DEVELOPPEMENT DURABLE ET ECONOMIQUE DE LA FRANCOPHONIE

« Repenser la Francophonie autour d’une prospérité durable dans une Zone de libre-échange de la Francophonie (ZLEFRA) »

Docteur en économie et Professeur ordinaire dans les universités de la RDC, Daniel Mulenda Lomena Emamba est spécialiste de la gestion stratégique des entreprises, de l’économie écologique et du développement durable. Il préside le Conseil exécutif du Centre interdisciplinaire de recherche et d’application en développement durable (CIRADD), où il contribue à la réflexion sur les enjeux inhérents à la mise en œuvre des Objectifs du Développement Durable, ODD en sigle.

Diplomat Investissement : Francophonie représente aujourd’hui un espace économique majeur, avec environ 16% du PIB mondial et près de 20% des échanges internationaux de marchandises. Selon vous, comment les États francophones peuvent-ils transformer ce potentiel en une croissance plus inclusive et plus bénéfique pour leurs populations?

M. Daniel MULENDA : le développement durable est un développement équitable, dont la croissance est soutenable à long terme car elle intègre les 3 volets : économique : optimiser la croissance économique actuelle sans hypothéquer celle des générations futures (par un trop fort endettement par exemple); sociale – sociétale: lutter contre la pauvreté et l’exclusion, favoriser la mobilité sociale); -environnementale: préserver les ressources naturelles, diminuer la pollution). A la lumière de ce qui précède, le PIB, un indicateur strictement comptable qui mesure la valeur de tous les biens et services produits dans un pays sur une année, ne peut plus traduire l’inclusivité d’une croissance économique, car il ne permet pas de suivre l’évolution des inégalités sociales, n’inclut pas les couts environnementaux (l’empreinte écologique de la production), ne prend pas en compte l’écosystème des revenus informels. Désormais c’est l’indice de développement humain qui permet de corriger tant soi peu la qualité de la croissance économique. Au-delà de cette critique, la question reste de savoir comment faire évoluer les conditions de vie, l’égalité et la durabilité environnementale simultanément aux richesses produites dans l’espace de Francophonie.

Comme tout le monde devrait le savoir, c’est le développement du commerce intra francophonie qui demeure la solution pour asseoir le développement durable dans l’espace francophone En effet le modèle actuel, basé sur les exportations brutes des ressources naturelles vers des régions hors francophonies, encourage l’exportation des emplois et de la valeur ajoutée, et de ce fait, remet en cause la pertinence des chiffres affichés (16 % du PIB mondial et 20% des échanges internationaux). Ainsi donc, l’on devrait plus se voiler la face : c’est la création d’une zone de libre-échange de la Francophonie, en sigle ZLEFRA, incluant des protocoles sur la durabilité environnementale, le transfert de technologie et l’industrialisation de l’Afrique, au moyen du développement des chaines de valeur, qui apparait comme la stratégie principale autour de laquelle devraient graviter toute l’action de l’OIF. Nous voulons dire que le modèle économique actuel est « anti social, inefficace, inégalitaire et pas assez propre ; queles trajectoires de croissance actuelles et les modèles de gouvernances dépassés suggèrent de changer de paradigme ; et qu’une approche de l’ensemble de l’espace francophone est nécessaire, ainsi que des efforts concertés et ambitieux pour transformer les pays francophones en mode agile industriel, inclusif et décarboné.

Il faudrait parvenir à créer un cadre macro-économique soutenable de la Francophonie, en définissant des politiques communes orientées vers un modèle à impact pour une création de valeur économique, sociale et environnementale à long terme pour l’ensemble de ses parties prenantes. Le partage du français (langue commune) devrait accélérer les échanges régionaux, réduire les coûts du commerce bilatéral d’environ 18 %. Il convient de fluidifier les normes juridiques et douanières entre pays membres, d’investir davantage dans le capital humain, une croissance est inclusive lorsque les populations disposent des compétences et des infrastructures pour en bénéficier et de Renforce la justice, la capture des rentes économiques par une minorité entrave la redistribution.

