Évariste Ndayishimiye

Les ambitions du Président du Burundi à la tête de l’UA pour l’année 2026

Par rof.Vincent L. Bokata*

Le Président du Burundi, Évariste Ndayishimiye, a pris la présidence tournante de l’Union africaine (UA) le 15 février 2026, en succession de son homologue angolais João Lourenço. Cette passation intervient dans un contexte continental particulièrement exigeant, alors que l’Afrique doit composer avec des défis sécuritaires persistants, des tensions économiques croissantes, des effets de plus en plus visibles du changement climatique et une compétition accrue entre puissances pour l’accès aux ressources, aux marchés et aux positions d’influence. Le mandat burundais s’inscrit donc au croisement des urgences du moment et des ambitions de long terme du continent.

Le Burundi, pays enclavé d’Afrique de l’Est, est membre de l’Union africaine depuis sa création et participe depuis des décennies aux grands efforts d’intégration, de paix et de coopération continentale. L’accession de ce petit État à la tête de l’organisation revêt ainsi une forte portée symbolique : elle rappelle que la conduite des affaires africaines ne relève pas uniquement des grandes puissances régionales, mais aussi des pays qui, par leur engagement diplomatique et leur sens du compromis, peuvent contribuer à faire avancer l’agenda commun. Évariste Ndayishimiye, élu en 2020, s’est progressivement imposé comme une figure politique de premier plan au Burundi, où il a cherché à incarner une ligne de stabilité, de dialogue et de réaffirmation de la souveraineté nationale.

      En 2026, le paysage géopolitique africain est également marqué par la montée des approches unilatérales, la multiplication des crises transfrontalières et la pression constante des grandes puissances sur les choix stratégiques des États africains. De la Corne de l’Afrique au Sahel, en passant par la région des Grands Lacs, plusieurs foyers d’instabilité continuent d’affecter la sécurité collective, tandis que les chocs climatiques fragilisent davantage les économies, les infrastructures et les systèmes sociaux. Dans ce contexte, la présidence burundaise de l’UA apparaît comme une opportunité de remettre au centre la coopération, la solidarité et la recherche de solutions africaines aux problèmes africains.

Vision et priorités

Sa vision, « Renaissance Africaine par la Jeunesse », repose sur une ambition claire : renforcer l’autonomisation des femmes et des jeunes, accélérer l’intégration continentale et porter une voix africaine unie sur la scène internationale. Cette orientation répond à une réalité démographique décisive : environ 60 % de la population africaine a moins de 25 ans, ce qui fait de la jeunesse non seulement un enjeu social, mais surtout un atout stratégique pour la transformation économique, technologique et politique du continent.

       Dans cette perspective, investir dans la jeunesse revient à investir dans la stabilité, l’innovation et la compétitivité future de l’Afrique. La vision présidentielle met aussi l’accent sur les femmes, dont le rôle demeure central dans les dynamiques de développement, de cohésion sociale et de résilience communautaire. L’autonomisation envisagée passe par plusieurs mécanismes complémentaires : amélioration de l’accès au financement pour les entrepreneures, renforcement de la participation des femmes à la prise de décision, appui à l’éducation des filles, promotion de l’accès aux technologies numériques et lutte contre les obstacles structurels qui limitent leur pleine contribution à la vie publique et économique. En faisant de l’égalité des chances un levier de transformation, la présidence burundaise entend inscrire l’action de l’UA dans une logique d’impact concret. Cette approche s’inscrit dans la continuité des présidences précédentes, qui ont porté des priorités liées à la paix, à l’intégration et au développement durable, tout en apportant une nouvelle dynamique davantage tournée vers la valorisation du capital humain. Le Burundi souhaite ainsi mettre en avant une méthode fondée sur l’écoute, la convergence des initiatives et la mise en réseau des acteurs publics, privés et communautaires. L’objectif est de faire émerger une Afrique plus inclusive, capable de transformer ses atouts démographiques en dividende économique et politique durable.

Les grands axes de la présidence burundaise

• Paix et sécurité : faire progresser l’initiative « Faire taire les armes d’ici 2030 » et contribuer au règlement des crises en RDC, au Sahel, en Libye et au Soudan. La présidence burundaise entend encourager le dialogue inter-congolais, renforcer le soutien aux mécanismes de l’Architecture africaine de paix et de sécurité (APSA) et appuyer les efforts de médiation au Sahel afin de favoriser des solutions africaines, crédibles et durables.

