AMBASSADEURE DE LA ROUMANIE AU CANADA

Presque un siècle de relations remplies !

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SEMme Elena Stefoi, Ambassadeure de la Roumanie au Canada

Par Kawia Nacro

La Roumanie est entrée à l’Union européenne grâce aux efforts de restructuration économique. Elle est reconnaissante au Canada qui l’a aidée dans sa transition politique et économique.

Magazine Diplomat investissement : À quel niveau situeriez-vous les relations entre la Roumanie et le Canada ?

Dr. Elena Stefoi : L’année prochaine, la Roumanie et le Canada vont célébrer le 90e anniversaire de relations diplomatiques et nous avons toutes les raisons d’en être fières : notre collaboration bilatérale s’est diversifiée et enrichie au fil du temps en étant aujourd’hui mieux que jamais. L`appui concret et consistant que le Canada nous a offert, dans le processus de transition après 1989 et à la mise sur pied de réformes économiques et politiques essentielles vers une démocratie stable, nous a été extrêmement précieux. Actuellement nos deux pays ont de nombreux points communs, en tant que deux démocraties parlementaires, des alliés de l’OTAN, ainsi que membres de la Francophonie et de l`Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE). Les représentants de Bucarest et d’Ottawa soutiennent des positions similaires et convergentes dans toutes les instances multilatérales (ONU, OSCE, La Francophonie, etc.).

Les soldats canadiens et roumains agissent ensemble dans l`une des plus difficiles missions d’ISAF (International Security Assistance Force), au sud de l’Afghanistan. La Roumanie a joint l’Union européenne le 1er janvier 2007 et désormais, le dialogue bilatéral roumain canadien consigne aussi d’autres volets. C’est ainsi que plusieurs thèmes d’intérêt commun – les accords économiques, le régime des visas, etc. – se retrouvent maintenant sur l’agenda des réunions Canada – UE. Un autre aspect définitoire pour notre partenariat bilatéral consiste dans la similitude des visions en ce qui concerne le renforcement de la relation transatlantique. Les autorités roumaines soutiennent constamment l’idée qu’une représentation réelle du pôle nord-américain est octroyée par le binôme États-Unis/Canada, et non seulement par les États unis, comme beaucoup des analystes sont souvent tentés de simplifier. Je voudrais ajouter que nos deux pays entretiennent des liens personnels très étroits grâce à la présence d’une communauté dynamique qui compte plus que 200 000 Canadiens d’origine roumaine vivant surtout dans les régions de Montréal et de Toronto, mais aussi dans d’autres agglomérations plus petites en Alberta, la Colombie Britanique, la Nouvelle-Écosse, la Saskatchewan ou le Nouveau-Brunswick. En tant que sociétés pluralistes, la Roumanie et le Canada favorisent la diversité, le respect et la pleine participation de tous leurs citoyens, sans égard à leur origine ou à leur pays de résidence. Ce rassemblement n’est pas seulement une occasion de réfléchir aux valeurs que nous avons en partage en tant que pays démocratiques, mais aussi une raison de développer de profitables projets d’investissement. C’est n’est donc pas par hasard que pour le Canada, la Roumanie est le plus important partenaire économique dans le sud-ouest de l’Europe.

Mais il y en a encore un grand potentiel à valoriser en termes d’échanges économiques et commerciales et les gens d’affaires canadiens doivent saisir toutes les opportunités d’une Roumanie européenne située dans une région en plein essor. En ce qui concerne les relations futures entre le Canada et la Roumanie, je ne doute pas que les leçons tirées de l’expérience lors du leur partenariat en transition serviront de base solide dans leur coopération à long terme, cette fois-ci en tant que partenaires à égalité de parts.

Le Canada et le Québec organisent actuellement le XIIe Sommet sur la Francophonie, pourriez-vous nous dire ce que l’Ambassade de la Roumanie attend de cet évènement ?

L’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) est en quelque sorte un condensé de la planète étant présente sur les cinq continents et chaque Sommet s’impose comme un évènement diplomatique de premier rang. Le XIIe Sommet de la Francophonie qui aura lieu à Québec du 17 au 19 octobre 2008 réunit des chefs d’État et de Gouvernement ainsi que des représentants de plus d’une soixantaine de pays. Cette réunion à haut niveau sera la troisième rencontre francophone à se tenir en sol canadien, le premier ayant eu lieu à Québec en 1987 et le deuxième à Moncton, au Nouveau-Brunswick, en 1999. Comme vous le savez, la Roumanie a été le pays d’accueil du précédent Sommet, en 2006, consacré à un thème extrêmement actuel, celui de l’éducation et des technologies de l’information.

