Le Niger, à travers feu le président Diori Hamani est un des fondateurs de la Francophonie. À l’occasion du Sommet de Québec, l’ambassadeur nous parle des liens avec le Canada et d’autres sujets d’importance.
Diplomat investissement : Quel bilan faites-vous de la coopération et plus précisément des relations commerciales entre le Canada et le Niger ? Et comment entrevoyez-vous l’évolution de ces relations ?
SEMme Nana Aicha Foumakoye : La Coopération nigéro-canadienne est l’une des plus excellentes. Chaque année, nos relations avec le Canada s’améliorent davantage, avec beaucoup d’impacts sur le développement socio-économique de notre pays et une meilleure connaissance du Niger au Canada. À titre de rappel, les premiers actes de notre coopération bilatérale datent des années 1960 avec notamment la construction de la route de l’Amitié nigéro-canadienne et bien d’autres projets de développement dans les domaines de l’environnement, de la santé, de l’éducation et de la lutte contre la pauvreté, etc. En 2005, le Niger a été retenu parmi les 25 pays partenaires au développement du Canada qui continue encore d’intervenir dans le domaine prioritaire du développement de l’éducation surtout des jeunes filles, inscrivant du reste son engagement au Niger dans le cadre des priorités dégagées par la Stratégie de Réduction de la Pauvreté (SRP) et le Programme décennal de Développement de l’Éducation (PDDE).En un mot, le Canada participe de façon très significative au développement durable du Niger non seulement au plan bilatéral, mais aussi à travers le Programme régional en Afrique de l’Ouest, le Programme panafricain, la Francophonie, les ONG canadiennes et de plus en plus à travers la présence dans notre pays, d’ entreprises privées canadiennes.

En effet, notre pays enregistre de plus en plus de compagnies canadiennes intervenant surtout dans le secteur minier qui à ce jour détiennent plus de 45% des permis octroyés, du génie et de consultation (Citons entre autres CIMA+, SEMAFO, NORTHWESTERN MINERAL VENTURES INC., URANIUM INTERNATIONAL LTD., NORTH ATLANTIC RESSOURCES LTD., …). Par contre, il est a souligner que le volume des affaires entre les deux pays est très insignifiant compte tenu de certaines raisons structurelles (enclavement du Niger, éloignement, coûts de production très élevés notamment l’énergie, certaines réglementations canadiennes, etc.). Disons que l’avenir est très promoteur compte tenu de la confiance du gouvernement du Niger a l’expertise des firmes canadiennes du secteur minier notamment, ce qui explique leur présence de plus en plus marquée, mais aussi, de la politique de diversification des partenaires dans notre pays. Si elles se tenaient régulièrement, les Journées économiques du Canada au Niger, avec deux éditions si bien réussies, pourraient assurément rapprocher davantage les deux parties et du coup, améliorer les relations.
Vos attentes quant au XIIe Sommet de la Francophonie ?
Le Canada accueillera le XII Sommet de la Francophonie du 17 au 19 octobre 2008 a Québec et nous savons que les Autorités fédérales et provinciales au niveau du Québec, en partenariat avec celle du Nouveau-Brunswick, travaillent d’arrachepied pour faire de cet événement, une réussite totale. Nous attendons des décisions et mesures concrètes pour permettre à nos pays respectifs d’avancer dans leurs luttes quotidiennes pour le développement durable, le renforcement de nos jeunes démocraties et une cohésion sur tous les problèmes communs, notamment la protection de notre environnement et la consolidation de la paix et de la sécurité.
C’est aussi une belle occasion de rencontres avec les Autorités fédérales et provinciales (QC et NB), les opérateurs du secteur privé, les ONG et certaines personnalités présentes au Sommet. Mon pays sera représenté aux assises par une importante délégation conduite par le premier ministre, SEM Seyni Oumarou et nous souhaitons qu’ils en tirent les meilleurs profits. Nous espérons également qu’à travers toutes les activités organisées en marge de l’Évènement, autrement dit le Forum économique avec le CCA et celles que nous-mêmes avons initiées pour la circonstance, le potentiel et les opportunités d’Affaires du Niger soient mieux connus par le secteur privé canadien. En somme, des résultats concrets très positifs.
Quelle est la stratégie que vous préconisez pour attirer les entreprises canadiennes à s’intéresser au Niger ?
Le Niger, bien que classé parmi les pays les plus pauvres du monde selon l’IDH des Nations Unies, est un pays riche avec beaucoup d’opportunités d’affaires et d’investissements. Nous constatons tout simplement que nos pays africains de façon générale ne sont pas connus et le Niger en particulier dont les potentialités ne sont évidemment pas ou sont très mal connues. La stratégie préconisée consistera simplement à faire connaître au secteur privé canadien nos richesses et opportunités d’affaires dans plusieurs domaines notamment le secteur minier, le développement des infrastructures, l’habitat, l’agroalimentaire (oignons, souchet, gomme arabique, sésame, etc.) sans oublier l’artisanat et le tourisme. L’organisation des missions commerciales au Niger et vis versa, la vulgarisation de tous les avantages qu’offre le code nigérien des investissements aux entreprises étrangères et l’encouragement des initiatives de notre diaspora a promouvoir les produits locaux, comme le font d’autres communautés africaines avec le marché des produits dits « exotiques« sont autant de stratégies efficaces.