L’Afrique francophone connaît l’une des plus fortes dynamiques démographiques et économiques au monde. Quels leviers faudrait-il actionner pour faire de cette jeunesse le principal moteur du développement durable de l’espace francophone ?

M. Daniel MULENDA : le développement durable est un développement équitable, dont la croissance est soutenable à long terme car elle intègre les 3 volets : économique : optimiser la croissance économique actuelle sans hypothéquer celle des générations futures (par un trop fort endettement par exemple); sociale – sociétale: lutter contre la pauvreté et l’exclusion, favoriser la mobilité sociale); -environnementale: préserver les ressources naturelles, diminuer la pollution). A la lumière de ce qui précède, le PIB, un indicateur strictement comptable qui mesure la valeur de tous les biens et services produits dans un pays sur une année, ne peut plus traduire l’inclusivité d’une croissance économique, car il ne permet pas de suivre l’évolution des inégalités sociales, n’inclut pas les couts environnementaux (l’empreinte écologique de la production), ne prend pas en compte l’écosystème des revenus informels. Désormais c’est l’indice de développement humain qui permet de corriger tant soi peu la qualité de la croissance économique. Au-delà de cette critique, la question reste de savoir comment faire évoluer les conditions de vie, l’égalité et la durabilité environnementale simultanément aux richesses produites dans l’espace de Francophonie.

Pour transformer cette dynamique démographique en un véritable dividende économique et durable, les pays d’Afrique francophone et de l’espace francophone doivent devenir actifs dans la mise en œuvre de la ZLEFRA, en mettant en place un modèle économique durable, ayant pour limite inférieure le SOCIAL et limite supérieure l’ECOLOGIE. C’est la condition essentielle pour permettre à toutes les parties prenantes, y compris la jeunesse, de renforcer leur bien-être. Spécifiquement, la valorisation de la jeunesse francophone nécessite la mise en œuvre de cinq leviers suivants :refonder le modèle éducatif axé sur les compétences du futur ; débloquer le financement des jeunes entrepreneurs et des PME ; développements socioéconomiques sectoriels en lien avec les savoir-faire traditionnels et les racines ; migration vers les secteurs à forte intensité de main-d’œuvre ; miser sur l’agribusiness et la transition écologique ; accélérer la mobilité et les partenariats au sein de l’espace francophone et renforcer la gouvernance et l’inclusion citoyenne.

Professeur, Daniel Mulenda Lomena

L’Institut de la Francophonie pour le développement durable (IFDD) accompagne les États dans la mise en œuvre des Objectifs de développement durable. Quel bilan faites-vous de son action et quelles priorités devrait-il privilégier dans les prochaines années ?

L’OIF a mis en place l’IFDD en 1988 au Québec pour accompagner les pays francophones dans la transition écologique. Son mandat s’est élargi à l’environnement en 1996 et au développement durable en 2019. Les actions de cette structure subsidiaire de l’OIF s’expriment à travers les programmes suivants : – Initiative participative objectif 2030 pour soutenir la mise en œuvre du Programme de développement durable des Nations Unies ; –Programme Maitrise des outils de gestion de l’environnement pour le développement et le projet de déploiement des Technologies et Innovations environnementales pour le développement durable et la réduction de la pauvreté (PDTIE) en RD Congo et au Cameroun, en vue de soutenir l’innovation environnementale ;- Comptabilité écosystémique, une méthode élaborée en 2019 pour contribuer aux efforts de comptabilisation du capital naturel. 

