Par Kawia Nacro
La Tunisie est un des fondateurs de la Francophonie. Elle entretient également de solides liens avec le Canada et entend avancer encore plus dans la voie de la coopération mutuellement bénéfique.
Diplomat investissement : Quel ilan faites-vous de la coopération, et plus précisément des relations commerciales, entre le Canada et la Tunisie ?
SEM SAKRI Mouldi : Les relations tuniso-canadiennes sont les plus anciennes en Afrique du Nord. Fondées sur la confiance et le respect mutuel, elles ont évolué favorablement au fil des années à la faveur de la volonté politique des plus hautes instances des deux pays. Grâce à un important programme de coopération bilatérale initié dans les années soixante, les deux pays sont parvenus à réaliser d’importants projets de développement en Tunisie couvrant plusieurs domaines clés, dont notamment l’infrastructure, l’éducation, a formation professionnelle, l’enseignement supérieur, l’environnement, l’énergie, etc.
Confortée par la réussite de l’expérience uniso-canadienne dans les différents domaines de développement, la Tunisie oeuvre aujourd’hui, de concert avec ses partenaires canadiens, à donner une nouvelle impulsion aux relations de coopération bilatérale. Le protocole d’entente et
de consultation conclu, le 12 janvier 2005 à Tunis, entre les Ministères des Affaires étrangères de la Tunisie et le Canada constitue, à cet égard, un cadre idéal pour relancer la concertation politique entre les deux pays à même de mieux cibler la coopération bilatérale et de renforcer le dialogue politique de haut niveau sur les questions régionales et internationales d’intérêt commun dans le cadre d’un partenariat
bilatéral multisectoriel durable.
Un partenariat prenant en compte les priorités de développement de la Tunisie et les objectifs de la politique étrangère du Canada. Concernant les échanges commerciaux entre la Tunisie et le Canada et en dépit d’une évolution positive au cours des dernières années, leur volume demeure modeste et accuse un déficit chronique au détriment de la Tunisie.
À titre d’exemple, le volume des échanges commerciaux entre les deux pays est passé de 130 millions $CAN en 2006 à 160 millions $ CAN en 2007, soit un taux de croissance de 23%. Quant aux exportations tunisiennes vers le Canada, elles ont connu une augmentation significative au cours des cinq dernières années, passant de 20 millions $ CAN en 2002 à 50 millions $ CAN en 2007. C’est pour améliorer cette situation et permettre aux deux pays de tirer profit de toutes les potentialités et opportunités existant dans tous les secteurs économique et commercial que des efforts sont déployés actuellement, en étroite concertation avec nos amis canadiens. L’actualisation du cadre juridique régissant les relations économiques et commerciales tuniso-canadiennes contribuera sans aucun doute, à côté d’autres instruments et moyens, à impulser les échanges économiques entre lesdeux pays et à les élever au niveau d’un partenariat mutuellement avantageux.
Actuellement, le Canada semble jouir d’une certaine estime dans plusieurs pays africains. Selon vous, comment les entreprises canadiennes pourraient-elles transformer ce capital de considération en réseaux de partenariat mutuellement rofitables ?
Certes, le Canada jouit d’une excellente mage en Afrique aussi bien auprès des responsables que des populations locales, notamment en raison de l’absence de passé colonial et de l’engagement canadien en faveur du développement économique et social des Africains. Un capital de sympathie qui s’est considérablement consolidé au fil des années et qui constitue, aujourd’hui, un avantage considérable
pour les entreprises canadiennes. Afin de préserver et consolider cet atout vital pour la promotion des intérêts canadiens en Afrique, les entreprises canadiennes pourraient oeuvrer à l’établissement et au développement de réseaux de partenariat canado-africains dans des
secteurs économiques et sociaux prioritaires (infrastructure, hydraulique, santé, communications, éducation, transport, tc.), aussi bien pour les pays que pour les populations locales.
Compte tenu de ses relations privilégiées avec l’ensemble des pays africains, de sa riche expérience et ses multiples succès
en matière de développement économique et social, la Tunisie est aujourd’hui en mesure d’assumer pleinement le rôle
de partenaire fiable et expérimenté pour les pays industrialisés comme le Canada. Elle pourrait, à cet égard, contribuer à la
mise en place de réseaux de partenariat entre le Canada et les pays africains, notamment dans le cadre de la coopération
triangulaire Tunisie-Canada-Afrique.
Qu’elle est la stratégie que vous préconisez pour attirer les entreprises canadiennes à s’intéresser à la Tunisie ? Et quelles sont les plus importantes réalisations canadiennes dans ce pays ?
Située au carrefour du monde arabe, de l’Afrique et de l’Europe, la Tunisie est un pays moderne et ouvert qui jouit d’une véritable stabilité politique et sociale. Grâce à un programme de réformes ambitieux mis en place depuis quelques années, la Tunisie est parvenue, avec le soutien de pays amis comme le Canada, à réaliser d’importantes performances économiques qui lui ont valu la reconnaissance internationale. Considérée comme
un pays émergent, la Tunisie a été classée en première position pour sa compétitivité en Afrique et dans le monde arabe, par le rapport global sur la compétitivité 2006-2007 publié par le Forum économique de Davos. Pour sa part, et dans son rapport 2007, « Index of Economic Freedom », Think Tank conservateur américain « Heritage Fondation », classe la Tunisie au 69e rang sur un total de 161 pays parmi les économies les plus libres au monde.
De par sa position régionale stratégique, son rôle constructif en faveur de l’intégration maghrébine, la vigueur de son économie, la qualité des ses ressources humaines et les accords de libre-échange conclus avec de nombreux pays, dont l’Union Européenne en 1995, la Tunisie est aujourd’hui un site propice aux affaires et aux investissements canadiens, notamment dans les secteurs porteurs tels que la
biotechnologie, les NTIC, le tourisme, les services financiers, l’environnement. La Tunisie offre également l’accès à de nombreux marchés pour les entreprises et les produits canadiens. Aujourd’hui, les entreprises canadiennes s’intéressent de plus en plus à la Tunisie dans les domaines de l’énergie, des technologies de l’information et de la communication, de l’environnement, de l’industrie pharmaceutique et du secteur agroalimentaire. Avec une économie en plein essor, les entreprises canadiennes ont de grandes opportunités en Tunisie qui s’intègre de plus en plus dans l’économique mondial à travers ses différents partenariats arabe, africain, européen, japonais,
et nord américains.
Biographie
SEM Sakri Mouldi est ambassadeur de la Tunisie au Canada depuis février 2008, suivant une affectation de cinq ans à titre d’ambassadeur en Iran. Il a intégré le ministère des Affaires étrangères tunisiennes en 1979 à titre de secrétaire et fut élevé au grade de conseiller en 1984 et en 2003, au grade de ministre plénipotentiaire hors classe. Ses affectations à l’étranger ont débuté en 1981 au Niger où il occupait le poste de secrétaire. Par la suite il a occupé les fonctions de conseiller en Jordanie et en Éthiopie. En Côte d’Ivoire, il occupait le poste de chargé d’affaires et fut consul à Naples (Italie). Ses affectations au sein du ministère des Affaires étrangères l’ont conduit a occupé successivement les postes de chef de division des études juridiques, directeur adjoint au cabinet du ministre, directeur adjoint chargé des affaires administratives, directeur du Maghreb Arabe et de l’Union du Maghreb Arabe et enfin, directeur général des Affaires politiques, économiques et de Coopération avec l’Afrique et l’Union Africaine. Il est Chevalier de l’Ordre de la République tunisienne (1985) et Officier de l’Ordre de la République tunisienne (2008).