C’était la première réunion du genre depuis l’adoption de la nouvelle Charte par les ministres de la Francophonie, en novembre 2005, à Antananarivo, document qui a apporté une plus grande cohérence dans notre dispositif de coopération et a établi les prémisses pour améliorer le fonctionnement de l’OIF. À Bucarest, les débats furent l’occasion de clarifier nos conceptions et nos perspectives et de contribuer à la relance de notre coopération intergouvernementale dans le domaine de l’éducation, dans un monde où presque 800 millions d’adultes sont analphabètes ou illettrés. À y regarder de près, l’évolution de l’OIF ces dernières années, sa transformation, la redéfinition de ses orientations et de ses actions reste directement liées au phénomène de la mondialisation et à toutes ses répercussions sur nos sociétés. C’est ainsi que le Sommet de Québec s’articule autour d’une série d’enjeux prioritaires plutôt que d’un thème unique, comme ce fut le cas par le passé.

L’agenda de travail cible quatre thèmes prioritaires pour la Francophonie : la démocratie et l’État de droit, la gouvernance économique, l’environnement, et la langue française. La crise alimentaire mondiale s’est également imposée comme un des sujets d’intérêt pour les délégations invitées. En continuant le travail de Bucarest, nous souhaitons qu’à Québec se dessine un modèle inspirant pour l’avenir ainsi que des solutions pragmatiques pour les problèmes actuels. Nous aimerions que le Sommet amène la Francophonie à se pencher sur les enjeux qui interpellent nos sociétés. Nous espérons ainsi de jeter un regard critique sur ces enjeux afin de mettre en œuvre des solutions adaptées aux défis identifiés. Le texte de la prochaine déclaration devrait viser la concision, tout en proposant des engagements concrets à la hauteur des responsabilités propres aux nous dirigeants, sensibles aux préoccupations collectives, soucieuses d’efficacité et de résultats, et en phase avec les besoins de notre époque complexe et dynamique.

La Francophonie n’est pas simplement le véhicule de la langue, du souvenir et du passé, mais c’est aussi une vision politique et un liant stimulant pour le secteur économique. Nous attendons donc que le Sommet de Québec apporte d’une part le développement de la coopération culturelle, scientifique et technique et la croissance des échanges en matière d’éducation et d’autre part le développement des investissements croisés entre les pays de la famille francophone.

On parle de plus en plus de la diplomatie des affaires. Dans cette perspective, quelles sont les stratégies que vous préconisez pour attirer les investisseurs canadiens ?

Dans une économie globale, attirer les investissements est devenu l’objectif primordial de chaque pays et pour l’atteindre on a besoin d’action politique cohérente ainsi que d’un congruent effort interinstitutionnel. À mon avis, sans une bonne connaissance des réalités contemporaines d’un pays comme le mien, qui s’est structurellement transformé pendant les dernières deux décennies, il n’y aura pas de stratégie efficace dans la promotion du potentiel économique roumain. En tant que chef de mission diplomatique, dès lendemain de mon arrivée au Canada j’ai eu comme premier but d’ouvrir les portes et de bâtir des ponts, de fournir tous les renseignements nécessaires et de faciliter les contacts.

À titre d’ambassadeur, j’ai déjà fait de voyages officiels dans chaque province canadienne (et même dans ses territoires) et tous mes interlocuteurs ont ainsi été informé que la Roumanie est un pays attrayant en ce qui concerne le tourisme, les investissements dans l’industrie mécanique où électronique, le transport, le secteur minier et les raffineries. Je me suis fait un devoir de faire mieux connaitre la Roumanie aux Canadiens, un pays qui offre des opportunités extraordinaires comparativement à d’autres pays européens, avec un potentiel important pour l’infrastructure routière et informationnelle, le tourisme, l’agriculture écologique et l’industrie alimentaire. Dans le domaine IT&C (Internet et Communication), la Roumanie est déjà devenue attractive pour les investissements en milieu rural, plus précisément dans le secteur « emanagement », mais aussi dans celui de l’amélioration de l’interface entre le citoyen et l’administration. Des débouchés importants existent ou sont en train de prendre forme dans les secteurs suivants: projets énergétiques (unité III et IV de Cernavoda et valorisations par procédé thermique), pétrole et gaz (restructuration des installations existantes et nouveaux projets d’exploration), transports (aéronefs, modernisation des aéroports et restructuration du réseau ferroviaire), télécommunications et technologies de l’information, construction et matériaux de construction, protection de l’environnement et réduction de la pollution, machines aratoires et technologie de transformation des aliments. Les effets de l’intégration sur l’économie roumaine, et les avantages qui en découlent pour la Roumanie et pour ses partenaires transatlantiques, sont des thèmes sur lesquels j’ai donné de conférences aux universités où à l’occasion de séminaires d’affaires non seulement à Ottawa, mais aussi en plusieurs villes éloignées de la capitale. Et je vais continuer le faire. La Roumanie est désormais dans le top des destinations pour investir et une incontournable pour toutes entreprises en quête de profit, qu’elles veuillent y produire ou y vendre.

