Le troisième sommet Russie-Afrique s’est ouvert ce mercredi 28 octobre 2026 à Moscou. Face à une quarantaine de délégations africaines et une vingtaine de chefs d’État, le président russe Vladimir Poutine tente de pérenniser son influence sur le continent. Co-présidée par le chef de l’État burundais et président en exercice de l’Union africaine, Évariste Ndayishimiye, cette édition officielle affiche des ambitions de développement économique, alors que les véritables enjeux stratégiques et militaires se négocient fermement en coulisses.
Un triptyque officiel axé sur la paix et l’économie
Sous le slogan « Paix, Sécurité et Développement », le Kremlin cherche à projeter l’image d’un partenariat global et d’égal à égal. L’objectif affiché de ce sommet est de valider la feuille de route pour la période 2027-2029.
Sur le plan purement économique, les échanges commerciaux entre la Russie et le continent africain ont atteint 27 milliards de dollars en 2025. Si ce commerce reste historiquement dominé par les exportations de céréales, d’engrais et d’hydrocarbures, Moscou tente de diversifier son offre :
- Énergie nucléaire : Le géant d’État Rosatom multiplie les discussions pour l’installation de centrales et de réacteurs civils sur le continent.
- Souveraineté numérique : Les délégations planchent sur l’adoption d’une charte commune concernant l’usage de l’intelligence artificielle.
- Sécurité alimentaire : La Russie maintient son rôle de fournisseur stratégique de blé, un levier d’influence crucial auprès des nations les plus vulnérables face aux crises climatiques et inflationnistes.
La coopération militaire : l’art de la discrétion
C’est pourtant le volet sécuritaire qui capte toutes les attentions, bien qu’il ait été subtilement lissé dans les documents officiels par rapport au sommet de 2023. Depuis la reprise en main des réseaux paramilitaires russes par le GRU (le renseignement militaire russe) sous la bannière d’« Africa Corps », Moscou privilégie les accords bilatéraux directs et discrets.
En marge des sessions plénières, les conseillers militaires du Kremlin s’entretiennent activement avec les leaders des transitions sahéliennes, notamment le capitaine Ibrahim Traoré (Burkina Faso) et le colonel Assimi Goïta (Mali). Pour ces pays du Sahel, confrontés à la menace djihadiste et en rupture avec les partenaires occidentaux, le soutien logistique et matériel de Moscou est jugé vital. En contrepartie, le Kremlin s’assure un bloc de soutien — ou d’abstention systématique — lors des votes clés aux Nations Unies, brisant ainsi son isolement international.
Des invités en quête de diversification
L’un des faits marquants de cette édition est la présence de dirigeants venus élargir leur horizon diplomatique au-delà de la sphère d’influence occidentale traditionnelle. Parmi eux, le président de la République démocratique du Congo, Félix Tshisekedi, participe aux discussions pour nouer des partenariats scientifiques et économiques avec la fédération de Russie.
Alors que les sessions se poursuivent à Moscou, ce troisième sommet démontre que la relation russo-africaine est entrée dans une phase de pragmatisme absolu, où l’Afrique s’affirme comme un terrain central de la reconfiguration géopolitique mondiale.

