LE COUSIN D’AMÉRIQUE
Par Ousmane Sow
L’élection de Barack Obama à la présidence des États-Unis nous force, tous, à une certaine introspection. À nous interroger pour savoir finalement, si le dicton qui dit : « Quand on veut, on peut »ne sied pas à chaque être humain sur cette terre. Il ne s’agit point de sombrer dans le jovialisme ou d’étaler une naïveté mal inspirée. Mais, convenons que la volonté et la détermination aident à l’alignement des astres quand on emprunte la voie de la réussite, qu’elle soit politique, économique ou sociale. Il s’agit, dans ce cas, d’une ambition saine, inspirante, stimulante. D’une ambition aux plus hauts sommets faite avec éthique, classe et modération.
La victoire de Barack Obama nous pousse également à nous interroger sur la différence américaine. Au moment où le monde fait face à un dangereux retour des discours identitaires, au moment où le repli sur soi, le rejet de l’autre, l’exaltation du nationalisme provoquent des excès qui rappellent les douleurs du siècle passé, Barack Obama nous donne un exemple de persévérance et de tolérance. Parmi ceux qui se réjouissent, surtout en Afrique, peu de dirigeants et de leaders d’opinion ne pensent tout simplement pas que dans des dizaines de pays sur ce continent, Barack Obama n’aurait jamais pu être seulement candidat à la présidence. Alors que les pays industrialisés, les nations démocratiques d’Occident ont déjà franchi le cap de la citoyenneté inclusive, d’autres États s’enfoncent plus profondément dans l’exaltation nationale et le chauvinisme. Le père de Barack Obama était kenyan, il est né dans la lointaine île de Hawaii, a passé une partie de son enfance en Indonésie. Le nouveau président ne peut aligner des ascendants « authentiquement américains ». Cela signifie, à nos yeux, que les États-Unis ont longtemps compris que la valeur d’un homme ou d’une femme ne se mesurent pas à la géographie. Même si, il est quand même important de souligner l’exigence de naître sur le sol américain ou une dépendance américaine à l’étranger.
La maturité constitutionnelle des États-Unis épargnera toujours à cette nation des débats du genre de ceux qui ont conduit plusieurs pays africains à la guerre civile. Bien sûr, il est important de connaître l’identité et la filiation d’un chef d’État mais pas pour une exploitation mesquine, irrationnelle ou politicienne. Pour revenir à la personnalité propre de Barack Obama, les spécialistes de l’Histoire américaine ne peuvent unanimement se tromper : il incarne la synthèse de ce que l’Amérique du 21ième siècle est en vérité. Il est un condensé, principalement, de quatre présidents qui ont particulièrement marqué les États-Unis : Abraham Lincoln, Franklin D. Roosevelt, John F. Kennedy et Bill Clinton. Cette réflexion ne pourra s’étendre sur les qualités et ce qui a fait la marque unique de ces illustres présidents, mais il faut retenir, grosso modo, qu’ils sont tous arrivés au pouvoir au moment où le rêve américain vivait un essoufflement, que ce rêve avait besoin d’un renouvellement. Ils ont ravivé le rêve américain au moment où la nation vivait des périls graves.
Enfin, l’élection d’Obama nous inspire à toujours faire confiance à la capacité des Américains de rebondir quand on les croit tombés au fond du baril. Cette nation à du ressort. Après avoir intégré des dizaines de vagues migratoires, mis fin à l’esclavage, elle s’attaque aujourd’hui, majestueusement, au dernier bastion du racisme : briser le tabou de la présidence. Car, une fois franchie cette étape, la seule limite qui restera sera effectivement le ciel. On peut dire « bravo » à l’Oncle Sam qui veille si jalousement sur les États-Unis, pays admiré du monde entier quand il a des dirigeants comme Barack Obama, Bill Clinton, John Kennedy ou Franklin D. Roosevelt.



