LE CANADA ET LA FRANCOPHONIE

Par Ousmane Sow

En tant que deuxième bailleur de fonds de la Francophonie, le Canada est fortement intéressé par le suucès de l’organisation. C’est pour cette raison qu’il attendsimpatiemment les assises de Ouadougou afin de faire entemdre la voix du Canada. Paul Martin qui assiste à son premier sommet entend également réafirmer l’engagement de sonpays à faire la promotion du développemnt, de la coopération et des droits de la personne. Il a accepté de se confier aux lecteurs du Magazine Diplomat investissement.

Diplomat investissement : Monsieur le Premier ministre, vous assisterez, en tant que chef de l’excutif canadien à votre premier sommet de la Francophonie. Comment vous préparez-vous à cette rencontre?

Premier ministre : Il est vrai que le Sommet de la Francophonie est un événement important, car c’est une tribune où le Canada peut favoriser une meilleure compréhension des dossiers d’envergure tels que la lutte contre la pauvreté, le respect des droits de la personne et la démocratie. Le sommet de Ouagadougou sera d’autant plus marquant pour moi puisque, pour la première fois, j’aurai l’occasion d’échanger avec mes homologues francophones sur les questions qui concernent particulièrement la grande communauté francophone.

Je me suis entretenu avec le président burkinabé M. Blaise Compaoré, en marge de l’Assemblée de l’ONU. Nos discussions ont porté sur la préparartion du Sommet et sur des questions générales concernant les relations entre le Canada et le Burkina Faso. Depuis, j’ai eu une rencontre avec le premier ministre du Burkina Faso. M. Pramanga Ernest Yonli, lorsqu’ilétait de passage à Ottawa en mission économique en octobre dernier. Nous avons notamment discuté des prépartifs du Sommet et des questions liées aux échanges économiques entre le Canada et le Burkina Faso.

Le développement du secteur privé et l’expansion du commerce international sont des moteurs de développement futur pour l’Afrique. Le Cnada encourage ces initiatives avec ses partenaires africains, et nous pensons que la Francophonie est certainement un forum qui peut encourager ces échanges.

Lors d’unrécent voyage en France, j’ai pu m’entrenir avec le présisent Jacques Chirac sur le rôle que nos deux pays peuvent jouer dans la Francophonie internationale. Il faut rappeler que nos deux pays sont unis par des liens historiques, linguistiques et culturels. D’ailleurs, l’année 2004 marque le 400e anniverssaire du premier établissement français en Amérique du Nord. La France est aussi un partenaire important avec lequel nous travillons de concert dans la réalisation des priorités qui sont chères aux pays dea Francophonie, notamment la diversité culturelle, l’aide publique au développement et le Plan d’action pour l’Afrique.

Quels sont les principaux dossiers (politique, économique, sociaux, etc.) que le Canada défendra?

Le Sommet de la Francophonie est une occasion pour le Canada de promouvoir les valeurs auxquelles nous croyons en tant que peuple, c’est-à-dire des valeurs démocra-tiques, culturelles et économiques. Le thème du Sommet de Ouagadougou étant « Francophonie: espace solidaire pour un développement durable », nous allons faire valoir que le développement durable ne se limite pas seulement à l’environnement, mais qu’il touche à tous les aspects pouvant mener à une amélioration des conditions de vie.
L’économie joue, certes, un rôle important dans le développement, mais il ne peut y avoir de véritable développement sans la participation active de la population aux décisions qui touchent son avenir. D’où l’importance de la bonne gouvernance, de la paix, de la démocratie et du respect des droits de la personne.
Le Canada croit fermement que la communauté internationale doit intervenir dans les situations où les principes humanitaires les plus élémentaires sont bafoués. Nous allons réitérer cette vision à Ouagadougou tout en rappelant qu’il incombe d’abord à chaque gouvernement de protéger ses citoyens. Ouagadougou va marquer une étape importante dans le développement de la Francophonie puisque, pour la première fois dans l’histoire de cette organisation, nous adopterons un « cadre stratégique ». Ce cadre balisera nos actions et priorités pour les dix prochaines années. Son but ultime est de donner à la Francophonie une vision claire et précise de ce que nous voulons accomplir en tant qu’organisation et de comment nous allons entreprendre nos actions. Le Canada a contribué grandement à l’élaboration de ce cadre, car nous croyons qu’il est temps pour la Francophonie, quarante ans après la création de ses premières institutions, de concrétiser ses missions afin de mieux cibler ses interventions. C sera certainement un moment historique et c’est un privilège pour le Canada d’y avoir contribué!