Avec un taux d’imposition unique et attrayant (16 % sur les sociétés, les salaires, etc.) et une croissance dépassant régulièrement les 5 % par an depuis plusieurs années, la Roumanie entend jouer un rôle non négligeable dans le contexte économique communautaire. Le potentiel de ce pays tant au plan physique et géostratégique qu’au regard de son capital humain, est énorme et le processus d’intégration européenne a un effet accélérateur des mutations en cours. Ceci est particulièrement vrai pour l’environnement des affaires porté par un taux de croissance économique élevé et par une amélioration progressive du cadre juridique dans lequel évoluent les entreprises. La Roumanie bénéficie d’une position géographique clé, qui est un avantage logistique pour toute l’Europe: le port de Constanta, le plus grand port de l’est de l’Europe, est très bien équipé et il possède une force économique colossale. L’axe Danube-Mer Noire aidera l’Union Européenne à développer le commerce avec d’autres pays. Les analystes sont unanimes : l’offshore se développera dans les prochaines années.

Au profit de destinations émergentes, mais aussi de nouveaux types de prestations et de formes contractuelles. Deuxième marché potentiel de l’est après la Pologne, avec une superficie de 237 000 km et une population de 22,5 millions d’habitants, la Roumanie est aujourd’hui. Attirer les investisseurs canadiens c’est pour moi un enjeu stratégique inscrit tel quel dans l’agenda quotidien, parce qu’il ne s’agit point d’une séparation d’objectifs entre la diplomatie politique ou culturelle et celle qui vise les relations économiques. Dans cette direction, ensemble avec les autres institutions et segments non gouvernementaux qui nous joignent dans l’effort de promouvoir la Roumanie et ses opportunités, l’ambassade fait recours à tous les instruments et outils disponibles : la participation aux foires et aux forums d’affaires, l’accueil des missions économiques ou commerciales, l’organisation des délégations parlementaires et l’initiative des projets municipaux de jumelage, les évènements culturels et communautaires où bien les activités protocolaires, le dialogue avec la presse et les contacts directs avec les dirigeants des grandes compagnies canadiennes, les rencontres académiques et les réunions de travail aux différents ministères. Chaque diplomate sait aujourd’hui qu’attirer les investissements c’est la part prépondérante de la promotion d’intérêt national. Et dans ce domaine nulle stratégie ne sera jamais parfaite, il y aura toujours de place pour la créativité.

Biographie

SEMme Elena Stefoi est diplômée de la faculté d’histoire et de philosophie à l’université de Bucarest et détient un Ph. D. en philosophie de l’université de Bucarest. Elle a joint le ministère des Affaires étrangères début 1998 et a gravi les rangs diplomatiques jusqu’au niveau de la plénipotentiaire de ministre (2006). Avant d’être accrédité comme ambassadrice de la Roumanie au Canada (2005), elle a pris plusieurs autres positions exécutives au ministère des Affaires étrangères : conseiller au ministre, chef du personnel, chef de Division de planification de politique. De 1999 à 2001, elle a été nommée consule générale à Montréal. Le président de la Roumanie lui a attribué « l’Ordre national du Service fidèle » au rang d’officier, en 2000, et la médaille du mérite diplomatique en 2007.

En mai 2006 l’ambassadeure Stefoi a été élue comme présidente de l’Association diplomatique d’Ottawa, et elle a été réélue en 2007. Jusqu’en 1987, SEMme Stefoi a enseigné l’histoire dans un petit village. Membre de l’Union des Auteurs roumains depuis 1990, SEMme Stefoi est l’auteur de nombreux livres de poésie et d’entrevue. En 1983, l’Union des Auteurs roumains lui a attribué le prix de début, et en 1997, elle recevait un prix de l’Association des Journalistes de langue magyars. Membre du sénat de l’Académie diplomatique d’AMF (2003- 2005).

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