Virage obligatoire
Le sommet des chefs d’État et de Gouvernement des pays membres de la Francophonie s’ouvre à Québec, capitale de la province éponyme qui fête également ses 400 ans. Que de chemin parcouru depuis les pères initiateurs que furent Habib Bourguiba de Tunisie, Diori Hamani du Niger et Léopold Sédar Senghor du Sénégal. Ces pionniers, aujourd’hui décédés, ont légué à leurs successeurs le flambeau de la défense de cette langue et richesse commune qu’est le français, langue de culture, de dialogue, de rencontre des peuples.
Aujourd’hui cependant, force est de reconnaître que les temps ont changé, les priorités ne sont plus les mêmes et les générations n’ont plus les mêmes aspirations. Une grand-messe pour défendre la place du français dans le monde, l’héritage francophone dans le monde n’est plus crédible comme seul et unique objectif. Une langue doit désormais, non seulement porter les valeurs de communications et d’échanges humains, mais également servir de support et d’axe de développement économique. Autrement dit, il est temps de faire de la Francophonie économique et commerciale une réalité, pas seulement un slogan répété de sommet en sommet, ou un vœu pieux uniquement censé remplir les lignes des déclarations finales. Quand on parle de Francophonie de nos jours, nous voyons l’impérieuse nécessité de faire table rase du folklore et des grandes déclarations d’intention sans lendemain et de surcroît incapables d’obtenir une adhésion.
Entendons-nous bien : la Francophonie économique et commerciale ne signifie pas, à nos yeux, la création de nouvelles structures d’aide internationale. Il y en a déjà assez ! Nous ne parlons pas de nouveaux gouffres à milliards. Non, merci ! La Francophonie économique et commerciale, à nos yeux, passe forcément par la stimulation des investissements privés directs. Il s’agit d’adapter la machine existante aux exigences du monde moderne. Il faut des résultats sur le terrain. Les organismes reliés à l’OIF doivent être des catalyseurs économiques, des outils de références permettant aux investisseurs de conquérir de nouveaux marchés, de développer les économies locales, de créer de la richesse dans les pays qui en ont le plus besoin. Il est indéniable que dans le domaine culturel, la Francophonie, par les coproductions et les aides aux artistes créateurs, a marqué de son empreinte l’accumulation de connaissances et d’expertise de part et d’autre. Mais, nous pensons que cet effort doit être plus axé vers les investissements. Les investisseurs qui parlent français se comprennent directement et partagent un certain nombre de valeurs. Il n’y a donc pas de temps d’adaptation.
C’est cette voie qu’il faudrait nécessairement creuser afin de redonner à ces prestigieuses rencontres une nouvelle raison légitime et populaire.



