L’Afrique change progressivement de position dans l’économie mondiale. Longtemps considérée principalement comme un espace de coopération au développement et d’aide internationale, elle apparaît désormais comme un territoire stratégique pour les investisseurs. Ses ressources naturelles, son marché intérieur et son potentiel énergétique attirent une concurrence croissante entre les grandes puissances économiques.
L’actualité récente du secteur énergétique illustre cette transformation. Au Nigeria, le groupe Dangote vient d’annoncer un programme d’expansion de 14,3 milliards de dollars pour porter la capacité de sa raffinerie à 1,4 million de barils par jour d’ici 2029. Le groupe prépare également une introduction en Bourse qui pourrait mobiliser environ 1,63 milliard de dollars.
Cette opération dépasse le cadre d’une simple entreprise privée. Elle illustre une tendance nouvelle en Afrique. Le continent cherche progressivement à développer ses propres capacités industrielles au lieu de continuer à exporter des matières premières et à importer des produits transformés.
Le projet de Dangote au Kenya confirme cette dynamique. Le groupe prévoit d’y construire une raffinerie d’une capacité annoncée de 700 000 barils par jour. Le projet, estimé entre 15 et 16 milliards de dollars, doit contribuer à réduire la dépendance du pays aux importations de produits pétroliers. Mais il devra encore surmonter d’importants défis liés à l’approvisionnement en pétrole brut, aux infrastructures et au financement.
Cette situation montre que la nouvelle diplomatie économique africaine ne peut plus se limiter à rechercher des financements. Elle doit également créer les conditions permettant aux investissements de produire davantage de valeur sur le continent.
La compétition internationale offre aujourd’hui une marge de manœuvre intéressante aux gouvernements africains. La Chine veut sécuriser ses approvisionnements et renforcer ses marchés. L’Europe cherche à diversifier ses sources de minerais critiques. La Corée du Sud développe ses partenariats dans les infrastructures et les technologies. Les États-Unis cherchent également à sécuriser certaines chaînes d’approvisionnement stratégiques.
Cette concurrence doit être utilisée par les pays africains pour négocier des accords plus équilibrés. L’enjeu est particulièrement important dans le secteur minier. Les minerais africains sont indispensables aux batteries, aux véhicules électriques, aux technologies numériques et aux industries de défense. Pourtant, une grande partie de leur transformation s’effectue encore en dehors du continent.
La diplomatie économique doit donc poursuivre un objectif plus ambitieux. Elle doit attirer les capitaux tout en exigeant des infrastructures, des emplois, des transferts de technologies et le développement des entreprises locales.
La Zone de libre-échange continentale africaine renforce également cette perspective. Elle peut progressivement transformer le continent en un marché intégré capable d’attirer des investissements destinés non seulement à un pays mais à plusieurs marchés africains.
L’Afrique dispose ainsi d’un nouveau pouvoir de négociation. Mais ce pouvoir ne deviendra réel que si les États améliorent leurs politiques publiques, sécurisent leurs investissements et coordonnent davantage leurs stratégies. La nouvelle diplomatie économique africaine ne consiste donc plus seulement à chercher des partenaires. Elle consiste à choisir les investissements capables de transformer durablement les économies africaines.
C’est à cette condition que la compétition mondiale pour l’Afrique pourra devenir une opportunité pour le continent plutôt qu’une nouvelle forme de dépendance.