• Intégration et développement : accélérer les programmes liés à l’eau, à l’assainissement et à l’intégration socio-économique du continent. Cette ambition suppose de mobiliser des investissements dans les infrastructures, les corridors de transport, l’énergie et le numérique, en s’appuyant sur des partenariats renforcés avec la Banque africaine de développement (BAD) et Afreximbank pour soutenir le commerce, l’industrialisation et la connectivité régionale.

• Mise en œuvre de l’Agenda 2063 : faire de ce cadre stratégique une priorité pour bâtir une Afrique intégrée, prospère et résiliente. D’ici 2030, plusieurs jalons doivent être consolidés : accélération de la libre circulation, montée en puissance de l’industrialisation continentale, amélioration de la gouvernance, renforcement des institutions panafricaines et mise en œuvre de programmes à fort impact sur l’emploi, l’éducation et les infrastructures.

• Souveraineté africaine : défendre la présence de l’Afrique au Conseil de sécurité de l’ONU et promouvoir ses intérêts géopolitiques sur la scène mondiale. Cette ligne inclut la réforme du Conseil de sécurité des Nations unies et la consolidation d’une position africaine unifiée fondée sur le consensus d’Ezulwini, afin que le continent parle d’une seule voix sur les questions de représentation internationale et de gouvernance mondiale. Le Burundi entend également inscrire son mandat dans une logique de continuité et d’efficacité, en poursuivant la rationalisation des méthodes de travail engagée sous la présidence angolaise.

    Dans le même esprit, la présidence burundaise souhaite faire de la diplomatie économique un instrument à part entière de l’action de l’UA : attirer davantage d’investissements vers les secteurs productifs, renforcer la mise en œuvre de la ZLECAf (Zone de Libre-Échange Continentale Africaine) et promouvoir l’usage des monnaies locales dans les échanges intra-africains afin de réduire la dépendance aux devises étrangères, de limiter les coûts de transaction et de soutenir les économies africaines. Parmi les temps forts annoncés figure l’organisation, en août 2026, d’un grand dialogue continental à Bujumbura, destiné à transformer le dividende démographique africain en moteur de croissance et d’innovation.

Thème 2026

L’année 2026 est placée sous le thème : « Assurer une disponibilité durable de l’eau et des systèmes d’assainissement sûrs pour atteindre les objectifs de l’Agenda 2063 ».

Ce thème répond à une réalité concrète et urgente : plus de 400 millions de personnes en Afrique n’ont pas accès à une source d’eau potable sûre, et près de 700 millions sont privées de services d’assainissement adéquats. Les premières victimes sont les enfants, les femmes et les populations rurales. À ces inégalités d’accès s’ajoutent des conséquences économiques majeures, le manque d’eau et d’assainissement coûtant plusieurs points de croissance aux économies africaines et représentant, selon les estimations disponibles, jusqu’à 2 à 3 % du PIB dans certains pays fortement touchés. Les maladies hydriques, les épidémies de diarrhée et les infections liées à l’eau pèsent lourdement sur les systèmes de santé, tandis que la corvée d’eau réduit le temps disponible pour l’éducation, le travail et l’entrepreneuriat.

    Les impacts sociaux sont particulièrement marqués pour les filles, dont la fréquentation scolaire peut diminuer en raison du temps consacré à la collecte d’eau ou du manque d’installations sanitaires adaptées à l’école. Dans plusieurs régions d’Afrique subsaharienne, de la Corne de l’Afrique et du Sahel, la crise de l’eau accentue ainsi les inégalités de genre, fragilise la santé maternelle et infantile et accroît la vulnérabilité des ménages déjà exposés à l’insécurité alimentaire et aux chocs climatiques. Au-delà de l’enjeu social, l’accès à l’eau potable et à l’assainissement constitue donc un levier essentiel de santé publique, de productivité, de réussite scolaire et de résilience face aux chocs climatiques. Il s’agit d’un pilier stratégique pour tous les États membres de l’Union africaine.                                                                      

(*) Vincent L. Bokata, Économiste, Professeur d’économie, Président du Bureau de Gestion de projets (BUGEPRO) et Vice-président du Carrefour Canadien d’Intégration et de Compétences.

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