme politique va plus loin. Le président élu a exprimé sa volonté de supprimer la Juridiction spéciale pour la paix (JEP). Ce tribunal extraordinaire, né de l’accord historique de 2016 avec la guérilla des FARC, offre des peines alternatives aux anciens combattants en échange de vérités sur les crimes commis durant le conflit de plus d’un demi-siècle. Pour la nouvelle majorité, ce mécanisme est perçu comme une forme d’impunité inacceptable.
Un symbole militaire fort
Signe tangible de ce basculement idéologique, la cérémonie de passation des pouvoirs n’aura pas lieu, comme le veut la tradition, sur la place centrale face au Congrès national. Abelardo de la Espriella prêtera serment au cœur d’une caserne militaire, un choix hautement symbolique destiné à réaffirmer le rôle central de l’armée dans la gouvernance du pays.
Sur le plan international, Bogota prévoit un réalignement stratégique immédiat avec Washington, misant sur le retour de l’administration Trump pour relancer une guerre frontale et coordonnée contre les réseaux de production et d’exportation de cocaïne. Reste à savoir comment réagiront les différents groupes armés sur le terrain face à la fermeture définitive de la voie politique.

