C’est un voyage hautement symbolique et stratégique. Emmanuel Macron est attendu à Damas pour y rencontrer Ahmad al-Chareh, l’actuel dirigeant de la transition syrienne. Par ce déplacement, la France s’impose comme le premier pays occidental et le premier membre de l’Union européenne à renouer officiellement sur place avec le pouvoir syrien, après plus de quatorze ans de gel diplomatique.
La fin d’un long isolement diplomatique
Cette visite officielle marque la rupture définitive avec la politique d’isolement stricte menée par Paris depuis 2011, date à laquelle la France avait fermé son ambassade pour protester contre la répression sanglante du Printemps arabe par le clan Assad. Le dernier président français à s’être rendu en Syrie était Nicolas Sarkozy, en 2009.
En choisissant de se rendre à Damas, Emmanuel Macron poursuit la stratégie d’ouverture entamée dès le changement de régime. En mai 2025, le chef de l’État français avait déjà bousculé les codes diplomatiques en étant le premier leader occidental à recevoir Ahmad al-Chareh avec les honneurs à l’Élysée. Ce voyage en terre syrienne vient ancrer concrètement ce rapprochement.
Reconstruction et diplomatie économique
Le président français ne voyage pas seul. Il est accompagné d’une importante délégation de chefs d’entreprises et d’investisseurs français. Pour les autorités de transition syriennes, l’enjeu est vital : attirer les capitaux étrangers pour amorcer la reconstruction massive d’un pays dévasté par treize ans de guerre civile. Les discussions devraient porter en priorité sur la réhabilitation des infrastructures de transport, de l’énergie et des services publics essentiels.
Les dossiers brûlants de la sécurité et des minorités
Au-delà de l’économie, Paris pose ses conditions et avance ses pions sur plusieurs dossiers sécuritaires majeurs :
- La lutte antiterroriste : Les deux dirigeants feront le point sur la traque des cellules résiduelles de l’État islamique (Daech) dans la région.
- Le sort des djihadistes français : La question du suivi, du jugement ou du rapatriement des derniers ressortissants français affiliés à des groupes terroristes et encore présents sur le territoire syrien sera au cœur des discussions à huis clos.
- La protection des minorités : Emmanuel Macron entend rappeler les exigences de la France quant au respect des droits et à la sécurité de toutes les communautés ethniques et religieuses de Syrie (Chrétiens, Druzes, Alaouites), un point jugé non négociable pour une stabilisation durable.
Ce déplacement historique sera observé de très près par les partenaires européens de la France ainsi que par les puissances régionales, alors que le Proche-Orient cherche un nouvel équilibre après des années de conflits interconnectés.
