La Diplomatie au service des affaires

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Par Ferdinand Mayega

La diplomatie, dit-on souvent, est l’art de négociation. En effet, le 21ième siècle, est de plus en plus marqué par des conflits qui ensanglantent le village planétaire et pèsent pour beaucoup dans l’instabilité du monde et la paix durable entre les peuples et les nations. Cependant, nous assistons de plus en plus avec la percée du capitalisme triomphant, instauré avec la mondialisation et dicté par le géant américain et un poids lourd comme la Chine…sans oublier de grandes multinationales, véritables États financiers et puissants, plus riches que de nombreux pays pauvres réunis dont la pesée influence la marche des affaires du monde et la diplomatie de l’humanisme, à l’avènement d’une nouvelle forme de diplomatie moins ouverte, mais plus subtile, qu’on pourrait appeler la diplomatie de l’autruche et du profit, la diplomatie capitalistique ou du pouvoir de l’argent voire tout simplement la diplomatie des affaires et des réseaux .

Dès lors, nous assistons avec la montée vertigineuse du pouvoir de l’argent, des lobbies financiers et industriels avec leurs tentacules dans les cercles de décision des États, à une nouvelle conception des relations diplomatiques fondée non plus uniquement et prioritairement sur les relations d’État à État, mais davantage sur les relations des affaires sous le couvert de l’accréditation d’un ambassadeur . Ces relations vont au-delà de la simple présence d’un chef de mission diplomatique, représentant de son pays auprès de l’État pour lequel est il est accrédité. La diplomatie des affaires est désormais le bras séculier à travers lequel, une nation parvient à véhiculer son savoir faire technologique, et culturel et à faire gagner de gros marchés à ses entreprises à l’étranger. Il est plus facile aujourd’hui de voir un chef d’État ou de gouvernement d’un pays riche négocié personnellement l’achat par un pays tiers, des avions de transport fabriqués par un constructeur aéronautique de son pays.

En outre, cette diplomatie souterraine mais plus efficace, semble t-il aujourd’hui, influence généralement les rapports de force, les positions des chefs d’États à la recherche des débouchés commerciaux pour leurs entreprises auprès des pays voyous, qui portent violemment atteintes aux droits de la personne. Face à cette situation bien ambiguë, il n’est pas du tout aisé et facile de prétendre donner des leçons de démocratie et penser gagner un marché juteux pour son entreprise nationale de plusieurs millions voire milliards de dollars quand bien même sa compagnie nationale est leader mondial dans son domaine et offre ses services à des prix dépassant toute concurrence. Pour preuve, rappelez vous les conséquences néfastes pour les contrats d’entreprises françaises en Libye de plusieurs milliards de dollars suite aux protestations de la visite en France du Président Kadhafi, jugé de violation des droits de la personne dans son pays et de refus d’instaurer la démocratie. Le Président Sarkozy a été tout au long de cette visite officielle, bien ambararrassé entre le souci de pouvoir signer des contrats juteux pour les compagnies françaises et parler des droits de la personne à son homologue libyen. La sortie médiatique de Mme Rama Yade, la secrétaire d’État aux droits de l’homme et ses déclarations bien que normales ont permis de mettre en veilleuse voire de suspendre tous les accords commerciaux qui devaient être signés pendant cette visite.

La diplomatie des affaires a ses lois et ses règles qui échappent souvent aux analystes et autres experts des questions de relations internationales. Parce que sa lisibilité en prend un sérieux coup. De nos jours, la diplomatie des affaires est devenue incontournable dans la diplomatie classique pour plus de visibilité, l’accroissement des investissements et des échanges commerciaux entre États partenaires, et donc la croissance économique avec la lutte contre le chômage. Il n’en demeure pas moins vrai que cette nouvelle forme de coopération bilatérale doit être soutenue par l’éthique et prendre en compte le respect des droits de la personne pour un développement durable et humain intégral.

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