Grandes transformations et recettes de l’émergence africaine

Par Thierry Téné*

La « Grande Transformation», tel était le thème du dernier forum de Davos qui s’est tenu du 25 au 29 janvier en Suisse. Si l’objectif de ce 42ième Davos était de « trouver de nouveaux modèles de leadership et de capitalisme», l’une des questions centrales à creuser serait la redéfinition des indicateurs de richesse. Quelques chiffres qui donnent le tournis.

a dette des Etats-Unis est de 14 000 milliards de dollars, celle de l’Allemagne 2 122 milliards d’euros, l’Italie 1 924 milliards d’euros, la France a une dette de 1 726 milliards euros et le Royaume-Uni 1 473 milliards d’euros. Mettons ces chiffres en opposition avec le PIB de l’Afrique qui est d’environ 1 816 milliards de dollars. Ce qui nous amène à penser qu’une richesse virtuelle peut cacher une pauvreté réelle et vis versa. Face à l’endettement de l’Occident, l’autre transformation du monde est l’enrichissement des BRICS. Par ailleurs même si le chemin est encore long, l’émergence économique de l’Afrique commence à faire consensus. Analyse de quelques grandes transformations. Parce qu’elle a été le lieu de convergence de mutations importantes, l’Afrique est aujourd’hui présentée par des voix autorisées comme la nouvelle frontière de l’économie. Si il réussit à faire face aux chocs exogènes et endogènes, le continent africain connaîtra une croissance économique exponentielle. En plus des réformes économiques importantes, les grandes transformations structurelles permettent d’avoir l’espoir. Le premier est probablement la démographie. A la sortie des indépendances dans les années 60, l’Afrique comptait à peine 200 millions d’habitants. Sa population a quasiment quintuplé pour atteindre un milliard d’âmes aujourd’hui. Et mieux encore, les prévisions tablent sur 2 milliards d’africains majoritairement jeunes à l’horizon 2050. La deuxième grande transformation est l’urbanisation. Si hier les africains vivaient principalement en campagne, ils sont près de 40 % à eupler les villes de nos jours.

Près de 52 villes africaines ont plus d’un million d’habitants. Ces derniers ont besoin de pâte dentifrice et d’autres produits manufacturés. Comme le rappelle Donald Kaberuka, le Président de la Banque Africaine de Développement, que ces produits soient importés ou non, ça fait tourner l’économie. Toutes ces données ne suffisent probablement pas pour être la nouvelle frontière de l’économie. Evoquons donc le potentiel à partir d’une recette épincée à l’africaine. Prenez une pincée de chiffres compilés par Le Nouvel Economiste : l’Afrique possède 40 % de l’or, 60 % du cobalt, 90 % du platine et 30 % de tous les minerais de la planète. Rajoutez un zeste de 60 % des terres arables non cultivées dans le monde dont le Chiffre d’Affaires de l’agriculture d’après McKinsey pourrait passer de 280 milliards de dollars à 880 milliards de dollars en 2030. Prenez l’avis d’un Chef qui cuisine les données sur l’Afrique : Dans Le Figaro du 10 septembre 2010, Luc Rigouzzo, ancien Directeur Général de Propraco, filiale de l’Agence Française de Développement affirme qu’en 2040, sur le milliard et demi d’habitants que comptera l’Afrique subsaharienne, il y aura 240 millions d’habitants d’urbains au revenu moyen équivalent à 20 dollars par jour soit un marché annuel de plus de 1 700 milliards de dollars. Mélangez le tout avec un secteur d’activité en forte croissance. D’après GSMA, 735 millions d’africains seront clients des entreprises télécom d’ici la fin de l’année. Vous obtenez le résultat suivant : En 2011, avec 649 millions de clients, l’Afrique est devenu le deuxième marché mondial de la téléphonie après l’Asie. D’après le GSMA, ce secteur d’activité génère un chiffre d’affaires de 56 milliards de dollars pour une création de 5,4 millions d’emplois directs et indirects.

Personne n’avait prévu un bond si spectaculaire en une décennie. Laissez mijoter le tout avec 5 % de croissance moyenne en Afrique depuis 10 ans. Administrez la recette à une classe moyenne estimée à 300 millions d’habitants. Tout ceci serait encore moins salé si les pays développés n’étaient pas en récession. Et demain quand leur machine économique sera lancée. Ce sera peut-être la cerise sur le délicieux gâteau de la marche africaine vers l’émergence. Mais laissons la Banque Mondiale mettre les couverts. Selon l’Institution de Bretton Woords environ 60 millions d’Africains ont un revenu de 3 000 dollars par an, et ce nombre va croître à 100 millions en 2015, à peu près au niveau de l’Inde. Vous comprenez donc l’appétit de certains investisseurs avisés pour l’Afrique. Des entrepreneurs canadiens rencontrés en Afrique ont confié à La Presse des marges de profits de 10. à 130 % sur certains projets. Vous connaissez un endroit au monde où on peut trouver mieux ? Ca ne vous donne pas faim ? Mais comme au début de chaque repas, il faut une entrée.

Les entrepreneurs locaux sont désormais la porte d’entrée obligatoire pour le business en Afrique. Vous serez d’ailleurs surpris par leurs profits. Dans son hors-série n° 29 sur les 500 premières entreprises africaines, l’hebdomadaire Jeune Afrique affirme qu’elles ont réalisé en 2010 des bénéfices cumulés de 59,7 milliards de dollars (41,8 milliards en 2009) pour un chiffre d’affaires total de 690 milliards de dollars, en progression de 17,7 % sur un an. Dans son éditorial, Jean-Michel Meyer précise que « l’avancée est remarquable depuis le premier top 500 de Jeune Afrique, en 1997. Celui-ci annonçait fièrement des revenus cumulés de …225 milliards de dollars. » . Les patrons africains ont aujourd’hui de grandes ambitions et ciblent désormais la barre des 1 000 milliards de dollars de CA. Pour Jean-Michel Meyer « ils le franchiront dans les deux à trois ans à venir. Tout en engrangeant de solides bénéfices » Face à ce constat, vous avez décidé de sauter dans le premier vol à destination de l’Afrique pour faire des affaires. Une recette non pas de grandmère mais de jeune africain. Faîtes de la Responsabilité Sociétale des Entreprises et de la croissance verte le cœur de votre business model.

(*) Thierry Téné, Co-fondateur de l’Institut Afrique RSE

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