Dans le même esprit, en 2006,nous avions conduit une délégation de onze agences de voyages du Québec -un Educotour-, pour une visite d’une semaine des principaux sites touristiques de notre pays. Dans la même année, le Niger était à l’honneur dans le cadre du Festival Tumbuktu, les Transarts africains, avec une importante délégation dont deux troupes artistiques et des artisans. En outre, en juillet 2007, suite a une Entente signée en 2006 entre ledit parc et le Ministère du Tourisme et de l’Artisanat de notre pays, un pavillon Niger fut ouvert au Parc Safari, le deuxième pavillon africain, après celui du Rwanda, une belle vitrine pour nos très beaux produits artisanaux. En somme, nous nous employons à travers de telles initiatives, à faire entrevoir aux investisseurs canadiens, les opportunités qu’offrent tous ces créneaux porteurs de notre jeune économie. Dans le domaine minier, il importe de renforcer l’élan des entreprises canadiennes à être plus présentes au Niger avec non seulement l’octroi des permis d’exploration, mais aussi de les encourager a l’exploitation des gisements dont regorge le sous-sol nigérien, riche en uranium, charbon, phosphate, fer, ciment, sel, etc.… Et comme je le soulignais plus haut, la pérennisation des « Journées économiques du Canada au Niger » et l’organisation d’une semaine économique du Niger à Montréal sont autant de stratégies pertinentes.
La mise en place d’un fonds d’investissement peut-elle apporter une contribution significative au développement économique des pays francophones ?
Bien sûr que la mise en place d’un fonds d’investissement peut apporter une contribution significative au développement économique des pays francophones en général, particulièrement ceux de l’Afrique qui compte le plus grand nombre de francophones de l’espace. Prenant l’exemple de l’UEMOA, je dirai que les pays membres ont fourni de gros efforts dans l’harmonisation de leurs procédures en matière commerciale et monétaire et certains textes réglementaires. Toutefois, comme vous le dites si bien, le problème de financement demeure un des obstacles principaux au développement de nos jeunes entreprises qui n’ont pas les capacités nécessaires pour faire face à la compétition internationale. À ce sujet, il faut saluer l’engagement du Canada envers l’Afrique avec le Fonds canadien pour l’Afrique (Fonds d’investissement).
Le FCA ayant officiellement pris fin en mars 2008, il s’agira de renouveler cette expérience canadienne, mieux, de l’élargir aux autres pays du G8. Du reste, il reviendra aux pays de l’UEMOA de continuer les efforts à élargir leurs riches expériences avec tous les autres regroupements régionaux africains, pour aboutir à une Afrique économique très forte et compétitive sur le marché international. L’Afrique est riche, nos États gagneraient à mettre leurs énergies et savoir-faire en commun, dans l’unité et la cohésion, autrement dit, à conjuguer les efforts pour vaincre les nombreux défis de développement qui les assaillent.
Biographie
SEMme.Foumakoyé est ambassadeure du Niger au Canada depuis mars 2004. Elle est mariée et mère de cinq enfants. Elle est éducatrice de carrière, à titre d’inspectrice de l’Enseignement du Premier Degré) SEMme Foumakoye a occupé de hautes fonctions politiques au Niger à titre de représentante personnelle du Président de la République auprès des Nations-unies pour les questions de l’enfance (2000-2003), présidente du Réseau des Femmes africaines ministres et Parlementaires (REFAM/NIGER,1999-2003), ministre du Développement social, de la Population, de la Promotion de la Femme et de la Protection de l’Enfant(1999-2003), élue deux fois Député national au Parlement du Niger(1993-1996) et elle est membre du Haut Conseil de la République (HCR) parlement de transition(1991-1993). Avant d’entamer sa carrière diplomatique, elle a collaboré à la production de manuels scolaires de Français en collaboration dans un Institut de Recherche et d’Animation pédagogique (199O1993), elle a participé à l’encadrement pédagogique et a été professeure de Français, d’histoire et de géographie SEMme. Foumakoye a beaucoup milité dans les associations de défense des droits de l’Homme et de la démocratie au Niger. Elle a fait de nombreuses consultations nationales et internationales, animé des conférences sur des thèmes tels : Femmes et Droits humains; Femmes et instances de prise de décision ; Femmes et vie parlementaire ; Femmes et gouvernance locale ; Femmes et politique dans les jeunes démocraties africaines.
