L’Union européenne et le Canada ouvrent ce jeudi 29 octobre 2026 à Montréal un sommet historique destiné à sceller une alliance géopolitique, technologique et commerciale d’une ampleur inédite. Face aux tensions commerciales globales et à l’imprévisibilité de la scène internationale, Bruxelles et Ottawa ont choisi d’unir leurs forces pour réduire leurs dépendances stratégiques vis-à-vis des autres superpuissances.
Une « association toujours plus étroite » plutôt qu’un statut de membre
L’idée d’octroyer au Canada un statut de « membre associé » de l’UE, initialement évoquée en septembre par la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, a finalement été écartée en raison de réserves juridiques émises par plusieurs États membres, dont l’Allemagne.
À la place, la déclaration finale privilégiera la formule d’une « association toujours plus étroite ». Le Premier ministre canadien, Mark Carney, négocie activement une présence accrue et régulière d’Ottawa aux réunions européennes, notamment au sein du futur Conseil européen de sécurité.
Minerais critiques et souveraineté technologique
Le cœur de ce rapprochement repose sur une interdépendance économique et stratégique renforcée :
- Sécurisation des matières premières : L’UE cherche un accès privilégié au sous-sol canadien (lithium, nickel) pour briser sa dépendance vitale envers la Chine. Pour soutenir cet effort, la Banque européenne d’investissement (BEI) pourrait être autorisée à financer des projets d’extraction et d’énergie propre directement sur le sol canadien.
- Espace et Numérique : Un accord majeur sur le commerce numérique sera dévoilé ce vendredi pour faciliter les flux transfrontaliers de données. Par ailleurs, le Canada négocie son adhésion au système européen de navigation par satellite Galileo et au programme de connectivité Iris², afin de s’affranchir des solutions américaines comme le GPS ou Starlink.
- Défense et Sécurité : Ottawa prévoit la création d’une nouvelle « Banque de la défense, de la sécurité et de la résilience », basée conjointement au Canada et au Luxembourg d’ici la fin novembre.
Des points de friction persistants
Malgré l’enthousiasme affiché, les dirigeants doivent composer avec des dossiers sensibles qui freinent une intégration totale.
Le premier point noir reste le CETA. Ce traité de libre-échange, appliqué provisoirement depuis 2017, demeure bloqué et non ratifié par neuf États membres de l’UE (dont la France), sous la pression constante des secteurs agricoles. De plus, le projet d’achat conjoint par l’UE de 50 avions bombardiers d’eau au constructeur canadien De Havilland suscite des grincements de dents chez certains Européens, qui auraient préféré privilégier l’industrie locale.
Ce sommet de Montréal pose néanmoins les bases d’un bloc transatlantique renouvelé, bien décidé à faire front commun face aux défis du siècle.