Le Fonds canadien pour l’Afrique existe depuis deux ans. Est-il réellement opérationnel maintenant et quelles sont ses orientations futures?
Je suis heureux que vous évoquiez le Fonds canadien pour l’Afrique. Comme vous le savez sans doute, ce fonds a été établi à l’occasion du Sommet du G8 qui s’est tenu à Kananaskis, en Alberta, en juin 2002. Ce fut un sommet important pour l’Afrique : c’est à Kananaskis, sous l’impulsion du Canada, que les dirigeants des pays du G8 ont accepté d’appuyer le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD). Ils ont aussi adopté, en présence de dirigeants africains, le Plan d’action du G8 pour l’Afrique, qui définit un nouveau partenariat entre les pays du G8 et ceux du continent africain.

Le Canada a aussi démontré de façon tangible son engagement à l’égard du continent africain et du Plan d’action en établissant un fonds spécial, le Fonds canadien pour l’Afrique. Doté d’une enveloppe de 500 millions de dollars canadiens, le Fonds a servi à financer des initiatives régionales qui auront un effet important sur le développement durable en Afrique.
À titre d’exemple, le Fonds appuie les travaux de l’Initiative internationale pour un vaccin contre le sida, puisqu’un vaccin préventif représente l’un des meilleurs conoirs du monde de mettre fin à cette tragédie humaine qui enlève la vie à environ 6 500 Africains par jour.

Le Fonds contribue également à des activités dans les domaines du maintien de l’ordre et du contrôle de la prolifération des armes légères en Afrique de l’Ouest. Les dirigeants africains accordent une très grande importance à la prévention et au maintien de la paix sur le continent africain puisqu’ils sont d’avis que le développement est inconcevable dans un contexte de conflit et d’insécurité.
De plus, afin de répondre directement à la volonté des Africains de favoriser une nouvelle croissance économique, notamment en renforçant leurs relations commerciales et d’investissement avec les pays industrialisés, nous avons mis en place le Fonds d’investissement du Canada pour l’Afrique doté d’une enveloppe de 100 millions de dollars canadiens.
Le Fonds canadien pour l’Afrique est bien amorcé et respecte ses engagements. Le Canada s’est résolument engagé à appuyer le NEPAD ainsi que le Plan d’action du G8 pour l’Afrique.
Le problème de la dette africaine est considéré comme grave depuis des années. Comment le Canada pourait-il contribuer à résoudre ce problème?


Je partage entièrement vos préoccupations en ce qui concerne la dette de l’Afrique.
L’endettement des pays africains constitue un frein important à leur développement économique et social. Voilà pourquoi, depuis plusieurs années, le Canada a pris des mesures énergiques pour éliminer ou réduire la dette.
Dès 1978, le Canada annulait la dette d’aide publique au développement (APD) de 46 pays en développement. Ces efforts d’allègement se sont poursuivis dans les années 1980. En 1986, pour souligner la tenue du premier Sommet de la Francophonie, le Canada annonçait l’effacement de la dette d’aide publique au développement des pays pauvres membres de la Francophonie.
Afin d’alléger le fardeau financier des pays en développement, le Canada a également décidé de verser son aide publique au développement exclusivement sous forme de subventions et de contributions.
Le Canada a souscrit, par ailleurs, à l’initiative proposée par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international en 1996, visant à alléger la dette des pays pauvres très endettés. Il s’agit de la première initiative d’ensemble pour réduire la dette externe des 42 nations les plus pauvres et très endettées. Trente-quatre de ces pays sont en Afrique subsaharienne.
En mars 1999, le Canada a institué l’Initiative canadienne à l’égard de la dette (ICD) et s’est engagé à effacer 100 % de toutes les dettes admissibles des pays pauvres très endettés.
Plusieurs pays de la Francophonie ont déjà bénéficié de l’ICD. Ainsi, le Canada a effacé 100 % des dettes du Sénégal et du Mali.
Quel bilan faites-vous de l’aide canadienne en Afrique: est-elle efficace, bien gérée et
déployée là où les besoins se font vraiment sen-tir? Quels seront les éventuels ajustements?