Cet accompagnement de l’IFDD est pertinent dans ce sens qu’il contribue aux renforcements des capacités des francophones dans la prise en compte de la durabilité. Néanmoins, il pourrait être jugé d’insuffisant dans la mesure où il n’intègre pas encore la sensibilisation contre la pollution gratuite que les opérateurs économiques pratiquent dans les pays africains où la culture environnementale est peu développée. Ainsi, l’observation des différentes réalités recommande que les missions de l’IFDD soient renforcées par les priorités ci-après : la vulgarisation du Principe de pollueur payeur, l’enseignement approfondi des principes de l’économie circulaire ainsi que l’éducation au développement durable et à une économie décarbonée verte au bénéfice des populations et des autorités politiques en vue d’ancrer le développement durable dans les racines culturelles africaines par le développement des savoirs locaux (artisanat, médecine naturelle, entreprenariat vert). Une Francophonie des territoires, de l’innovation et de la prospérité pourrait changer les modes de production et de consommation dans les pays francophones.

La transition écologique est devenue un impératif mondial. Comment la Francophonie peut-elle concilier exploitation de ses immenses ressources naturelles, industrialisation et protection de l’environnement afin de construire un modèle de développement ?

Nous avons déjà mis l’accent sur la création de la ZLEFRA avec des protocoles sur la durabilité environnementale, les investissements, les facilitations du commerce et la définition des points de convergence à remplir pour intégrer la ZLEFRA, entre autres. La transition écologique suppose la mise en œuvre d’une gouvernance environnementale normative au sein de l’espace francophone, en donnant priorité aux secteurs de l’économie verte, notamment l’agriculture et l’agro industries durables, les éco industries, le tourisme vert, l’économie bleue, le recyclage des déchets, les énergies renouvelables et le marché carbone. Les financements disponibles devraient être orientés vers ces secteurs créateurs d’emplois verts durables.

A cet effet, la Francophonie ne peut s’affranchir d’une vision globale, de l’anticipation de l’impact de la transition écologique sur le contenu des métiers et plus particulièrement sur les compétences attendues. C’est pourquoi les leviers ci-après devraient être activés : changer de paradigme à partir d’un modèle économique durable intégrant les racines africaines ; valoriser les savoirs traditionnels et l’écotourisme ; encourager la transformation locale et l’économie circulaire ; structurer un transfert de technologies et de financements vertueux ;

L’Organisation internationale de la Francophonie multiplie les missions économiques et les rencontres d’affaires afin de renforcer les partenariats entre entreprises francophones. Que faudrait-il faire pour que ces initiatives profitent davantage aux PME, aux jeunes entrepreneurs et aux économies africaines ?

Pour passer d’événements de réseautage institutionnel à un véritable levier de croissance pour les PME et start-up francophones, l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) et ses partenaires sont appelés à organiser ces rencontres d’affaires à des intervalles de temps bien déterminés et ajuster leurs missions économiques autour de cinq axes stratégiques : évoluer du simple « networking » au deal-making qualifie, car les forums généralistes génèrent des contacts, mais peu de transactions contractuelles directes ; intégrer des pools d’investisseurs et des mécanismes de garantie ; lever les barrières non tarifaires et réglementaires afin de faciliter le commerce intra Francophonie ; cibler en priorité les femmes, les jeunes et l’économie numérique.

L’approche du XXe Sommet de la Francophonie à Phnom Penh, quelles décisions ou quelles réformes vous paraissent indispensables pour faire de la Francophonie un véritable espace de prospérité partagée, d’innovation et de coopération économique durable ?

Comme souligné dans les réponses ci-dessus, la création de la ZLEFRA, pour renforcer les échanges intra francophonies, l’adoption d’un protocole sur la prise en compte de la durabilité avec comme point d’encrage la lutte contre la pollution gratuite et la destruction des écosystèmes naturels, la formation des compétences africaines et le changement de modèle d’une économie extravertie en faveur d’une économie ambivalente, constitue des décisions qui permettrait à la Francophonie d’agir pour la consolidation de son développement durable et  pour arrêter l’exportations des emplois et de la valeur ajoutée.

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