En pleine visite d’État d’Emmanuel Macron à Madrid, le Sénat espagnol a rejeté mardi soir la ratification du traité d’amitié bilatéral. Ce vote, porté par la majorité de droite, inflige un revers politique cinglant au président français et au Premier ministre espagnol Pedro Sánchez, alors même que les deux dirigeants célébraient le renforcement de l’axe Paris-Madrid. Le calendrier diplomatique pouvait difficilement être plus cruel. C’est au moment précis où débutait le dîner de gala offert par le roi Felipe VI au palais royal en l’honneur d’Emmanuel Macron que la sentence est tombée : la Chambre haute du Parlement espagnol a opposé son veto au traité d’amitié franco-espagnol, par 142 voix contre, 106 pour et une abstention.
Une alliance de la droite et de l’extrême droite
Ce rejet est le résultat d’une fronde menée par les conservateurs du Parti populaire (PP), majoritaires au Sénat, alliés pour l’occasion aux nationalistes d’extrême droite du parti Vox. Face à eux, la coalition de gauche du Premier ministre Pedro Sánchez, soutenue par les formations indépendantistes basques et catalanes, n’a pas réussi à réunir le nombre de voix nécessaires.
Le texte, signé initialement à Barcelone en janvier 2023 et déjà ratifié par la France en 2025, visait à élever la relation franco-espagnole au même rang que celle qui lie Paris à Berlin ou Rome.
La souveraineté nationale au cœur du conflit
Le point de discorde majeur repose sur un article spécifique du traité. Celui-ci autorise un membre du gouvernement de l’un des deux pays à assister, une fois par trimestre, au Conseil des ministres de l’autre État.
La droite espagnole y voit une ingérence intolérable et une menace pour la souveraineté nationale. Pourtant, le Tribunal constitutionnel espagnol avait formellement validé le texte le 23 septembre dernier, précisant qu’un ministre français n’aurait qu’un rôle d’observateur sans voix délibérative. Un argument juridique balayé par l’opposition, qui a transformé ce vote en une motion de censure symbolique contre la politique étrangère de Pedro Sánchez.
Un veto qui n’est pas définitif
Si le symbole est désastreux pour l’Élysée, les conséquences juridiques restent limitées. Le Congrès des députés (la chambre basse espagnole) ayant déjà approuvé le traité en première lecture, la procédure législative va se poursuivre :
- Une commission mixte entre les deux chambres va être convoquée pour tenter de débloquer la situation.
- En cas de désaccord persistant, le Congrès des députés aura le dernier mot et pourra surmonter le veto du Sénat par un nouveau vote à la majorité absolue.
Malgré cette ombre au tableau, Emmanuel Macron poursuit son agenda officiel ce mercredi à Madrid. Le président français doit participer à un forum économique bilatéral avant de retrouver Pedro Sánchez au palais de la Moncloa pour un entretien politique qui s’annonce, plus que jamais, centré sur la cohésion de leur agenda commun.

