Un vent de contestation historique traverse le Maroc. Entre le vendredi 25 et le dimanche 27 septembre 2026, des dizaines de milliers de manifestants sont descendus dans les rues d’une quarantaine de villes du Royaume pour exprimer leur rejet catégorique de la normalisation diplomatique avec Israël, alors que les deux pays s’apprêtent à ouvrir des ambassades de plein exercice.
Une contestation d’ampleur nationale
À l’appel du Front marocain de soutien à la Palestine et contre la normalisation, la colère populaire s’est propagée à l’ensemble du territoire. De Rabat à Casablanca, en passant par Marrakech et Agadir, les places publiques ont été le théâtre de rassemblements massifs. Brandissant des drapeaux palestiniens et des banderoles hostiles à la politique étrangère du gouvernement, les contestataires ont scandé des slogans qualifiant la normalisation de « trahison » envers la cause palestinienne.
Si la majorité des rassemblements se sont déroulés dans le calme, la situation a été plus électrique à Tanger. Les autorités locales y ont tenté d’interdire les regroupements, menant à des face-à-face tendus et à l’intervention des forces de l’ordre pour disperser la foule.
L’étincelle : le passage au statut d’ambassades
Le point de rupture de cette nouvelle vague de mobilisations trouve sa source dans les coulisses de l’ONU à New York. Le 16 septembre 2026, une annonce officielle a confirmé que le Maroc et Israël s’apprêtaient à franchir une étape majeure : transformer leurs bureaux de liaison actuels en ambassades de plein exercice, concrétisant de manière définitive un rapprochement amorcé fin 2020 sous l’égide des accords d’Abraham.
Pour le tissu associatif et politique anti-normalisation, cette annonce est perçue comme une provocation, particulièrement dans un contexte régional marqué par de vives tensions au Proche-Orient. Les manifestants exigent le gel immédiat des relations et la fermeture des structures diplomatiques israéliennes sur le sol marocain.
Le dilemme de la diplomatie marocaine
Ces manifestations rappellent l’équilibre complexe que doit tenir le pouvoir marocain. D’un côté, la diplomatie officielle maintient ses engagements stratégiques pris en 2020 — qui avaient notamment permis la reconnaissance de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental par les États-Unis. De l’autre, la rue marocaine manifeste un attachement historique et profond à la cause palestinienne.
Alors que le processus diplomatique s’accélère au sommet de l’État, la rue, elle, refuse de tourner la page, érigeant ces manifestations en l’un des mouvements de protestation les plus significatifs qu’ait connus le pays ces dernières années.

