Des institutions de Bretton Woods aux médias internationaux, le nouveau regard sur l’Afrique

Par Thierry Téné*

Les rapports des deux institutions de Bretton Woods se succèdent désormais et s’accordent sur deux points : Face à la morosité mondiale, l’Afrique a une croissance économique fiable tout en étant le continent de l’espoir. C’est un virage important par rapport aux précédentes analyses de la Banque Mondiale et du Fonds Monétaire International. La crise en Occident a contribué au changement de regard sur l’Afrique. Désormais, le continent n’est plus envisagé comme un problème mais plutôt comme un relais de croissance et d’opportunités pour les investisseurs. Une phrase symbolise cet envol : Jim O’Neill, chef économiste chez Goldman Sachs inventeur de l’acronyme «Bric», estime que le Nigeria et ses 150 millions d’habitants actuels, “s’il ne fait pas de bêtises», pourrait bien peser plus lourd que le Canada ou l’Italie en 2050.

E n plus des publications au terme évocateur comme Le Temps de l’Afrique de Jean-Michel Sévérino, ancien Directeur Général de l’Agence Française de Développement, les médias internationaux vantent désormais le potentiel et le dynamisme économique de L’Afrique. The Economist est probablement le plus symbolique. Il y a dix ans, le journal anglais faisait la Une sur «l’Afrique sans espoir» et en décembre dernier, il a fait un méa culpa en titrant « l’Afrique est en Essor ». Comme avec The Economist, tout est dans l’illustration, le dessin qui accompagne ce titre en dit long sur la nouvelle perception du journal. En début d’année le quotidien canadien La Presse annonçait en Une un dossier intitulé « l’Afrique à l’aube du décollage». A partir des articles critiques de son envoyé spécial au Ghana, le lecteur a été plongé dans cet Afrique en ébullition mais confrontée aux inégalités. Le Nouvel Economiste a publié le 12 janvier une excellence analyse très chiffrée et documentée intitulée « l’Afrique Noire est bien partie ». Le hors série N°8 L’année des Echos évoque lui aussi « le Moment Africain, Les lions mènent la danse ». Il cite l’entrée du Ghana, du Sénégal et de la Zambie dans le club des « pays à revenus intermédiaires ». Il insiste également sur le Ghana et l’Ethiopie, deux pays aux profils pourtant très différents qui caracolent en tête des champions de l’expansion. Le Ni56 septembre-octobre 2012 Diplomat Investissement Commerce et économie L e contexte économique actuel démontre avec force l’intérêt de promouvoir une économie responsable en Afrique. La crise en Occident offre l’occasion de braquer les projecteurs sur le continent africain. Dans l’hebdomadaire économique Les Afriques daté du 3 janvier 2010, Martin Abega, ancien Secrétaire Exécutif du GICAM (Patronat du Cameroun) affirmait que « Ceux qui tardent à comprendre que l’Afrique est le continent où ils doivent désormais investir, se mordront les doigts quand ils réaliseront sur le tard leur méprise.» Difficile d’être plus clair. Face à la tempête financière et au yo-yo des bourses mondiales, dans une interview accordée à l’AFP et reprise par l’Agence Ecofin le 8 août 2011 dernier, le Président de la Banque Africain de Développement (BAD) Donald Kabureka est sur la même longueur et va même plus loin « L’Afrique est une destination de choix dans un contexte d’abaissement de la note de la dette des Etats Unis, d’une crise de la zone euro et d’une récession au Japon ». Dans un entretien publié dans l’hebdomadaire australien Weekend Australia, le Président de la Banque Mondiale, Robert Zoellick, tire un bilan assez pessimiste du futur de l’économie mondiale. Pour le patron de la Banque Mondiale, l’économie mondiale est entrée dans une « phase nouvelle et plus dangereuse », et ce n’est que le « début d’une tempête nouvelle et différente. Ce n’est pas la même crise qu’en 2008. Dans les quinze derniers jours, nous sommes passés d’une reprise difficile – avec une bonne croissance pour les pays émergents (…) mais bien plus hésitante pour les pays les plus développés – à une phase nouvelle et plus dangereuse ». Ce pessimiste occidental est à mettre en relief avec l’optimisme africain et surtout les chiffres plaident pour l’Afrique. En effet, l’explosion de la démographie (1 milliard d’habitants avec une projection de 2 milliards d’habitants en 2050) et l’urbanisation (40 % des africains vivent en zones urbaines et 52 villes ont plus de 1 million d’habitants) sont les fondations d’une croissance économique durable entretenue également par la forte demande chinoise et des pays émergents en matières premières. De plus, la forte concurrence commerciale entre les nations dans un contexte de redéfinition du nouvel ordre économique et géopolitique place dans une certaine mesure l’Afrique, avec son milliard d’habitants, ses terres arables inexploitées, son poumon écologique, son coffre fort de minerais, ses réserves d’énergie fossile et son immense potentiel d’énergies renouvelables, au cœur des enjeux mondiaux. La corrélation entre opportunités et menaces sont propices à l’émergence d’une économie responsable dans une Afrique qui pourrait servir de boussole pour la planète. Nous devons également solliciter abondamment nos méninges pour définir les schémas directeurs qui façonneront l’économie africaine dans les prochaines décennies. Demain ne ressemblera aucunement à aujourd’hui mais demain se prépare maintenant. Pour répondre à la forte demande de consommation de sa classe moyenne et sortir de la rareté dans l’abondance, l’Afrique doit transformer les matières premières en produits finis et semi-finis à forte valeur ajoutée. Cette industrialisation offre de nombreuses opportunités d’investissements dans le domaine des mines, de l’énergie, de l’agriculture, de la forêt, des déchets, de l’assainissement, du transport, de l’eau, des bâtiments et travaux publics. Mais avec la flambée des cours des matières premières, la prise de conscience du changement climatique et la lutte contre les pollutions, l’Afrique doit amorcer une industrialisation « propre ». Pour la réduction des coûts et la préservation de l’environnement, il faut un découplage entre la transformation des matières premières et la consommation des ressources. Il y a donc de nombreuses opportunités de green business sur le continent. Les TIC favorisent l’innovation et les sauts technologiques en Afrique accélérant ainsi l’écologisation de son économie. Même s’il représente à peine 1 % du marché des biens et services environnementaux, grâce aux politiques publiques, au dynamisme du secteur privé et à un rôle actif de sa diaspora, l’Afrique peut devenir la nouvelle frontière de l’économie verte.

 (*) Thierry Téné, Co-fondateur de l’Institut Afrique RSE

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