Le Canada a placé l’Afrique au cœur de son programme d’aide au développement. Il faut savoir
que la moitié de l’augmentation du budget de l’aide publique au développementaccorde par le Canada, soit 8 % par année annoncée en 2002, est destinée au continent africain.
Nous espérons porter nos engagement envers l’Afrique à environ 6 milliards de dollars canadiens sur une période de cinq ans.
En Afrique, le programme d’aide du Canada est orienté vers la réduction de la pauvreté et les questions de paix et de sécurité. Ces priorités sont assorties d’une attention particulière accordée à l’environnement et à l’égalité entre les sexes. Les principes de bonne gouvernance sous-tendent nos programmes.
Si le Canada a décidé de concentrer son aide au développement en Afrique, c’est que les défis sont grands. En voici quelques exemples : 32 % des habitants du continent africain souffrent de malnutrition, 44 millions d’enfants ne fréquentent pas l’école et l’Afrique est le continent où le VIH/sida fait le plus de ravages.
Malgré ces défis de taille, nos efforts apportent des résultats positifs. Notons quelques résultats : le Canada est reconnu pour son appui à la lutte contre l’onchocercose en Afrique de l’Ouest; la contribution du Canada a permis à près de 200 000 personnes d’apprendre à lire et à écrire au Sénégal; l’appui du Canada en matière d’immunisation a permis de prévenir 50 millions de cas de rougeole dans des pays en développement.
Pensez-vous utile de créer un fonds francophone des affaires pour stimuler les échanges économiques et commerciaux entre les pays de la Francophonie?
Je souscris entièrement à l’idée de promouvoir les échanges économiques et commerciaux entre les pays de la Francophonie et, plus particulièrement, entre les pays du Sud et ceux du Nord, mais je ne suis pas convaincu que la mise en place d’un fonds constitue le meilleur moyen d’atteindre cet objectif. Il est préférable, à mon avis, d’œuvre dans le cadre des insitutions déjà existantes afin de lever les barrières qui freinent les échnages économiques et commerciaux.
De nombreux pays en développement partagent d’ailleurs cet avis, comme en font foi leurs revendications auprès de l’organisation mondiale du commerce. Au sein de l’OMC, le Canada milite en faveur de l’établissement de règles commerciales plus juste.
Il faut aussi accroître l’investissement privé dans les pays en voie de développement.
C’est pour cette raison que le Canada a mis sur pied le Fonds d’investissement pour l’Afrique d’un montant de 100 millions de dollars canadiens.
On parle beaucoup de diversité culturelle dans la Francophonie. Quelles sont les principales raisons pour lesquelles cette diversité devrait être défendue?

La diversité culturelle est une composante essentielle de la réalité canadienne. C’est aussi une composante essentielle de la grande famille de la Francophonie. Un bon nombre de membres de la Francophonie sont des pays multiculturels où cohabitent plusieurs langues outre le français, et plusieurs cultures. Ce n’est donc pas un hasard que le 9e sommet de la Francophonie qui s’est tenu à Beyrouth, au Liban, en 2002, ait porté sur le dialogue des cultures. Dans la déclaration qui a été adoptée à Beyrouth, les chefs d’État et de gouvernement ont réaffirmé leur attachement à la défense et à la promotion de la diversité culturelle.

La Francophonie s’intéresse de près aux négociations en cours à l’Unesco en vue de la signature d’une convention internationale sur la protection de la diversité des contenus culturels et des expressions artistiques. Cette convention vise à établir des règles claires qui permettraient aux pays de maintenir des politiques destinées à promouvoir la diversité culturelle tout en respectant les regles du système commercial international.

La Francophonie a été très active dans le dossier de la diversité culturelle : elle a organisé des séminaires régionaux visant à sensibiliser ses membres aux différents
enjeux entourant la Convention sur la diversité culturelle et a désigné des représentants spéciaux qui agissent à titre de porte-parole de la Francophonie dans le cadre des grandes rencontres concernant la diversité culturelle.
Enfin, la Francophonie a mis à la disposition de ses membres des études portant sur divers aspects de la diversité culturelle susceptibles de nourrir leur réflexion.

Il est important que la Francophonie continue de soutenir l’élaboration de cette convention à l’Unesco. De son côté, le Canada continuera à jouer un rôle de chef de file dans le débat.

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