Première femme noire nommée à la Cour suprême des États-Unis
Par Henri Tambwe
La juge Ketanji Brown Jackson, nommée par Joe Biden à la Cour suprême des États-Unis, doit encore être confirmée par le Sénat. Mais, sa nomination qui fait grand bruit, l’a d’ores et déjà propulsée dans la lumière. L’occasion pour elle de rappeler qu’elle a eu «une expérience de la vie un peu différente» de ses collègues. Et pas uniquement parce qu’elle est noire.
Cette brillante juriste de 51 ans deviendra la première magistrate afro-américaine au sein de la haute institution, où n’ont siégé jusqu’ici que deux hommes noirs, si sa candidature est validée. Mais elle sera aussi l’une des rares à avoir une expérience professionnelle et intime du système pénal. Un de ses oncles a écopé d’une peine de prison à vie Alors que la plupart des juges de ce niveau se sont distingués comme procureurs, Ketanji Brown Jackson, elle, a travaillé du côté des accusés : pendant deux ans, elle a été avocate dans les services de l’aide juridictionnelle à Washington, où elle a défendu des prévenus sans ressources.
Elle a ensuite raconté avoir été « frappée » par leur méconnaissance du droit et avoir, une fois devenue juge, pris « grand soin » d’expliquer ses décisions aux condamnés. Plus personnel encore : un de ses oncles a écopé en 1989 d’une peine de prison à vie dans le cadre d’une loi très répressive, qui imposait automatiquement la réclusion à perpétuité après trois infractions aux lois sur les stupéfiants. Même si elle n’était pas proche de lui, « cette expérience familiale l’a sensibilisée à l’impact de la loi sur la vie des gens », a raconté au Washington Post un ami, sous couvert d’anonymat. Une enfance stable et des études brillantes Ketanji Brown Jackson a, elle, eu une enfance très stable dans une famille d’enseignants installée en Floride. Son père avait ensuite repris des études de droit et est devenu juriste dans un conseil d’école, tandis que sa mère se hissait au rang de directrice. Championne de concours d’éloquence dès le lycée, elle brille et rejoint la prestigieuse université Harvard, dont elle sort diplômée avec mention. Dans les années qui suivent, elle alterne les expériences dans le privé et le public. Elle travaille notamment comme assistante du juge progressiste de la Cour suprême Stephen Breyer, qu’elle est désormais appelée à remplacer. Elle exerce dans des cabinets d’avocats mais aussi à la Commission des peines, une agence indépendante chargée d’harmoniser la politique pénale aux Etats-Unis. Barack Obama la nomme juge fédérale à Washington En 2013, le président démocrate Barack Obama la nomme juge fédérale à Washington. Mariée à un chirurgien, avec Le président Joe Biden, la juge afro-américaine Ketanji Brown Jackson et la Vice-Présidente Kamala Harris.
QUI EST KETANJI BROWN JACKSON ?
Ketanji Brown Jackson, née le 14 septembre 1970, est une avocate et juriste américaine. Grandit à Miami, en Floride. Ses parents, qui sont diplômés d’universités historiquement noires, lui donnent un prénom africain et la coiffent et l’habillent à l’africaine. Ils sont d’abord enseignants, puis évoluent vers des positions d’avocat et directrice d’école. Ketanji Onyika Jackson obtient son diplôme (B.A.) au Harvard College en 1992, et poursuit ses études à la faculté de droit de Harvard où elle est rédactrice en chef de la Harvard Law Review. Elle obtient son Juris Doctor en 1996. Elle commence sa carrière juridique par trois stages, notamment auprès du juge Stephen Breyer de la Cour suprême des États-Unis, en 1999-2000. Elle travaille ensuite dans des cabinets d’avocats privés de 1998 à 2003. De 2003 à 2005, elle est conseillère spéciale adjointe à l’United States Sentencing Commission (commission indépendante chargée de formuler les directives de détermination de peine). De 2005 à 2007, Ketanji Brown Jackson est l’assistante du défenseur public fédéral dans le district de Columbia, où elle traite des affaires devant la Cour d’appel des États-Unis pour le circuit du district de Columbia.
De 2007 à 2010, elle est plaideuse en appel chez Morrison & Foerste. Le 23 juillet 2009, le président Barack Obama la nomme au poste de vice-présidente de l’United States Sentencing Commission. Le Sénat américain confirme unanimement sa nomination le 11 février 2010. Elle siège à la Sentencing Commission jusqu’en 2014. Le 20 septembre 2012, le président Obama propose Ketanji Onyika Jackson au poste qui elle a deux filles, Ketanji Brown Jackson a un lien familial par alliance avec le président républicain de la Chambre des représentants de l’époque, Paul Ryan, qui la présente avec des louanges sur son « intelligence, sa personnalité et son intégrité ». Au cours des huit ans qui suivent, elle rend des dizaines de décisions. Elle désavoue notamment Donald Trump, qui essaie d’empêcher le Congrès de convoquer un de ses conseillers, en écrivant : «Le principal enseignement des 250 ans d’Histoire américaine, c’est que les présidents ne sont pas des rois». Dès son arrivée à la Maison Blanche, Joe Biden la nomme au sein de l’influente Cour d’appel fédérale de Washington, considérée comme un tremplin pour la Cour suprême. Malgré les profondes divisions politiques au Sénat, elle est confirmée avec le soutien de tous les démocrates et de trois républicains. Interrogée par un élu lors du processus de confirmation, elle jure de mettre à l’écart «ses opinions personnelles et toute autre considération inappropriée», dont sa couleur de peau, dans son examen des dossiers.
Mais «j’ai peut-être une expérience de la vie différente de celle de mes collègues», reconnaît-elle sobrement. «Et j’espère que cela peut avoir un intérêt.» n de juge à la Cour de district des États-Unis pour le district de Columbia, au siège laissé vacant par le juge Henry H. Kennedy Jr. (en), qui a pris sa retraite le 18 novembre 2011. Cette proposition fait l’objet d’aller-retour avec le Sénat et devient effective en 2014. Fin mars 2021, le président Joe Biden la nomme à 50 ans juge fédérale à la Cour d’appel des États-Unis pour le circuit du district de Columbia, une instance réputée pour l’importance des dossiers qui y sont examinés. Elle y succède à Merrick Garland, devenu ministre de la Justice. En janvier 2022, elle est pressentie pour être nommée à la Cour suprême des États Unis après la démission de Stephen Breyer. Finalement, en février 2022, avec un décalage dû à la crise internationale provoquée par l’invasion de l’Ukraine par la Russie, le président américain Joe Biden propose effectivement sa nomination à la Cour suprême, où elle deviendrait la sixième femme à siéger et la première femme noire. Cette proposition doit encore être confirmée par le Sénat.



