Le paysage diplomatique européen vient de connaître un basculement majeur. Israël a officiellement inauguré sa toute première ambassade permanente en Slovénie, concrétisant le rapprochement spectaculaire opéré par le nouveau gouvernement de Janez Janša, après des années de vives tensions bilatérales.
C’est un jalon historique pour la diplomatie de l’État hébreu. Le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Sa’ar, et son homologue slovène, Tone Kajzer, ont coupé le ruban de la nouvelle chancellerie israélienne à Ljubljana. Jusqu’à présent, les relations avec la Slovénie étaient gérées à distance depuis l’ambassade d’Israël à Vienne, en Autriche.
Cette ouverture marque la fin d’une période de glaciation entre les deux nations. Sous la précédente administration de centre-gauche dirigée par Robert Golob, Ljubljana s’était positionnée comme l’une des capitales européennes les plus critiques envers Jérusalem, qualifiant notamment les opérations militaires à Gaza de « génocide » et suspendant plusieurs accords économiques et d’armement.
Le virage à 180 degrés de Janez Janša
Le retour au pouvoir du Premier ministre nationaliste Janez Janša a totalement rebattu les cartes. Dès son investiture, le nouveau chef du gouvernement a annulé les sanctions prises par son prédécesseur et aligné sa politique étrangère sur un soutien affirmé à Israël. Ce revirement s’est récemment illustré à l’échelle continentale : la Slovénie a profité de son poids politique au sein de l’Union européenne pour atténuer une déclaration commune qui condamnait l’extension des colonies israéliennes.
Au-delà de la portée symbolique, cette nouvelle ambassade vise à sceller un partenariat multidimensionnel. En marge de l’inauguration, une série d’accords bilatéraux a été signée dans les domaines de la science, de la culture, de l’éducation et du sport. Un forum d’affaires bilatéral a également réuni des chefs d’entreprise des deux pays afin de redynamiser les échanges commerciaux.
Une fracture politique et sociétale à Ljubljana
Si les deux gouvernements célèbrent une « nouvelle ère », ce virage diplomatique est loin de faire l’unanimité en Slovénie. L’opposition politique et l’opinion publique manifestent de fortes réticences. Selon un récent sondage publié par le quotidien national Delo, 56 % des citoyens slovènes se disent opposés à ce resserrement des liens avec l’État hébreu, et des mouvements de protestation ont encadré l’événement dans la capitale.
La réaction politique est tout aussi virulente. L’ancien président Danilo Türk a publiquement regretté que la Slovénie devienne « un instrument de la politique israélienne », tandis que les médias locaux et l’opposition reprochent à Janez Janša de se comporter en « cheval de Troie » des intérêts israélo-américains au sein de l’UE. Refusant de capituler, l’ex-Premier ministre Robert Golob a d’ores et déjà annoncé le dépôt prochain d’une motion de censure contre le gouvernement actuel, promettant un automne politique particulièrement agité à Ljubljana.

